Pour s’adapter aux mutations mondiales, l’Algérie doit impérativement rajeunir ses élites

Pour s’adapter aux mutations mondiales, l’Algérie doit impérativement rajeunir ses élites

Il y avait parmi les revendications du hirak une exigence récurrente de rajeunissement des élites, qui n’a malheureusement pas encore trouvé écho auprès de ceux qui dirigent le pays. Ces derniers qui ne sont généralement pas jeunes ont du mal à recevoir ce message et, encore moins, à le comprendre. Ils continuent de ce fait à gouverner entourés de collaborateurs qui ont largement dépassés l’âge de la retraite en faisant, de plus en plus souvent, appel à des cadres ayant allègrement dépassés l’âge de la retraite.

Alors que sous d’autres cieux, les cadres du gouvernement proviennent des viviers universitaires (ENA, science politique, école polytechniques, instituts supérieurs de management et autres), en Algérie on tend de plus en plus à recruter parmi les retraités qui aujourd’hui, constituent une part non négligeable de l’encadrement de l’Etat de ses démembrements.

La revendication du hirak est pourtant une revendication qui peut parfaitement se comprendre.  Les algériens sont en effet jeunes (plus de 70% de la population algérienne a moins de 30 ans) et bon nombre d’entre eux suffisamment instruits et expérimentés, pour occuper des postes de responsabilité au sein des grandes administrations et entreprises publiques. Ils ne comprennent pas que des octogénaires qui ne comprennent rien au nouvelles technologies qui régissent le monde d’aujourd’hui, soient ainsi accrochés à leurs postes, sans jamais avoir apportés la preuve d’une compétence particulière qui les rendrait indispensables.

Leurs échecs répétés tendraient plutôt à prouver le contraire et, pour certains cadres trop périmés et nuisibles, l’urgence serait de les faire déguerpir au plus tôt, pour éviter davantage de dégâts. Les jeunes pensent être en mesure de concevoir autrement que les vieillards qui les gouvernent, le monde dans lequel ils souhaiteraient vivre. Un monde où les nouvelles technologies de l’information et de la communication dominent le quotidien et les avancées scientifiques tendent à écarter les « vieux » de la maîtrise du nouveau monde conçu par les jeunes générations qui conçoivent et  maîtrisent à leurs manières, les sciences et les technologies modernes. Nos jeunes ont rencontré, comme on le sait, de fortes résistances qui les ont contraints à différer la réalisation de ce rêve resté intact à l’heure de la suspension des manifestations du hirak pour nécessité impérative de santé publique..

D’où leurs griefs encore vivaces envers les vielles élites politiques qu’ils perçoivent comme des « squatteurs  qui entravent l’évolution de leurs carrières et  l’éclosion des compétences à divers niveaux de la gouvernance politique, économique et sociale. Leur agacement devient encore plus fort quand ils constatent que, profitant de l’éclipse momentanée du hirak, les autorités nouvellement promues au sein de l’Etat et des grandes entreprises publiques, sont en train de recruter à tour de bras d’anciens cadres qui en étaient, pour certains à leur dixième année de retraite. Pour ceux qui ne l’étaient pas un récent décret les autorise à rester à leurs poste jusqu’à l’âge de 65 ans, contre 60 ans auparavant. Les cas de Sonatrach et de certaines institutions de l’Etat ont effectivement défrayé les chroniques des médias et réseaux sociaux ces derniers jours, produisant ainsi un profond malaise dans la société.

La jeunesse qui manifestait dans le cadre du hirak est en effet une population férue de réseaux sociaux, magnifiquement bien informée et arrimée à un monde désormais globalisé auquel ils adhérent volontiers, car c’est précisément leur monde. Contrairement aux dirigeants politiques arque-boutés sur des principes, des événements et des réflexes de gestion dépassés, cette jeunesse insurgée, a sa propre façon de vivre, son propre langage et ses propres aspirations, que les dirigeants, trop occupés à réprimer les voix discordantes ne sont pas en mesure de comprendre et, encore moins, de solutionner autrement que par la répression. Tant que le pouvoir se sentait fort et invincible, il réagissait par le mépris et la violence, ce qu’il ne peut évidemment pas faire dans la conjoncture pré-insurrectionnelle qui prévaut aujourd’hui, à moins que de prendre le risque très périlleux de l’affrontement.

A l’évidence, le mouvement de contestation qui a pris une ampleur gigantesque à la faveur de manifestations qui ont duré un peu plus d’une année, avant de prendre lui-même la décision de suspendre les manifestations de rue, pour des raisons de santé publique, ne saurait être contenu au moyen de la répression policière qui serait contre-productive.

Pour ceux qui continuent à l’exercer durant le confinement sanitaire, il est peu probable que les arrestations suivies de condamnations qui frappent les activistes du hirak, puissent peser sur l’avenir de ce puissant mouvement insurrectionnel qui puise ses origines dans une profonde volonté de changement de système politique et, un non moins fort, désir de vivre dans un Etat de droit qui donnerait leurs chances à tous les algériens et, notamment, aux jeunes générations. Du fait de l’ampleur prise par l’insurrection, mais aussi et surtout, en raison de la légitimité politique et morale des revendications auxquelles adhère l’écrasante majorité de la population, tout porte à croire que cet élan révolutionnaire reprendra de plus belle après le confinement sanitaire à moins qu’une grosse maladresse de gouvernance ne le pousse à réoccuper subitement la rue.

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