Énergie : L’Algérie représente moins de 2% de la production mondiale

Énergie : L'Algérie représente moins de 2% de la production mondiale
Tewfik Hasni, consultant en énergie

Dans cet entretien, l’expert en énergie, Tewfik Hasni s’exprime encore une fois sur le projet de loi sur les hydrocarbures, en débat actuellement à l’APN. Il ne pense pas que le gouvernement actuel, compte tenu de l’élection présidentielle du 12 décembre puisse être concerné par la définition de la nouvelle stratégie énergétique et la transition énergétique.

Algérie-Eco : Le projet de loi sur les hydrocarbures est encore en discussion aujourd’hui à l’Assemblée Populaire Nationale. Un texte qui vise à retrouver « la place de choix » qu’avait l’Algérie sur le marché mondial de l’énergie, argumente le ministre de l’énergie. Êtes-vous de cet avis ?

Tewfik Hasni : Soyons sérieux, quelle peut être la place de choix sous-entendue ? Au moment où vous annoncez que 60% des réserves ont été consommées et que la consommation interne va finir par réduire à zéro tous nos exports énergétiques. Vous noterez que j’ai réduit les hydrocarbures à de l’Énergie et non à une matière première de la pétrochimie.

Comment pouvez-vous avoir une place de choix alors que nous représentons moins de 2% de la production mondiale. Encore faudrait-il qu’une telle annonce soit accompagnée des prévisions chiffrées et valorisées attendues de cette Loi. Nous ne savons pas non plus quels seraient les montants à investir pour cela.

L’exploration de nouvelles réserves d’hydrocarbures, l’axe principal du projet de loi sur les hydrocarbures, est devenue « un impératif urgent pour l’Algérie », selon le ministre. Est-ce un bon argument?

Le lobby pétrolier international se bat avec beaucoup de moyens pour faire face à la compétitivité des énergies renouvelables. Il perd du terrain. Les entreprises US sont entrain de vendre leurs actifs à l’étranger pour disposer de liquidités qui leur manquent et satisfaire ainsi leurs actionnaires. Chevron a cédé, dernièrement, ses actifs en Azerbaidjan. L’Algérie est loin d’intéresser des investisseurs US qui se replient sur le schiste américain à la demande du Président Trump. Après ce que je viens de vous expliquer, il est difficile d’attirer un investisseur important quel qu’il soit.

De toute façon les résultats ne viendront que dans 5 ans au plus tôt. Par ailleurs les prévisions aussi bien de l’AIE que de l’OPEP tablent sur une réduction de la demande sur les années à venir. La prochaine réunion de l’OPEP devrait décider d’une autre réduction. Comme la transition énergétique va déplacer la consommation en carburant pour de l’électricité et il faudrait impérativement réduire la consommation interne qui a atteint un niveau qui menace la sécurité du pays, nous ne comprenons pas l’intérêt d’augmenter la production d’hydrocarbures pour des marchés que nous allons perdre au profit des USA et de l’Arabie saoudite.

Ceci, cependant, a été bien intégré par les majors qui annoncent leur détermination à aller aux énergies renouvelables. Total a annoncé un programme de 25 000 MW en électricité solaire et son maintien que dans les gisements pétroliers importants. Total se retire aussi du schiste.

La majorité des experts trouve que cette nouvelle loi n’est pas à son moment. Et vous qu’en pensez-vous du timing de ce projet de loi ?

Il est clair qu’après toutes les informations ci-dessus, il devient évident qu’il n’y a aucune opportunité pour amender seulement la Loi actuelle.

MDI Alger

Que doit faire le gouvernement à votre avis ?

Nous ne pensons pas que le gouvernement actuel, compte tenu de l’élection présidentielle du 12 décembre puisse être concerné par la définition de la nouvelle stratégie énergétique et la transition énergétique.

Bessa, Résidence la Pinède