Face au coronavirus, les étudiants ont su prendre la bonne décision

Amnesty International
Photo @Khaled Drareni

Les étudiants et professeurs d’universités qui devaient manifester pour la 55e fois mardi ont pris, politiquement parlant, la bonne décision, en suspendant leur marche jusqu’à la fin de la crise de santé publique qui affecte l’Algérie et plus largement le monde entier. Les «hirakis» suivront sans doute, comme à l’accoutumée, les mots d’ordre venus de cette jeunesse éclairée qui constitue, à n’en pas douter, l’âme de cette révolution pas comme les autres.

Cette décision confirme à quel point le peuple est en avance sur ses gouvernants qui n’ont, à ce jour, toujours pas pris toutes les décisions qui s’imposent et peinent à faire appliquer celles qu’ils avaient annoncées. Dans leurs propos et leurs actions, les autorités politiques semblent en effet beaucoup plus préoccupées à trouver les moyens d’éradiquer l’avancée du hirak, que celle du du coronavirus et pour preuve, la population continue à vivre son quotidien comme à son habitude, au moment où les forces de l’ordre poursuivent et renforcent la répression du hirak, comme s’il était leur seule préoccupation en ce temps pourtant troublé par la périlleuse pandémie de Corona.

Pas plus loin que le lundi 16 mars 2020, dans tous les quartiers de la capitale où nous nous sommes rendus (Bir Mourad Rais, Hydra, El Mouradia, Alger Centre, Scala et El biar), tous les magasins, les restaurants, les cafés, les salles d’attente des Postes et d’Algérie Telecom étaient ouverts et pour la plupart bondés de monde. Les trottoirs, les arrêts de bus et les autocars étaient pleins. Le métro et le tramway étaient en service et les marchés municipaux pris d’assaut.

Les gares et les aéroports étaient encore sous haute affluence, en dépit de quelques suspensions de vols. Les mosquées étaient toutes ouvertes en attendant l’heure des prières. Comme on a pu le constater, les autorités du pays n’avaient pas encore fait «les gestes qu’il faut» pour protéger la population contre le fléau du Coronavirus qui fait des ravages sous d’autres cieux et qui a commencé à poindre dans notre pays.

Le gouvernement n’a commencé à le faire que depuis hier et ce matin encore, on  a pu observer un nombre impressionnant de cafés ouverts, de restaurants qui se préparent à ouvrir, des arrêts bus et des autocars pleins à craquer, les salles d’attente de services publiques prises d’assaut, des clients et des fonctionnaires qui ne portent toujours pas de masques de protection. Autant de redoutables faits de propagation du coronavirus qu’il faut absolument juguler sans tarder, d’autant plus que le hirak qui a suspendu sa marche du mardi, et en fera sans doute pareil pour celles du vendredi, ne constitue plus cette crainte sur laquelle les pouvoirs publics s’étaient braqués pour lui coller la responsabilité de l’épidémie et le discréditer ainsi aux yeux de la population. Les étudiants qui boostent le hirak ont bien joués politiquement en suspendant leurs manifestations jusqu’à la fin de la crise sanitaire. Ils ont ainsi réussi à «couper l’herbe sous les pieds des autorités politiques», qui devront désormais prendre seules la responsabilité de la gestion de l’épidémie. La population les jugera sur pièces à travers les décisions de salubrité publique qu’elles prendront, mais aussi et surtout, sur leurs capacités à les faire appliquer sur le terrain.

Le hirak ne pouvant plus être agité comme un obstacle majeur à l’action gouvernementale, plus rien n’empêche désormais les autorités algériennes de mener convenablement le combat contre cette pandémie qui s’est installée pour ne pas s’arrêter. Seules des mesures de salubrité draconiennes sont en mesure d’en venir à bout, et c’est précisément à ce niveau, que le gouvernement jouera sa crédibilité.

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