Investir en Algérie : La diaspora dans l’attente de signaux forts

Investir en Algérie : La diaspora dans l’attente de signaux forts

De nombreux algériens installés à l’étranger ont réussi à monter de bonnes affaires dans leurs pays d’accueil et souhaiteraient en faire autant dans leur pays d’origine, mais l’instabilité juridique les en a souvent dissuadés.

Comme tous les investisseurs du monde, ils ont besoin de lois pérennes dans un pays politiquement stabilisé, de visibilité économique à moyen et long terme, mais aussi et surtout, d’un Etat de droit qui les protégera contre d’éventuelles mésaventures bureaucratiques. La crise sanitaire qui sévit dans le monde est également un sujet de préoccupation et ce n’est qu’au terme de cette dangereuse pandémie que des projets d’investissements seront, à l’évidence, envisagés, aussi bien, dans leur pays d’accueil,  que dans leur pays d’origine.

Comme tous les investisseurs du monde, ceux de la diaspora partent du principe que pour qu’une entreprise puisse naître et se développer en Algérie, il faut absolument que son promoteur y trouve un environnement des affaires favorable et la stabilité juridique requise pour concevoir des stratégies efficaces. Sans ces pré requis, les initiatives entrepreneuriales conçues hors du pays, courent le risque bien réel de ne jamais voir le jour, ou pire encore, d’être stoppées dans leurs démarches après de fastidieux efforts et de coûteuses dépenses.

L’échec de nombreuses initiatives entrepreneuriales en Algérie n’est pas, comme on pourrait le croire, dû à une quelconque tare congénitale des Algériens résidents ou non dans leur pays, mais à l’insuffisance, voire à l’absence totale, de catalyseurs de l’entrepreneuriat que sont, à titre d’exemples, la liberté d’entreprendre, officiellement consacrées par la Constitution algérienne (art. 43) mais que l’administration refuse bien souvent d’accorder aux entrepreneurs. Les projets d’investissement sont en effet toujours soumis à des autorisations préalables qui tardent à leur être accordées ou, comme cela arrive souvent, à leur être carrément refusées.

La preuve de la capacité des Algériens à entreprendre est donnée par de nombreux compatriotes de l’émigration qui réussissent de belles affaires là où ils vivent et, notamment, lorsque le pays dispose d’un environnement juridique et institutionnel particulièrement favorable. En France, en Belgique, au Canada et aux Etats-Unis d’Amérique, les exemples de réussites entrepreneuriales qui s’appuient sur de bons climats d’affaires sont, en effet, nombreux. Uniquement pour la France, le très sérieux Institut français de statistiques économiques (Insee), avait recensé il y a quelques années plus d’un million d’unités économiques créés par des algériens, démentant du coup l’image de l’émigré timoré, vivant aux crochets du pays d’accueil.

L’écrasante majorité de ces entrepreneurs d’origine algérienne, a pour caractéristique particulière d’avoir gravi les échelons de la réussite économique et sociale du seul fait de leur volonté, aidée en cela par la présence de mécanismes de marchés bien huilés et d’un Etat de droit en mesure de les protéger. Placés dans les conditions de travail peu reluisantes qui prévalent actuellement en Algérie, ces derniers auraient, à l’évidence, peu de chances de réussir.

Les entrepreneurs de l’émigration sont dans l’attente de signaux forts en provenance des autorités politiques algériennes, car les faillites et abandons de projets qui avaient sanctionnés plusieurs tentatives d’investissements en Algérie, apportent la preuve d’un environnement encore peu favorable aux affaires et de la nécessité de s’atteler d’urgence à la mise place d’un cadre plus performant que celui qui y prévaut aujourd’hui. Un cadre des affaires qui, du reste, n’arrête pas de de dégrader (voir le recul au classement du dernier Doing Busines), au moment où tous les pays du monde font des efforts louables pour améliorer leur attractivité.

Les chefs d’entreprises d’origine algérienne installés à l’étranger sont, nous en sommes convaincus, pratiquement tous à l’écoute d’éventuelles directives gouvernementales susceptibles d’améliorer cet environnement. Ils ont, apprend-t-on, accueillis avec beaucoup d’intérêt l’annonce du chef de l’Etat de stabiliser l’environnement juridique durant au minimum dix années. Si elle venait à être appliquée, cette mesure serait de nature à sécuriser les promoteurs,aussi bien, nationaux, qu’étranger qui n’hésitent pas à qualifier l’instabilité juridique de véritable « bête noire » des investisseurs tentés par l’aventure algérienne. Elle les empêche d’avoir de la visibilité sur le moyen et long terme et d’appliquer rigoureusement leurs business plans du fait des subites changements de lois édictés par les lois de finances annuelles et complémentaires. La fin de l’instabilité juridique et institutionnelle qui résulterait de cette décision de bloquer durant les dix années à venir la production législative, est de nature à augmenter les initiatives entrepreneuriales en provenance de notre émigration.

En raison de tous ces blocages juridiques et institutionnels, les initiatives en la matière se font rares et dans tous les cas insuffisantes eu égard au grand potentiel d’investisseurs disponibles au sein de la diaspora. Les hommes d’affaires algériens installés à l’étranger sont en effet nombreux à souhaiter contribuer à la création d’entreprises en Algérie ne serait-ce qu’en aidant d’une manière ou d’une autre un frère, une sœur, un cousin ou tout simplement un ami, à monter et développer des affaires sur place. Lorsque l’un ou l’autre de ces proches parents est à la tête d’une entreprise qui a de sérieuses prédispositions à l’exportation, ils seraient même disposés à aider ces derniers à placer leurs produits dans le pays d’accueil, en les mettant en relation avec les réseaux de distributions les plus performants.

Si la plupart des entrepreneurs expatriés ont, pour le moment, exclu le retour définitif au pays natal, , leur souhait quasi unanime est d’entamer dans l’immédiat un minimum d’actions susceptibles de les aider à y mettre pied pour, notamment, commencer à tisser le réseau de connaissances indispensable à la bonne conduite des affaires en projets. La récession économique qui sévit dans certains pays d’Europe, et notamment en France où activent l’écrasante majorité des chefs d’entreprises d’origine algérienne, incite à ce type de démarche et le gouvernement aurait intérêt à saisir l’occasion pour lancer des signaux forts et sécurisants à l’adresse de ces hommes d’affaires qui peuvent beaucoup apporter au pays qui doit d’ores et déjà réfléchir aux meilleurs moyens d’affronter la grave crise économique qui se profile déjà sur le court terme.

Un homme d’affaires algérien installé en France nous avait il y a quelques temps déclaré que « les bonnes affaires se trouvent en Algérie où il y a nécessité de satisfaire une demande sociale incompressible d’au moins 50 milliards de dollars par an. Cette demande aujourd’hui essentiellement satisfaite par les importations pourrait être produite sur place par des entreprises algériennes si évidemment le gouvernement algérien leur en donnait franchement la possibilité ».

Les patrons de l’émigration ont, à notre connaissance, pratiquement tous en tête un ou plusieurs projets à réaliser, mais, la prudence requiert de ne s’y engager que lorsqu’ils percevront de sérieux signes de changement. Des signaux forts les plus attendus sont ceux qui vont dans le sens d’une plus grande liberté d’entreprendre, de la stabilisation de l’environnement juridique et de l’instauration d’un Etat de droit à même prémunir les investisseurs contre les dérives de la bureaucratie algérienne.

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