Planche à billets : Les graves révélations des experts sur l’argent créé

réserves de change

Les experts financiers et économistes Raouf Boucekkine et Nour Meddahi, sollicités dans le cadre du recours au financement non conventionnel démarré à la mi-novembre 2017, ont fait de graves révélations sur l’argent créé dans le cadre de ce type de financement.

Dans un document en réponse à l’ex-gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Loukal (actuel ministre des finances), et à la note qu’il a publié juste après son départ de la tête de la BA, dans laquelle cette dernière affirmait qu’elle était contre la planche à billets, tout en accusant les experts sollicités, Raouf Boucekkine et Nour Meddahi, qui se sont défendus.

Ils affirment avoir recommandé la création seulement 2 550 mds DA jusqu’à fin 2019

«Notre recommandation pour le montant de la création monétaire : Notre note d’avril 2017 a plaidé pour une création monétaire (incluant réescompte, open market et planche à billets) de 1.100 mds DA en 2017, 700 mds en 2018 et 750 en 2019, soit 2.550 mds DA au total. En tenant explicitement compte de l’encours de 500 mds DA en avril de la création monétaire pour le refinancement (réescompte et open market), nous avons explicitement écrit que le montant global maximal de création monétaire serait donc de 3.050 mds DA à fin 2019. Nous sommes très loin des montants tirés actuellement alors que l’année 2019 est très loin d’être terminée », ont affirmé les deux experts dans leur document.

Selon eux, «de manière stupéfiante, Monsieur Loukal écrit au sujet de notre recommandation pour l’année 2017 ‘’Il est à noter que ce niveau d’intervention de la Banque d’Algérie dans le financement de l’économie est quasiment atteint, au cours des cinq premiers mois de cette année, sous la forme de 657 milliards de dinars de refinancement (réescompte et opérations d’open market) et de 920 milliards de dinars de dividendes versés au Trésor et sans recourir au QE,…»

«Monsieur Loukal inclut les dividendes de la BA dans le montant de la création monétaire, ce qui est une escroquerie doublée d’une contradiction. C’est une escroquerie car les dividendes sont des bénéfices que la BA doit verser à son actionnaire principal (l’Etat), et que c’est une opération classique de tout bilan comptable. Nous croyions naïvement que Monsieur Loukal avait fini par apprendre à lire un bilan après avoir dirigé la plus grande banque du pays pendant une quinzaine d’années… La contradiction est ailleurs. Puisque le document de la BA inclut les dividendes de 2017 versés par la BA au Trésor dans la création monétaire, pourquoi ne pas inclure ceux de 2018 (1.165 mds DA) et 2019 (600 mds DA selon la LF 2019) dans le montant global du financement non conventionnel ?!! Pendant qu’on y est, on pourrait aussi rajouter le montant du FRR (740 mds DA) injecté après que le niveau plancher de ce fonds a été supprimé !», ont-ils précisé.

Le montant d’argent monétaire injecté dans l’économie est 4.954,4 mds DA et non pas 3.114,4 mds DA

«Le montant d’argent de la création monétaire injecté dans l’économie est 4.954,4 mds DA (24,2% du PIB) et non pas 3.114,4 mds DA», ont affirmé les deux experts, qui ont ajouté que «de manière stupéfiante, Monsieur Loukal affirme ‘’Au total, sur le montant global mobilisé à ce jour, de 6.556,2 milliards de DA, seul un montant de 3.114,4 milliards de DA a été injecté dans l’économie’’». «Quelle escroquerie !», ont-ils dénoncé.

Ils ont expliqué que «la différence entre ces deux montants, soit 3.441,8 mds DA, contient les réserves obligatoires des banques ainsi que les reprises de liquidités !! Or ces montants sont bien injectés dans l’économie. En effet, les banques ne sont pas obligées de souscrire au programme de reprises de liquidité ; elles peuvent prêter cet argent aux agents économiques.»

