Politique, économie, santé publique et pluviométrie: Quatre crises frappent simultanément l’Algérie

Politique, économie, santé publique et pluviométrie: Quatre crises frappent simultanément l’Algérie

Empêtrée dans une crise politique sans précédant l’Algérie subit en même temps trois autres crise majeures que sont la crise économique, la crise sanitaire et la crise climatologique.

Ces quatre crises cumulées sont d’une extrême gravité dans la mesure où elles mettent en péril la cohésion sociale, les ressources financières, la santé publique et une partie de l’alimentation du pays.

La crise politique s’est installée depuis un peu plus d’une année et persiste du fait de l’absence de volonté de la résoudre de la part de ceux qui ont le pouvoir d’agir dans le sens d’un apaisement et d’une solution politique viable.

La crise économique qu’on voyait poindre à l’horizon s’est quant à elle brutalement installée depuis l’annonce d’un subit effondrement des cours du pétrole.

La crise sanitaire qui n’en est qu’à son début tend à prendre l’allure d’un scénario dramatique avec la pandémie de Coronavirus qui contraint à prendre des mesures de protection draconiennes qui pourraient à terme paralyser toute l’économie nationale.

La crise climatique qui se caractérise par un gros déficit pluviométrique ne manquera pas d’affecter gravement la production agricole et notamment, la récolte de céréales qui promet déjà d’être médiocre.

C’est donc une véritable lame de fond qui risque d’affecter le pays, avec le risque bien réel de laminer les fragiles équilibres d’une économie rentière qui n’est viable que dans la mesure où les recettes d’hydrocarbures et la production agricole correspondent aux besoins multiformes d’une population qui croît et consomme démesurément.

Cette crise multiformes qui promet de s’installer dans la durée parce qu’elle est amarrée à une récession planétaire aggravée par une pandémie qui grippent tous les rouages de l’économie mondiale, intervient au moment où une crise de confiance entre gouvernants et gouvernés bloque toute initiative allant dans le sens d’une sérieuse prise en charge de la gouvernance de la nation qui exige, comme on le sait, des mesures de redressement fortes que le gouvernement ne peut, hélas, pas prendre faute de légitimité.  Toutes les décisions prise par le pouvoir actuel sont en effet frappées de suspicion ou tournées en dérision par la population et les membres du gouvernement ne peuvent même pas effectuer des missions d’inspection à l’intérieur du pays pour suivre l’état d’application des décisions qu’ils ont prises. Même les décisions relative à la protection contre le Coronavirus sont tournées en dérision par les manifestants du hirak qui clament haut et fort à qui veut les entendre,qu’ils acceptent la mort et le Corona plutôt que le pouvoir actuel « Qabline el mout, qabline el corona, manach qablinkoune rouhou ekhtouna ».

Pour que la confiance revienne il faudrait que le Pouvoir consente à reprendre langue avec le peuple algérien sorti dans la rue depuis le 22 février 2019 pour exiger précisément des changements au niveau de cette manière autoritaire et totalement coupée du peuple, de gérer le pays. Par « Pouvoir »on entend évidemment, le haut commandement militaire qui détient la réalité de la décision politique, car aux yeux du peuple, la présidence de la république et le gouvernement ne constituent qu’une façade faite pour créer l’illusion d’une gouvernance civile en Algérie. Tant que le haut commandement militaire ne tendra pas la main au peuple insurgé pour récupérer sa souveraineté sur tout ce que lui accorde de plein droit la Constitution, il sera vain d’espérer une riposte forte ni, à la crise économique, qui menace de tirer l’Algérie vers la pauvreté extrême, ni même, à la pandémie de Coronavirus qui risque de tourner au drame. L’Algérie ne pourra affronter efficacement ces crises que lorsqu’elle aura retrouvée la sérénité politique que lui refuse, pour diverse raisons, une partie du pouvoir réel.

La balle est, par conséquent, dans le camp de cette partie du haut commandement militaire qui refuse toute évolution en dehors de sa feuille de route. C’est à ce cercle du pouvoir de faire ce geste hautement patriotique consistant à appeler les algériens qui réclament de profonds changements de gouvernance, à négocier en plaçant, l’un et l’autre, les intérêts de l’Algérie au dessus de toutes autres considérations. Si ce cercle du Pouvoir ne le fait pas, le pays sombrera inéluctablement dans une crise multidimensionnelle qui ne fera, au bout du compte, que des perdants. Aucun dialogue, aucune négociation ne sera possible tant que le pouvoir utilisera, comme c’est aujourd’hui encore le cas, des violences policières et judiciaires pour réprimer les leaders et manifestants du hirak,  au lieu de prendre langue avec eux. C’est aux généraux les plus gradés et les plus sages du haut commandement militaires que revient le sursaut patriotique d’appeler à cette négociation salutaire qui n’écarte pas la possibilité de satisfaire les revendications légitimes fortement exprimées par le peuple algérien, parmi lesquelles, l’application des articles 7 et 8 de la constitution.

A défaut c’est la Nation algérienne toute entière qui risque d’en pâtir, aussi bien, à l’intérieur, qu’à l’extérieur du pays. A l’intérieur, aucune mesure de redressement économique et protection sanitaire ne sera possible du fait de l’illégitimité des gouvernants, tandis qu’à l’extérieur, l’Algérie donnera l’impression d’une nation très vulnérable du fait du divorce consommé entre le peuple et la haute hiérarchie militaire. Il y a donc urgence à régler ce conflit dont la clé se trouve à l’évidence aux mains de ce dernier.