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Messaoud Belambri (président du Snapo) : «Nous comptons déjà plusieurs cas de pharmaciens contaminés par le Covid-19»

Dans cet entretien, le président du syndicat national des pharmaciens d’officines, M. Belambri évoque plusieurs sujets d’actualité liés à la profession. Comment les pharmaciens font face à l’épidémie, leur protection, le problème d’autorisation pour l’ouverture d’officine, la rupture de certains médicaments, sont autant de sujets évoqués par le président du Snapo.

Algérie-Eco : Les pharmaciens font face, comme la majorité des Algériens, à la propagation du Coronavirus. Comment gèrent-ils la situation ?

M. Belambri : Les pharmaciens font face difficilement à cette crise liée au Covid19. Concernant le gel hydroalcoolique, ça commence à être disponible mais les masques restent toujours introuvables. De nombreux confrères ont fait appel, malgré le risque et le manque de garanties, aux masques artisanaux.

Ont-ils les moyens pour se protéger?

Il y a certes une première dotation de 140.000 masques débloqués par la PCH pour les professionnels libéraux, et leur distribution a commencé mardi passé à Blida. C’est destiné aux pharmaciens et médecins exerçant dans le privé.

Nous tenons juste à rendre hommage aux grossistes répartiteurs qui ont récupéré et payé cette dotation auprès de la PCH et qui procèdent à sa distribution gratuitement aux professionnels de santé du secteur privé. Ces mêmes répartiteurs nous disent qu’en principe, il y a une autre dotation de 300.000 qui sera distribuée pour satisfaire d’autres wilayas, car la première opération concerne 17 wilayas classées prioritaires par le ministère de la santé, vu la force de l’évolution du covid19 à leur niveau.

Les pharmaciens font également face à la difficulté de maintenir leurs officines ouvertes, suite aux difficultés de déplacement de leur personnel, vu les grandes distances au niveau de plusieurs wilayas, ou par rapport aux autorisations nécessaires quand il s’agit d’aller d’une wilaya a une autre.

Vous avez évoqué dernièrement le problème des autorisations pour l’ouverture des officines dans certaines wilayas. Où en est ce problème?

Le confinement restreint le mouvement des personnes, et ceci impacte de manière directe les pharmacies sur le plan économique. La baisse du chiffre d’affaire est très importante, et varie de 40 à 70 %, selon les officines. Ceci entraîne directement des difficultés sur le plan du recouvrement, car les créances de nos fournisseurs doivent être honorées. Sans parler des cotisations CNAS, CASNOS, les acomptes provisionnels vis a vis des impôts, ainsi que les payements mensuels liés à la TAP et TVA, avec tous les prélèvements opérés sur les salaires de nos employés. Des employés que nous payons malgré la réduction du temps de travail, ou le chômage technique forcé vécu par nos officines.

Ceci dit, il ne faut guère oublier que notre mission de service public continue, que nous devons continuer à conseiller nos malades, à les orienter vers les services spéciaux sanitaires du « corona » pour un éventuel diagnostic en cas de symptômes révélateurs. Les pharmaciens jouent pleinement leur rôle de conseil, notamment les précautions à prendre face a la propagation du corona. Nous rappelons que le SNAPO avec l’UNOP ont pris l’initiative dès les premiers jours d’imprimer 50.000 affiches de conseils et prévention contre le Covid19. Elles ont été distribuées au niveau des officines, espaces de santé. Les conseils élémentaires que nous donnons aux clients et a nos patients sont simples mais importants, nous insistons beaucoup sur le respect du confinement et le lavage soigneux des mains a l’eau et au savon. Deux règles universelles qui font l’unanimité dans le monde médical.

