Le net metering pourrait accélérer la course de l’Afrique vers l’accès universel à l’énergie

L’un des avantages des énergies renouvelables, du solaire photovoltaïque notamment, est la décentralisation de la production électrique. Les particuliers peuvent désormais produire leur énergie et certaines politiques telles que le net metering (facturation nette en français) sont mises en place par les Etats afin de promouvoir cette autoconsommation. Une option qui présente un intérêt particulier surtout pour les pays d’Afrique subsaharienne où les deux tiers de la population n’ont pas accès à l’électricité. A condition bien sûr de s’y prendre correctement.

Une politique d’autoconsommation intéressante pour les pays en voie de développement ; Apparu aux Etats-Unis en 1983, le net metering est une politique d’autoconsommation d’électricité photovoltaïque qui permet à un client produisant sa propre électricité d’injecter le surplus de sa consommation dans le réseau électrique public. En vertu du contrat que constitue le net metering, le client, qui est désormais consommateur et producteur d’énergie, consomme en temps réel l’énergie produite par son installation photovoltaïque et injecte son excédent de production dans le réseau électrique auquel il est raccordé. Il perçoit en échange une compensation qui revêt généralement la forme d’un crédit déductible des factures dues pour les mois suivants. Cette politique présente un grand intérêt pour l’ensemble des pays africains qui voient ainsi une autre manière d’exploiter le potentiel solaire important dont ils bénéficient, tout en accélérant le processus d’accès à l’électricité et en augmentant leur disponibilité électrique. Avec le net metering, les pays africains pourraient en effet réduire la demande en permettant aux acteurs qui en ont les moyens et les capacités de couvrir une part de leurs besoins en électricité, tout en alimentant le réseau électrique.  En outre, la baisse croissante et accélérée du coût de la technologie photovoltaïque rendra cette forme d’énergie de plus en plus accessible dans ces pays. Il serait donc profitable pour les Etats de préparer et d’accompagner le développement de ces installations qui leur permettront d’avancer dans leurs différentes politiques énergétiques.

L’Afrique du Sud est le seul pays africain à appliquer une politique de net metering. Les autorités y ont littéralement été forcées en 2007, afin de pouvoir encadrer l’exploitation par les populations des sources alternatives d’énergie afin de faire face aux délestages qu’elles enduraient. Mais, jusqu’à présent, aucun cadre réglementaire n’a encore été mis en place sur le sujet et cette politique est surtout appliquée au niveau municipal. Seules 34 municipalités sur les 164 que compte le pays sont concernées et les normes varient d’une municipalité à une autre. Dans d’autres pays tels que le Kenya, le Cap Vert et le Ghana, le net metering est inscrit dans le cadre réglementaire du secteur énergétique, mais n’est pas mis en pratique selon le rapport « Net metering et autoconsommation PV dans les pays émergents » publié par l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

Les enjeux liés à la mise en œuvre du net metering : Selon l’agence, la mise en place des politiques de met metering présente plusieurs enjeux. Parmi eux, celui de la fluctuation du coût de production de l’électricité causé par le cours variable des combustibles utilisés dans les centrales à énergies fossiles et agissant sur le tarif électrique dans certains pays. Elle peut en effet être à la fois une menace ou une opportunité, selon que les coûts soient élevés ou non. Mais le principal intérêt du net metering réside davantage dans la volonté de promouvoir le développement des énergies renouvelables et d’améliorer de la satisfaction des besoins, que dans la gestion des faiblesses des combustibles fossiles.  En outre, nombreuses sont les compagnies électriques nationales qui sont réticentes vis-à-vis de cette politique qu’elles perçoivent comme une menace pour leur niveau de revenus. Le net metering pourrait en effet induire une baisse de leurs ventes, tout en créant des frais supplémentaires liés aux procédures d’enregistrement ou de gestion des clients intéressés, à la formation du personnel consacré à ce volet, à l’établissement des limitations appropriées pour les consommateurs/producteurs, etc. Un autre enjeu est celui de l’accord à long terme qui sera signé entre le client et le service public. Il présente certes des avantages tels que l’augmentation de la part du renouvelable dans le mix énergétique, ainsi qu’une amélioration du niveau du service. Cependant, l’évaluation des conséquences financières, en termes de gains ou de pertes, est assez délicate, mais indispensable. Ainsi par exemple, dans les pays où l’électricité est vendue à un prix subventionné inférieur au prix de production, ou ceux dans lesquels certains consommateurs, comme les institutions gouvernementales, ont du mal à s’acquitter de leurs factures, la mise en place du net metering pourrait participer à la réduction des pertes en limitant leur consommation.

Les bonnes pratiques pour la mise en œuvre du net metering : De l’analyse des pays mettant déjà en place la politique du net metering et des avis des experts, il ressort quelques bonnes pratiques à suivre pour une mise en œuvre optimale du net metering. Ces dernières pourraient se résumer en quelques termes qui sont : simplicité, clarté et précision. Dans un premier temps, il est recommandé de commencer simplement, par des phases pilotes, afin de procéder aux ajustements nécessaires et établir une réglementation. Cette réglementation devra ensuite être adaptée au fur et mesure de la croissance du sous-secteur. Il faudrait également qu’elle soit claire et précise en détaillant et en prenant en compte tous les aspects de la mise en place et de l’application du net metering. La réglementation est l’un des aspects les plus sensibles de la politique puisque c’est elle qui pose problème dans plusieurs pays, le Ghana et le Cap-Vert notamment. Elle demande en effet une grande volonté politique se traduisant par la mise à disposition de moyens et de suivi du processus.

La simplification des procédures administratives est également un point important à prendre en compte afin d’encourager la participation du plus grand nombre. Les compagnies de distribution électriques devront aussi renforcer leurs capacités afin de mettre en place et suivre cette politique. Une bonne politique de net metering nécessitera également une optimisation de la valeur des crédits compensatoires. Ces derniers ne devront pas être trop élevés, afin de ne pas pénaliser les compagnies de distribution, mais tout de même assez pour susciter l’intérêt des clients. Il faudra également s’assurer de ce que les clients impliqués dans le processus ne deviennent pas des producteurs indépendants d’énergie, concurrençant illégalement les compagnies de distribution. Il faudra enfin veiller à l’intégrité des réseaux en ne dépassant pas les seuils de puissance électrique injectable dans les transformateurs électriques.

MDI Alger

Ecofin

Bessa, Résidence la Pinède