Sonatrach: Grave détérioration des performances productives

Sonatrach: Grave détérioration des performances productives

Le renouvellement des réserves et l’accroissement de la production de pétrole et de gaz naturel sont au centre des préoccupations du groupe Sonatrach qui craint de ne plus pouvoir tenir ses engagements commerciaux.

Les premiers signes de déclin de la production de pétrole avaient commencé à poindre avec le recul de la production constatée en 2010 et qui s’est graduellement poursuivie les années suivantes pour tomber en mai 2020 à, à peine 720.000 baril/jour, soit le plus bas niveau enregistré depuis l’indépendance du pays. Pour information, Sonatrach produisait dans les années 70 et 80 plus de 1,4 millions de baril/jour en moyenne.

Elle en produisait légèrement plus, durant la décennie noire (1,5 millions) et avait atteint des pics de production de 1,8 à 2 millions de barils/jour de 2005 à 2010 avant de commencer à décliner progressivement pour atteindre les niveaux exagérément bas de ces deux dernières années. L’année 2010 correspond au commencement des enquêtes sur de présumées affaires de corruption au sein du groupe Sonatrach qui connaitront leur apogée entre  2015 et 2017 avec les « affaires Sonatrach 1 et 2 » qui défrayeront la chronique plusieurs années durant et dont une partie de l’action judiciaire se poursuit aujourd’hui encore en Italie avec l’affaire Sonatrach-ENI.

La chute de la production aggravée par une surconsommation intérieure, laisse de moins en moins de place aux exportations, au grand dam des acheteurs étrangers qui s’en plaignent en cherchant sans doute d’autres fournisseurs capables de les satisfaire. En appliquant la réduction des quotas de production (20%) imposée par l’OPEP à l’issue de sa réunion d’avril dernier et en tenant compte des quantités consommées localement (environ 40%), il ne reste effectivement pas grand-chose à exporter.

La situation tourne véritablement au drame quand on sait que ces quantités résiduelles seront vendues à des prix qui n’excèdent guère 40 dollars le baril depuis le début de l’année en cours.  A la Sonatrach on estime les pertes engendrées par ce déclin de la production de pétrole entre 5 et 6 millions de dollars par jour.

Il y a donc vraiment de quoi s’inquiéter de cette baisse des performances productives et commerciales de notre industrie pétrolière qui intervient en pleine crise financière qui a, comme on le sait, porté un rude coup aux finances publiques, mais aussi et surtout, en pleine crise de gouvernance qui affecte le groupe Sonatrach devenu le terrain d’âpres luttes de leadership au sommet de sa hiérarchie. Une lutte qui s’est matérialisée par une valse de Présidents (5 PDG en l’espace en 2 années) et de vice présidents (les staffs ont été changés plusieurs fois) qui bloque toute dynamique de redressement.

Pour redresser ses courbes d’exploration et d’exploitation qui déclinent de façon inquiétante, le groupe Sonatrach est effectivement obligé de découvrir et exploiter le plus rapidement possible, de nouveaux gisements d’hydrocarbures d’origine fossile et se lancer tout aussi vite, dans les énergies renouvelables qui viendront en appoint au conséquent déclin des énergies conventionnelles.

Mais il ne faudra pas se faire d’illusions sur la capacité de remplacement à court et moyen termes des quantités manquantes, au moyen des énergies renouvelables. Les énergies fossiles conventionnelles continueront longtemps encore à constituer l’essentiel du potentiel  énergétique algérien, car en dépit des prévisions d’une production additionnelle équivalente à 300 milliard M3 de gaz naturel et 300.000 barils/jour de pétrole que le solaire et l’éolien pourraient fournir à l’horizon 2030, l’essentiel de la production d’énergie continuera à provenir des hydrocarbures fossiles, qui en ont encore pour au minimum une vingtaine d’années.

L’Algérie n’a donc pas d’autres choix que de poursuivre et accroître son programme d’exploration et d’exploitation pétrolières (pétrole et gaz de schistes y compris) pour mettre ces réserves exportables à la hauteur de ses engagements commerciaux. A défaut l’Algérie pourrait perdre, non seulement, ses clients mais, plus grave encore, son titre de pays pétrolier. L’investissement dans de nouveaux gisements vaut la chandelle car les experts estiment les réserves de pétrole techniquement récupérables sur ces nouveaux sites entre 4 et 5 millions de barils/jour, ce qui n’est pas négligeable.  Mais pour ce faire il faudrait que le groupe Sonatrach soit doté d’une direction compétente et stable, en mesure d’engager des actions de redressement à tous les niveaux d’activités frappés de régression, depuis que la direction de compagnie fut confiée à des dirigeants qui n’avaient pas les compétences requises pour gérer une aussi importante compagnie.

En dépit du caractère urgent de ses engagements commerciaux en matière de pétrole, le groupe Sonatrach ne devrait pas s’astreindre au seul développement de l’amont pétrolier, car l’aval est tout aussi déterminent pour l’avenir énergétique du pays.  Les 4 projets de raffineries en cours, celle d’Augusta (Sud de l’Italie) récemment achetée à une firme américaine mais qui pour diverses raisons ne fonctionne toujours pas, les complexes de déshydrogénation du propane, de production de polypropylène et de méthanol d’Arzew, l’usine d’acide téréphtalique purifié et de polyéthylène téréphtalate de Skikda, le complexe de production d’éthylène dans la même zone, ainsi que le complexe de production de pneumatiques de Bouira devraient constituer des priorités managériales pour le Groupe Sonatrach qui, comme on le constate, a plus que jamais besoin d’être bien encadré pour enfin retrouver la stabilité et la compétitivité qui lui font actuellement défaut.

MDI School