Nous continuons également à assumer nos obligations conventionnelles liées au tiers payant CNAS/CASNOS. Car les malades chroniques et autres assurés sociaux bénéficiaires du tiers payant ont toujours besoin de leurs médicaments. Nous avons de sérieuses inquiétudes quant au payement des pharmaciens par rapport aux bordereaux déposés auprès de ces deux caisses. Les deux directions générales de la CNAS et de la CASNOS nous rassurent, mais nous restons malgré tout inquiets, car certains paramètres économiques sortent totalement de leurs volontés. Et si les officines pharmaceutiques ne sont pas payées, c’est la chaine de soins qui sera rompue et ceci aura des incidences directes sur la disponibilité des médicaments au niveau des officines, mais aussi un impact direct sur le tiers payant, et une réelle menace d’arrêt de ce système. Si les officines sont en rupture de stock par faute de payement, les malades risquent de se retrouver sans médicaments. Si les caisses de sécurités sociales n’arrivent plus a assurer le recouvrement pour les raisons économiques connues par tous, car à cause de l’arrêt des entreprises, les conséquences seront lourdes et immédiates.

Est-ce que les produits de protection comme le gel et les bavettes sont disponibles dans les officines ou sont-ils toujours en rupture?

Les approvisionnements des officines ont connu les premières semaines de la crise une grande perturbation, certaines officines n’ont pas été livrées pendant une semaine. Maintenant, les choses se stabilisent. Il faut également signaler que les pharmacies doivent assurer un service continu et ininterrompu, donc la garde de nuit ainsi que celle des vendredis, s’imposent plus que jamais. Assurer ces gardes n’est guère chose facile, et ceci demande aux pharmaciens plus d’efforts et de sacrifices sur tous les plans, notamment sur le plan de la gestion des ressources humaines.

Permettez-moi juste de signaler que les pharmaciens ainsi que leurs équipes sont particulièrement exposés aux risques et que nous comptons déjà plusieurs cas de pharmaciens contaminés.

Certains malades se plaignent du manque de certains médicaments comme ceux atteints de la maladie du Goitre. Comment expliquez-vous cette situation?

Effectivement, certains médicaments manquent, notamment ceux que vous avez cités en exemple dans votre question. Le LNCPP a libéré les lots il y a plus de 10 jours, mais il y a toujours une grande tension sur ce produit essentiel et irremplaçable. On ignore encore où se trouvent les lots libérés et à quel rythme ils sont distribués. Mais en règle générale, si les quantités libérées ne sont pas proportionnelles aux quantités demandées par les malades, nous ne sommes pas sortis de l’auberge et les tensions et les ruptures vont persister. La liste des produits en rupture reste importante, car la dernière que nous avons transmise au ministère de la santé contient 100 produits en rupture et 100 produits sous tension. Ce n’est pas du tout lié a la crise du corona, car la situation que nous vivons actuellement sur le plan des ruptures et de la disponibilité des médicaments est la même que celle que nous vivons déjà depuis plusieurs années. Nous espérons que le gouvernement actuel va trouver les bons remèdes au marché du médicament.

Vous avez lancé une opération de don, où en est cette opération?

Le Snapo a lancé une opération de don d’envergure nationale. Les pharmaciens malgré leurs difficultés économiques et professionnelles, se sont toujours distingués par leur grande générosité et leur sentiment patriotique et solidaire. Depuis le début de cette épidémie, nos bureaux des wilayas n’ont pas attendu l’appel de l’instance nationale pour récolter des dons. De nombreuses opérations ont été menées dans toutes les wilayas et des dons ont été remis directement aux hôpitaux et aux personnels de santé du secteur public. Le bureau national inscrit cette opération dans la durée et va continuer sans s’arrêter et ce tant que nous ne serons pas débarrassés de ce virus. Mais nous ferons des bilans réguliers sur l’opération. Les dons consistent à remettre aux services de santé publique des médicaments, des dispositifs et produits de protection et à l’achat d’équipements même lourds pour certaines unités de soins. Nous avons donné la liberté à nos bureaux d’effectuer des opérations ciblées en fonction des besoins locaux, car ceux ci peuvent varier d’une région à une autre.

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