«De la même manière, dès qu’un agent économique sort de l’argent de son compte, le montant des dépôts de cette banque baisse et automatiquement le montant des réserves obligatoires baisse aussi. Ces montants sont bien dans l’économie et la BA n’a aucun contrôle sur cet argent. Le programme de reprises de liquidités et les réserves obligatoires sont des outils de politique monétaire qui permettent à la BA de lutter contre l’inflation, mais l’argent en question est injecté dans l’économie», ont ajouté les deux économistes.

Avant de préciser à ce propos que «l’argent qui provient du financement monétaire et qui n’a pas été injecté dans l’économie est  celui qui est logé dans le comte du Trésor auprès de la BA. Le document de la BA nous informe que ce montant est de 1.601,8 mds DA. Autrement dit, le montant de l’argent de la planche à billets réellement injecté dans l’économie est de 4.954,4 mds DA (24,2% du PIB) et non pas 3.114,4 mds DA comme l’affirme Monsieur Loukal.»

Pourquoi avoir noyé le système bancaire avec les excès de liquidités ?

«Une question très importante est de comprendre pourquoi la planche à billets à dérapé à partir de Novembre 2018 avec une création monétaire de 2.600 mds DA, avec un supplément de 500 mds DA prévu pour la CNR selon l’ex-Premier Ministre Ouyahia. C’est d’autant plus surprenant que le Directeur du Trésor qui a une très bonne vision des besoins du Trésor et du système bancaire a affirmé en octobre dernier qu’il était possible de ne plus faire fonctionner la planche à billets. Ces créations ont inondé le marché bancaire, amenant la BA à augmenter le taux de réserves obligatoires des banques de 10 à 12% et probablement à augmenter le montant des reprises de liquidités», ont-ils rappelé.

Ils ont expliqué que «nous ne voyons qu’une seule explication logique. Nous pensons qu’il y avait un plan d’annonce d’arrêt de la planche à billets au lendemain des élections présidentielles, et que ces liquidités serviraient à financer des emprunts nationaux en 2020, voire 2021. Plusieurs raisons nous amènent à cette déduction. D’abord le montant de 1.360 mds DA prévus pour la CNR qui de fait couvre deux années de déficits (2019 et 2020). Ensuite le taux ahurissant de 3,5% de rémunération des reprises de liquidités pour inciter très fortement les banques à ne pas utiliser ces liquidités sous formes de prêts aux agents économiques. Enfin, la nomination du Monsieur Loukal au poste de Ministre des Finances pour justement faire l’annonce de l’arrêt du programme de la planche à billets en clamant qu’il était contre la planche à billets, son document de ce mois-ci préparant le terrain à une telle annonce. Nous devons avouer qu’il est difficile de faire plus fourbe», ont-ils accusé.

Le FNI et Sonelgaz la principale source d’excès de liquidités du système bancaire 

Dans leurs recommandations opérationnelles du financement non conventionnel, les deux experts ont préconisé d’«injecter de manière graduelle la création monétaire selon les besoins du Trésor ; reprendre si nécessaire les reprises de liquidités, même si ça pourrait paraître absurde car la BA reprendrait d’une main les liquidités injectées par l’autre main ; exclure le FNI et Sonelgaz du refinancement monétaire ; adopter une politique orthodoxe dans les taux d’intérêt et la valeur du dinar ; annoncer par la BA un échéancier pour l’émission monétaire mensuelle jusqu’à juin 2019.»

«Etant donnée l’information disponible, nous pouvons affirmer que : le Trésor a suivi notre première recommandation ; la BA a repris son programme de reprises de liquidités car elle a inondé le marché, l’amenant à utiliser un énorme taux de 3,5% pour les reprises de liquidités à 7 jours», ont-t-il expliqué

MDI Alger

Mais, ont-ils regretté, «malheureusement le FNI et Sonelgaz n’ont pas été exclus du programme de financement monétaire, ce qui est la principale source d’excès de liquidités du système bancaire ; la BA a continué de gérer de manière non-orthodoxe les taux d’intérêts et la valeur du dinar ; la BA n’a pas annoncé à l’avance ses émissions monétaires.»

Document de réponse des experts financiers et économistes Raouf Boucekkine et Nour Meddahi

Bessa, Résidence la Pinède