L’urgence d’une direction politique pour le « Hirak »

 

La demande populaire était déjà très forte dés le second vendredi de grandes manifestations. Les manifestants avaient en effet très tôt ressenti le besoin de doter ce mouvement qui draine des millions de citoyens fédérés autour de mots d’ordres clairs ( pas de 5é mandat pour Bouteflika, lutte contre la corruption, rejet du système politique actuel, instauration d’une nouvelle république, gestion de la transition par des représentants désignés par le peuple, contre l’article 102 de la constitution, pour l’article 7 qui s’en remet à la souveraineté du peuple etc.) d’une direction politique qui se substituerait au président déchu et prendre les rennes du pays jusqu’à l’élection du nouveau président de la république.

Pour diverses raisons ce souhait populaire n’a jamais été satisfait à ce jour, soit après sept semaines de grandes manifestations et de sorties permanentes de manifestants de toutes catégories sociologues professionnelles, tous les jours de semaines. Les élites du « Hirak » pourtant bien connues et appréciées des algériens expliquent leur incapacité à former une direction collégiale par la peur d’être repérés et torpillés par les services de sécurité toujours aux ordres du régime, par la difficulté à trouver un consensus sur les leaders, la crainte de susciter la colère du commandement militaire etc.

Profitant de ce vide, le haut commandement militaire s’est évidemment dépêché de s’octroyer le droit de commanditer la transition jusqu’au prochain scrutin, en faisant valoir un article de la constitution (art 102) qui permet de confier cette mission au président du sénat, rejetant d’un revers de la main les sollicitations contraires bruyamment scandées par plus de 20 millions d’algériens sept semaines durant.

Cette démarche certes légale du point de vue du droit stricto sensu, est en réalité illégitime du point de l’esprit des lois qui universellement accorde la souveraineté au peuple qui en exprime clairement l’intention. Et cette intention a été exprimée par au minimum 20 millions d’algériens ( beaucoup plus que le corps électoral tout entier qui ne comporte que 17 millions d’électeurs) ce qui équivaut, on ne peut plus clairement, à un référendum en faveur d’une transition dirigée par les représentants du peuple et, non pas, de l’armée, même si la constitution lui offrait effectivement ce droit.

En agissant ainsi le haut commandement militaire ne cherche pas à préserver les intérêts supérieurs de la nation, mais à sauver l’ordre établi qui a toujours prévalu en Algérie, à savoir, celui de conférer à l’armée le soin de désigner elle même les chefs d’Etat en les puisant dans le vivier des dirigeants historiques de l’ALN et du FLN. C’est ce qu’elle a toujours fait depuis la indépendance du pays (Boumediene, Chadli, Kafi, Zéroual et Bouteflika étaient des officiers de l’ALN, tandis que Ben Bella et Boudiaf étaient des dirigeants du FLN historique).

C’est une tradition que le haut commandement militaire ne peut malheureusement plus perpétuer car le peu d’historiques de l’ALN et du FLN encore en vie, sont trop vieux (plus de 80 ans) et souvent très malades. Il devra donc chercher dans le civil ou des « jeunes retraités » de l’ANP, des personnes pour assumer, sous la coupe à peine voilée des généraux, cette fonction stratégique de président de la république. C’est un président qui devra, d’abord et avant tout, lui garantir la protection contre l’action judiciaire et la poursuite du business en toute impunité. Il en a toujours été ainsi et il ne faut surtout pas que cela change!!

Fort de sa puissance populaire, le Hirak tente d’impulser une toute autre vision de la gouvernance du pays, en privilégiant l’Etat de droit, la lutte contre la corruption, la légitimité et la compétence dans tous les rouages de la gouvernance. Si le mouvement est effectivement très puissant par le nombre considérable de citoyens qui y a adhéré sur l’ensemble du territoire national, il bute toutefois sur l’impératif de se donner une direction politique qui exprimerait publiquement la volonté des insurgés, les protégerait contre les violences policières et lui indiquerait en permanence la marche à suivre.

La solution est pourtant à portée de main. Il suffit que les élites les plus respectées ( Bouchachi, Assoul, Tabou, Djabi et autres) se réunissent à l’effet de prendre la décision de créer, dans le sillage du Hirak, un parti politique qui porterait ce même nom (Parti du Hirak ou Hizb El Hirak) pour que la question de la représentation nationale et internationale du mouvement doit définitivement réglée. Les membres fondateurs du parti ne sont pas obligés d’attendre l’agrément pour commencer à agir. Rien ne leur interdit de coordonner directement les actions du mouvement et même,de présenter leur candidat (sous forme de candidat libre) à la prochaine élection présidentielle. Fort de l’appui du Hirak il l’emportera largement.

MDI Alger

Les élites du mouvement ont intérêt à passer immédiatement à l’action au risque de voir des personnes mal intentionnées s’emparer de cette idée de créer ce parti arrimé sur le Hirak, avec tous les préjudices que pourrait subir ce magnifique élan populaire porteur de tant de promesses pour le peuple algérien tout entier!!

Bessa, Résidence la Pinède