Michel Collon : « La France n’est pas l’amie du peuple algérien »

Michel Collon : « La France n'est pas l'amie du peuple algérien »

Le journaliste et essayiste belge, fondateur du collectif Investig’Action, Michel Collon, a répondu aux questions de Sputnik au sujet de l’Algérie, du Venezuela et de la propagande de guerre.

S’agissant de l’Algérie, le militant anti-impérialiste est catégorique : Elle reproduit les schémas déjà analysés par lui, en Libye, en Irak et même en Yougoslavie ou au Venezuela.

Il a ainsi constaté « une tentative de contrôle par les grandes puissances » – les États-Unis et la France. Celles-ci cherchent à contrôler les ressources pétrolières et gazières et des positions stratégiques. Le Sahara en est une, ouvrant l’accès à des ressources essentielles telles que l’uranium nigérien.

Pour ce faire, ces deux puissances « profitent de revendications » – dont il ne doute pas de la légitimité – afin d’installer « leurs pions et leurs marionnettes ». Une pratique déjà observée, explique-t-il, en Afrique, en Asie et en Amérique latine.

Interrogé sur la position « prudente » de la France vis-à-vis du Hirak, Michel Collon a tenu à distinguer la position officielle du travail « en coulisses ». À titre officiel, se trame une grande rivalité entre la France et les États-unis – la fameuse « guerre sans mort, mais pourtant guerre à mort » de Mitterrand – qui s’affrontent pour des parts de marché et des ressources. Une « grande bataille » se joue donc, avec des services secrets « très actifs », développe-t-il.

Sous couvert d’humanisme…

Plusieurs options se dessinent ainsi. Y aura-t-il une révolution de palais, s’interroge l’intellectuel souverainiste, un « regime change » comme les États-Unis en place partout dans le monde grâce à des dirigeants-marionnettes ?

« La France joue peut-être plusieurs chevaux à la fois, ne sachant qui l’emportera. Mais une chose est sûre, la France n’est pas l’amie du peuple algérien. Je parle de la France de Paris, la France de Macron, la France des multinationales qui sont derrière. »

Et Michel Collon d’évoquer le nombre d’exemples dans l’Histoire où les puissances occidentales se sont présentées en humanistes, prétendant apporter la démocratie. Pour n’apporter au final que « plus de dépendance, plus de pauvreté, toujours du colonialisme ».

Est-il pourtant défavorable au Hirak, ce « nouveau printemps arabe » ? Pour lui, ça dépend de ses motivations. « Si des peuples se mobilisent pour obtenir plus de démocratie, un partage des richesses honnête et l’utilisation des ressources nationales pour apporter du social aux gens, je suis à fond pour », répond-t-il. « Les peuples ont le droit », poursuit-il, « de décider ce qui est fait avec leurs économies, mais si c’est une manipulation, je suis contre ».

« Une révolte populaire, oui. Une ingérence et une confiscation par les grandes puissances, non. »

Michel Collon en profite pour citer Arabesque$, le livre-enquête de l’auteur algérien Dr Ahmed Bensaâda où il lève le voile sur le rôle joué par la CIA, aidée par Facebook et Twitter, dans les printemps arabes.

MDI Alger