Le 102 officiellement appliqué: Le piège tendu par Bouteflika a bien fonctionné

Sourd aux millions d’algériens sortis clamer, sept vendredis consécutifs et sans discontinuité tous les jours durant, leur volonté de changement et leur hostilité au trio Bensalah, Belaiz et Bedoui pressentis pour conduire la transition jusqu’au prochain scrutin présidentiel, c’est vers l’application de l’article 102 de la constitution que s’est malgré tout porté le choix du haut commandement militaire.

Un haut commandement qui avait, faut-il le préciser, d’autres choix de sorties honorables, comme par exemple le recours à d’autres disposition de la constitution qui légitiment le recours à la souveraineté populaire pour conduire les changements politiques et institutionnels que la rue avait réclamé, certes pacifiquement, mais fermement.

Les déclarations apaisantes du Chef d’état major Gaid salah à l’égard du respect de la volonté populaire avaient laissé espérer que la voie d’une transition confiée au président du Sénat, rejetée publiquement par des dizaines de millions d’algériens à l’occasion des manifestations du vendredi 5 avril, serait abandonnée au moyen de sa démission ou autre artifice juridique, mais il n’en fut rien.

C’est bien l’octogénaire très proche du Président déchu et le gouvernement Bedoui dans sa composante actuelle qui géreront le pays jusqu’à juillet prochain avec tous les risque que cela comportent (élection truquées, très probable désignation par l’armée d’un « candidat du consensus », accès aux médias bloqués pour les candidats concurrents, intimidations etc.)

C’est évidemment une décision lourde de conséquence qui risque de radicaliser dangereusement le « Hirak » resté miraculeusement pacifique deux mois durant en dépit d’une mobilisation qui a étonné le monde entier par le nombre (des millions) et la discipline. C’est probablement ce que cherchent certains hauts responsables, toujours présents dans les rouages des réseaux du président déchu, pour provoquer le recours à la répression policière d’abord et la violence militaire, par la suite.

Ce serait évidemment une catastrophe pour ceux qui la subiront, mais aussi et surtout, pour ceux qui la commettront, car ce qui se passe en Algérie est suivi par les médias du monde entier qui sauront faire la différence entre le comportement pacifique du peuple algérien et la réponse belliqueuse que les corps constitués algériens commandités par les résidus du « bouteflikisme », ont apporté à leurs légitimes revendications.

Les ligues internationales des droits de l’Homme ne se gêneront certainement pas pour saisir le tribunal pénal international, nonobstant, les actions multiformes à l’international (saisie de l’ONU, Union Européenne etc.) que pourraient entreprendre avec l’appui de grandes associations et avocats internationaux,  notre très dynamique diaspora à l’étranger.

Les algériens ne comprennent pas comment, ni pourquoi, le haut commandement militaire est tombé dans les pièges expressément tendus par le président déchu. Des pièges consistant, comme tous les algériens le savent, à confier la gestion du pays à des hommes restés fidèles au clan Bouteflika parce qu’il a fait leurs carrières et permis leur enrichissement. Ce sont précisément ces personnes que le clan Bouteflika a chargé d’assurer le sauvetage de l’entourage immédiat de l’ex président, en faisant disparaître les dossiers compromettants, en leur permettant de faire fuir les capitaux mal acquis et de stopper les actions en justice attestées aux  figures emblématiques du régime.

Déçus de voir le haut commandement militaire se ranger du coté de ces trois responsables politiques violemment rejetés par la « vox populi », les algériens attendent tout de même une explication de son chef, le chef d’état major Gaid Salah. Une déclaration qui devrait impérativement contenir des propos rassurants, car le peuple se sentant quelque peu trahi, pourrait changer subitement de ton dans sa façon de réclamer et d’agir.

Il ne faut pas oublier que des manifestations qui brassent plus de vingt millions de citoyens (beaucoup plus que le tout le corps électoral qui ne compte que 17 millions d’électeurs) valent référendum qui a tranché la question de la transition, dont il exige qu’elle soit conduite par des hommes que le peuple aura lui-même choisis.

Aucune loi universelle ne dispose qu’on peut aller à l’encontre d’une décision issue d’un référendum. Cela relèverait d’un mépris de type névrotique envers peuple détenant la souveraineté, comme le stipule du reste clairement la constitution (art.7) à laquelle le haut commandement militaire se targue de faire référence.

Autre réalité d’une extrême importance que le haut commandement militaire semble ne pas avoir relevé sans doute en raison de l’âge très avancé de son chef. Cette implacable réalité est que le « Hirak » est, très majoritairement (plus de 70% de la population algérienne), l’affaire d’une  jeunesse politisée et branchée sur les réseaux sociaux. Leurs doléances transmises au monde entier ont été validées par des millions de correspondants vivant à l’étranger. Ils les soutiendront par toutes sortes de moyens, notamment médiatiques, qui mettront les autorités algeriennes en état d’instabilité permanente, au point de ne plus pouvoir gouverner sereinement.

Pourquoi Gaid salah qui aurait pu rester dans l’Histoire comme celui qui a aidé à l’instauration d’un Etat moderne et démocratique incarné par une nouvelle république, a-t-il choisi cette issue, certes conforme à la constitution, mais que le peuple souverain a bruyamment rejetée.

MDI Alger

Que faut-il réellement attendre  de cette décision franchement impopulaire de Gaid Salah ? Prévue pour cette fin de journée, sa déclaration que tous les algériens attendent permettra aux algériens de mieux comprendre les enjeux qui se trament et de réagir en conséquence, même si la rue qui a repris ce matin en force l’agitation dans toutes les villes estudiantines du pays, augure de jours prochains très tumultueux mais aussi très périlleux.

Bessa, Résidence la Pinède