Au cas où l’élection a lieu en Algérie: Les scénarios possibles

Au cas où l’élection a lieu en Algérie: Les scénarios possibles

Il reste évidemment l’hypothèse, hélas peu probable, d’une annulation du scrutin d’ici le 12 décembre prochain, mais tout porte à croire que l’état major militaire parviendra à imposer son forcing électoral en dépit du fiasco enregistré en Europe et en Amérique du Nord et du peu d’engouement populaire que cette élection forcée connait en Algérie.

Si l’élection parvient à avoir lieu en Algérie sans effusion de sang, ni événements traumatisants pour la société, les activistes du Hirak ne devront surtout pas considérer cette élection comme une défaite et baisser les bras. Bien au contraire, quel que soit le président qui sortira du chapeau de l’état major de l’armée, le Hirak doit se poursuivre et s’amplifier pour servir de contrepoids au nouveau régime qui s’installe, en le poussant dans ses derniers retranchements et le contraindre à faire des concessions à divers niveaux de la gouvernance. Le commandement militaire qui pèse aujourd’hui trop lourdement sur la vie politique, sera bien obligé de se replier, car le sort de l’état major militaire sera forcément impacté par l’intrusion de cette instance suprême, à laquelle la Constitution algérienne arroge le droit de commander l’ensemble des corps d’armée.

Il s’agit, on l’a compris, du nouveau Président de la République, auquel la constitution accorde d’emblée le titre de Commandant Suprême de l’Armée, qui peut opérer à tous moments les changement qu’il souhaite au sein du commandement militaire, à commencer par la nomination d’un nouveau chef d’état major et, si cela lui convient, d’un nouveau ministre ou vice ministre de la défense nationale.

De ce fait le premier scénario possible est qu’Ahmed Gaïd Salah réussisse à se faire reconduire aux rangs de chef d’état major et de vice ministre de la Défense. L’Algérie disposant d’un Président de la République, le général devrait tout de même s’éclipser de la scène politique et s’interdire de prononcer, comme il en avait pris l’habitude, des discours à partir des casernes. Cette attribution constitutionnelle d’adresser des discours à la nation reviendra désormais au seul président de la République et à lui seul.

Deuxième scénario: le nouveau président de la république ne reconduit pas Ahmed Gaid Salah aux postes de chef d’état major et de vice ministre de la défense, contraignant ce dernier à démissionner et prendre sa retraite en raison de son âge trop avancé. Il prendra, bien entendu, le soin de lui garantir de ne pas être poursuivi par les tribunaux civils et militaires pour des malversations qui pourraient lui être reprochées. Il choisirait très probablement un des pays du Golfe pour finir paisiblement ses vieux jours.

Troisième scénario: la pression du Hirak se poursuivra et s’amplifiera pour exiger un « État civil et non militaire ». Cette pression populaire donnera au nouveau président le courage politique de dissoudre ou de reconfigurer l’actuel état major dominé par de vieux généraux, pour le confier à de jeunes officiers supérieurs disposant des compétences requises. Le nouvel état major ne s’occupera que d’activités purement militaires et s’interdira définitivement de faire, comme il en avait l’habitude, intrusion dans la sphère politique. Le Hirak aura dans ce cas remporté une grande victoire, une réponse à une de ses plus importantes revendications à savoir, l’avènement d’un « État civil et non militaire ».

Mais qu’elle que soit l’issue que prendra ce scrutin forcé, les manifestations du Hirak devront impérativement se poursuivre dans leurs diverses déclinaisons, à l’effet de peser sur le cours des événements en faisant notamment obligation au président fraîchement « élu », de mettre en œuvre les réformes systémiques exigées par le peuple. Il devra être mis constamment sous pression pour réduire l’influence des généraux qui seraient tentés de continuer à faire intrusion dans le champ politique. Le Hirak devra également se poursuivre et s’amplifier, pour contraindre le nouveau détenteur du pouvoir exécutif, à libérer sans tarder tous les détenus d’opinion, à mettre fin aux interdictions de circuler librement dans le pays, à libérer les médias et les journalistes des jougs de l’armée et du pouvoir politico-administratif, à interdire la répression policière, à accorder son indépendance à la Justice et le droit aux partis politiques d’activer librement.

MDI Alger