Ahmed Gaïd Salah semble y tenir: La carte d’une élection pour le 4 juillet est-elle jouable?

Commandement de l'Armée

Et si, faisant fi de la volonté du peuple algérien de prendre en main son destin politique, le haut commandement de l’armée s’en tenait à sa feuille de route, consistant à faire élire le 4 juillet prochain le nouveau président de république sur la base d’un processus induit par l’article 102 de la constitution?

Un processus du reste déjà largement enclenché et confié au trio Abdelkader Bensalah, Chef de l’Etat par intérim, Nouredine Bedoui, Premier Ministre et Kamel Feniche le tout nouveau Président du Conseil Constitutionnel. C’est un processus qui certes ne souffre d’aucune ambiguïté sur le plan de la légalité constitutionnel, mais qui se trouve rejeté par l’écrasante majorité de la population algérienne, sortie clamer sa volonté de prendre elle-même son destin en main en faisant valoir l’article 7 de cette même constitution. Un article qui lui accorde pleine souveraineté en matière de choix politiques.

Depuis l’imposition de l’article 102 par l’état major militaire, dirigé par le vice ministre de la Défense Nationale et général de corps d’armée, Ahmed Gaid Salah,   on assiste en effet à un bras de fer entre ce dernier qui ne démord pas de son option « légaliste » et un peuple en insurrection qui veut imposer par la voie pacifique, une option plutôt « politique » qui cadrerait mieux avec sa volonté de changer les hommes et la manière de gouverner le pays. Le haut commandement militaire qui s’en tient à sa feuille de route malgré les déclarations plutôt favorables  de son chef envers les manifestants, n’a jusqu’à présent rien cédé à sa volonté d’aller jusqu’au bout de son objectif consistant à organiser coûte que coûte le scrutin présidentiel au terme des 90 jours prévus par la constitution, à savoir le 4 juillet prochain.

Ayant sans doute reçus des instructions dans ce sens, les trois instances concernées par la transition semblent s’être enracinées dans ce décor surréaliste  prévu par la constitution. Les trois instances chargées d’encadrer cette transition agissent comme si de rien n’était, faisant fi du climat prérévolutionnaire qui prévaut en Algérie depuis le 22 février dernier. On constate que Abdelkader Bensalah recrute à tour de bras des hommes de confiance pour étoffer son staff et préparer une conférence nationale qu’il s’entête à organiser même si elle est boudée par l’écrasante majorité acteurs qu’il compte inviter. Nouredine Bedoui s’inscrit également dans cette même logique « jusqu’auboutiste ». Il n’arrête pas de transmettre des directives aux walis afin que ces derniers veillent à ce que l’élection présidentielle se tienne à la date prévue en dépit la défection de nombreux juges et présidents d’APC. Il semble compter sur les secrétaires généraux des mairies et les substituts de juges pour palier ces défaillances. Le Président du Conseil Constitutionnel, Kamel Feniche a, quant à lui, du pain sur la planche avec le contrôle et l’agrément d’une vingtaine de « candidats à la candidature » qui lui seraient déjà parvenues.

On voit donc que le décor du prochain scrutin présidentiel est bel et bien planté avec comme ambition qu’il se tienne à la date et aux conditions prévues. C’est une démarche sourde aux clameurs de la rue qui réclament et réitèrent chaque vendredis et jours de semaines, une toute autre issue. Une issue qui accorderait le primat au politique incarné par les citoyens plutôt qu’au légalisme constitutionnel exigé par les généraux de l’état major. Pour arriver à ses fins, le haut commandement militaire compte sur un reflux du mouvement de contestation, en commençant par user de la répression et de propagande aux moyens de chaînes de télévisons et réseaux sociaux qu’il contrôle, mais cette stratégie a pour le moment échouée. La mobilisation n’a pas du tout faibli, bien au contraire, les sorties populaires hebdomadaires vont de records en records de participation. Ce stratagème ayant lamentablement échoué, on s’oriente vraisemblablement vers d’autres moyens de retournement de l’opinion. Il s’agit, on l’a compris, de cette vague d’actions judiciaires sur médiatisées dont ont déjà commencé à faire les frais d’anciens dignitaires du régime (Ouyahia, Loukal, Ould Abbes, Bekkat et bientôt Sellal et Bouchareb), une douzaine d’oligarques et d’ex généraux majors. Ces poursuites judiciaires à l’encontre de personnes honnies par le peuple, donnent l’impression que la victoire est déjà acquise et qu’il faudrait, par conséquent, faire confiance à ceux qui ont décidé de ces actions et du processus électoral à suivre pour sortir le pays de la crise politique.

Cette feuille de route qui se met progressivement en place, est évidemment facilitée par le vide d’encadrement qui pénalise lourdement ce mouvement insurrectionnel qui n’arrive toujours pas à se doter d’une direction politique consensuelle qui se substituerait ou, au minimum, servirait de contre-poids légitime, au commandement militaire. Faute de cette interface légitimée par des millions d’algériens, le haut commandement de l’armée « joue sur du velours » au point de se permettre de fixer aux algériens des caps à suivre et des lignes rouges à ne pas dépasser. C’est ce à quoi nous assistons depuis le déclenchement du mouvement du 22 février.

MDI Alger

Mais les déboires de ce mouvement pacifique, risquent de s’exacerber dans les tout prochains jours, si les personnalités qui animent le mouvement, ne prennent pas l’initiative de se réunir pour le doter d’une direction politique consensuelle que les algériens se dépêcheront de plébisciter. On sait que des initiatives, parmi les quelles les assises nationales de la transition qui se tiendra dans peu de jours à Alger et une autre conférence qui aura lieu à Bruxelles le 30 avril prochain. Si toutes les chances sont du coté de la conférence de Bruxelles qui ne risque pas d’être empêchée dans ce pays démocratique, on ignore en revanche si le pouvoir algérien permettra aux assises d’Alger de se tenir dans des locaux que lui seul peut garantir à cette réunion qui regroupera durant cinq jours des centaines de participants. C est à cette occasion que le haut commandement militaire dévoilera ses véritables intentions. S’il interdit ces assises c’est qu’il ne veut pas que le mouvement se structure et se fortifie autour d’une direction politique qu’il a lui-même choisi. Dans le cas contraire, l’intention d’Ahmed Gaid Salah de confier l’organisation du prochain scrutin présidentiel à ces résidus du « Bouteflikisme » délibérément chargés de perpétuer le système, serait alors clairement établie. Le « Hirak » serait alors contraint d’établir sa stratégie en fonction de ce dénie d’un droit constitutionnel (article 7) et, plus largement, de référendum exprimé de manière récurrente depuis bientôt deux mois consécutifs, par des millions d’algériens. Autant de temps et d’énergie que le pouvoir fera inutilement perdre aux algériens, majoritairement jeunes, qui réclament à gorges déployées, de profonds changements systémiques. Les leur refuser, c’est prendre inutilement le risque d’une dangereuse confrontation.

Bessa, Résidence la Pinède