Carnegie Middle East Center prédit une crise économique imminente en Algérie

Le Carnegie Middle East Center prévoit, dans sa dernière analyse sur l’Algérie, une crise imminente, en raison de l’impasse politique qui fait peser un risque d’effondrement de l’économie.

« Depuis six mois, l’Algérie est secouée par des manifestations de masse pacifiques. Cependant, les progrès ont été freinés par deux choses. L’armée, véritable centre du pouvoir en Algérie, tient fermement à l’organisation d’élections dans les conditions actuelles (…). Dans le même temps, les manifestants n’ont pas été en mesure de nommer des représentants ou des médiateurs capables de parler en leur nom et de formuler des revendications réalistes », explique l’analyse réalisée par le centre de recherche Carnegie basé à Beyrouth, et signée par Dalia Ghanem et Omar Benderra.

« Ce blocage est alarmant compte tenu de la crise économique imminente qui ajoutera une couche de complexité à une situation déjà compliquée », indique le centre d’études. Les auteurs préviennent que « ce n’est qu’une question de temps avant que ces revendications s’étendent à l’économie. Les futurs dirigeants d’Algérie devront faire face à de graves problèmes financiers dans un pays dépendant de l’énergie depuis des décennies, dont le système économique semble de plus en plus intenable en raison de son incapacité à introduire la diversification ».

Le Carnegie Middle East Center relève que la structure de l’économie algérienne est particulièrement vulnérable. « Elle repose sur les rentes et repose sur l’exportation d’hydrocarbures (…). La part des hydrocarbures dans les revenus du gouvernement a été extrêmement volatile ».

Il a rappelé qu’en 2013, alors que les prix du pétrole étaient élevés, le pétrole algérien atteignait en moyenne 110,80 dollars le baril et représentait 65,4% des recettes de l’État. La part a chuté de manière spectaculaire à 33,6% en 2016, lorsque les prix du pétrole étaient en moyenne de 36,60 dollars le baril. « Pour équilibrer son budget de 2019, le pays a besoin de 116 USD le baril », note le document publié par le centre d’études.

Recours à la planche à billets

Le Carnegie Center rappelle également qu’en octobre 2017, le gouvernement a eu recours au financement non conventionnel, communément appelé la planche à billets, pour financer ses déficits budgétaires. « Cette mesure peu orthodoxe a généré un total de 56 milliards de dollars, dont 8,5 milliards en janvier 2019, représentant 30% du PIB pour 2018 ». Cette mesure a permis de couvrir les créances des entreprises publiques, mais elle a eu, comme signalé par le Fonds monétaire international, un effet inflationniste. L’inflation a été estimée par le FMI à 4,3% en 2018, et selon les prévisions, elle passerait à 5,6% en 2019» indique le même document.

Le Centre d’études a également rappelé que  « pour éviter cela, le gouvernement nouvellement nommé a décidé en juin 2019 de suspendre la création monétaire pour le reste de l’année, tout en se réservant la possibilité de l’utiliser aussi longtemps que la loi le permet jusqu’en 2022. La Banque d’Algérie s’est également engagée à stériliser les liquidités résultant de la crise monétaire ».

Le centre de recherche poursuit son analyse de la situation politique et économique de l’Algérie et relève que le déclin rapide des réserves de change est plus inquiétant. « En raison des prix élevés du pétrole entre 2003 et 2013, l’Algérie a accumulé de vastes réserves de devises qui en ont fait le huitième plus grand détenteur au monde, avec 193,6 milliards de dollars en 2014 ».

Les crises de la dette algérienne de 1986 et 1994

Le Carnegie Center a rappelé que « les crises de la dette algérienne de 1986 et 1994 ont montré la nature des difficultés auxquelles les dirigeants seront confrontés. À l’époque, le financement des importations de produits de première nécessité par 21 millions d’Algériens constituait un défi presque insurmontable. Que se passera-t-il en 2021, avec une population de 44 millions d’Algériens? La mise en œuvre d’un programme d’urgence est la première étape avant de prendre des mesures structurelles ».

MDI Alger

Les auteurs estiment essentiel de « parvenir à un règlement dans le contexte de la crise politique actuelle » et d’avoir une « discussion ouverte sur les défis auxquels le pays sera confronté » dans les années à venir. « Tous les efforts pour réorienter l’économie et augmenter la productivité doivent être axés sur les jeunes, la ressource la plus précieuse de l’Algérie », précisent les analystes, en notant que  si les jeunes ne sont pas impliqués dans la vie politique et d’aider le pays à passer à une démocratie réelle, leur aversion pour leurs dirigeants pourrait dégénérer et fragiliser la stabilité nationale.

Bessa, Résidence la Pinède