En Afrique : Le secteur des transports aériens subit de plein fouet les répercussions du Covid-19

En Afrique : Le secteur des transports aériens subit de plein fouet les répercussions du Covid-19

S’il y a bien un secteur qui subit de plein fouet les répercussions du Covid-19 en Afrique, c’est celui des transports aériens.  Avec les restrictions de voyage imposées par les Etats en vue d’endiguer la propagation de la pandémie, c’est aujourd’hui plusieurs compagnies aériennes privées et publiques qui ont partiellement ou totalement suspendus leurs opérations, depuis maintenant trois mois. Cette situation a eu pour conséquence la mise en chômage technique et économique des milliers de travailleurs dont la pérennité des emplois est désormais hypothétique.

Le chiffre d’affaires des compagnies africaines divisé par deux en 2020 : L’Association Internationale du Transport Aérien (IATA) est alarmiste quant aux performances du transport aérien en Afrique en 2020. Dans une analyse actualisée, publiée le 14 avril, elle a revu à la hausse le manque à gagner des compagnies africaines membres et estime désormais qu’il atteindra 6 milliards de dollars cette année, soit une baisse de 51% par rapport au chiffre d’affaires dégagé en  2019.  « Les perspectives de l’industrie s’assombrissent de jour en jour. L’ampleur de la crise rend improbable une reprise brutale en forme de V […] Et sans secours d’urgence, de nombreuses compagnies aériennes ne survivront pas pour mener la reprise économique » avertit Alexandre de Juniac, directeur général l’IATA.

Selon le FMI, la baisse du PIB du continent devrait atteindre 1,6 % en 2020, le pire résultat jamais enregistré selon l’organisme multilatéral. « Le trafic de passagers suit de près l’évolution du PIB. L’impact de l’activité économique réduite au deuxième trimestre entraînerait une baisse de 8 % du trafic de passagers au troisième trimestre » commente l’IATA ajoutant que les restrictions de voyage, toujours en cours, vont accentuer l’impact de la récession sur la demande de transport aérien en Afrique.

2 millions d’emplois menacés par les fermetures de compagnies aériennes : La contribution économique de l’industrie du transport aérien en Afrique est estimée à 55,8 milliards de dollars, soutenant 6,2 millions d’emplois et contribuant à 2,6% du PIB.

Dans un précèdent scénario, les recherches de l’IATA ont conclu que 2 millions d’emplois dans l’aviation et les secteurs connexes sont actuellement en péril sur le continent.

Alors que les fermetures des frontières aériennes sont toujours en vigueur, il faut désormais s’attendre à des répercussions plus significatives sur le chômage.

Selon l’Organisation Internationale du Travail (OIT), les travailleurs du transport aérien- l’un des secteurs les plus exposés à la pandémie -courent un risque élevé de hausse « drastique et dévastatrice » de licenciements et de réduction des salaires et des heures travaillées.

Si les gouvernements n’agissent pas maintenant, l’impact sera plus douloureux, prévient l’IATA qui rappelle, à juste titre que « chaque emploi créé dans l’industrie aéronautique soutient 24 autres emplois dans l’ensemble de l’économie.»

Le  Covid-19,  une réalité qui ne dédouane pas le contexte : Assurément, la pandémie de Covid-19 ne vient qu’ajouter son lourd fardeau à la santé déjà très fragile des compagnies aériennes africaines. Si elle peut aujourd’hui être citée comme un prétexte de méforme, cette pandémie ne devrait pas faire oublier le contexte. En effet, les compagnies du continent évoluent depuis plusieurs années dans un environnement économique incertain où elles continuent de subir le poids élevé des taxes et redevances ainsi que le surcoût d’un carburant 35% plus cher que la moyenne mondiale.

Moins compétitives dans ce contexte, elles enregistrent des taux remplissage relativement faibles, ceci étant accentué par un marché africain extrêmement fragmenté et inefficacement desservi du fait de l’absence, jusqu’à présent, d’un Marché unique du transport aérien africain (MUTAA).

En 2019, cette situation a eu pour conséquence la suspension des opérations de plusieurs transporteurs dont Fastjet Zimbabwe, Sonair en Angola, Medview au Nigeria ; l’interruption épisodique des services chez d’autres à l’instar de  Camair-Co ou Trans Air Congo.

On a par ailleurs assisté l’an dernier à l’élaboration des plans de restructuration et de sauvetage chez des opérateurs mal en point  tels que Tunisair, Kenya Airways, Air Zimbabwe ou encore South African Airways. Chez cette dernière, le gouvernement vient d’annoncer son incapacité à « fournir d’autres fonds pour financer le plan de sauvetage au-delà de ceux déjà apportés.

Faillites : Les compagnies africaines, pour la plupart sont actuellement en crise de liquidité.  CAPA,  l’un des principaux fournisseurs de renseignements sur le marché de l’aviation et des voyages, averti qu’en l’absence d’une action coordonnée des gouvernements, « d’ici la fin mai, la plupart des compagnies aériennes dans le monde seront en faillite. ». Le même son de cloche raisonne du côté de l’association des compagnies aériennes africaines (AFRAA) qui «  a exhorté  les gouvernements africains à envisager la compensation des pertes inévitables, l’allégement des coûts d’exploitation exogènes et la subvention des compagnies aériennes africaines afin d’assurer la viabilité de l’industrie ».

Cet appel a déjà été entendu par plusieurs pays, à l’instar du  Ghana qui a  décidé du report de six mois des échéances de remboursement des emprunts bancaires par les compagnies du secteur de l’aviation civile ;  le Sénégal a débloqué  77 milliards de FCFA ( $128 millions) et suspendu la TVA pour soutenir le secteur ; l’Egypte a annoncé le report de six mois du paiement des factures des services publics, pour les compagnies aériennes du secteur privé ; Des mesures similaires ont été prises par d’autres pays comme le Rwanda, le Cap Vert, l’Angola. Et celles-ci vont se poursuivent.

Mais de toute évidence, il faut constater que ces efforts n’auront pour effet que de limiter marginalement la saignée financière. N’oublions pas qu’on parle d’un continent où moins de 10 compagnies aériennes réalisaient des bénéfices jusqu’ici. Il est donc acquis, à la sortie de cette crise, que certaines compagnies déjà fragiles disparaitront purement et simplement, pour celles qui ne bénéficieront pas d’un soutien massif de la part de leurs Etats. Les plans de restructuration en cours chez d’autres seront fortement perturbés, accentuant les risques de faillite. En outre, on observera un report des plans d’expansion en réseau et en flotte chez des nouveaux transporteurs comme Air Sénégal, Air Tanzania, ou encore Uganda Airlines. On assistera par ailleurs à la mise en hibernation des projets de lancement de nouvelles compagnies nationales, notamment au Ghana, en Zambie ou au Nigeria.

Le cabinet de conseil aéronautique, Archery Strategy Consulting (ASC), estime que  les répercussions de cette crise- la plus sévère depuis la deuxième guerre mondiale- sur le transport aérien, s’étendront au moins sur trois ans tant la demande passager reprendra plus lentement avec des habitudes de voyage qui auront définitivement changé dans ce « nouveau monde post-covid19 ».

Ecofin

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