Le manque de soins dilapide le capital humain – 5 axes d’action pour instaurer la couverture sanitaire universelle d’ici 2030

La Journée internationale de la couverture santé universelle, célébrée chaque année le 12 décembre, est l’occasion de mettre en avant les progrès réalisés en faveur de la santé pour tous. Grâce à la volonté des gouvernements et à d’ambitieuses réformes, la plupart des régions du monde ont élargi l’accès aux services de santé et les ont rendus plus abordables. Cependant, selon un récent rapport du Groupe de la Banque mondiale et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la moitié de la population mondiale reste privée d’accès à des services de santé essentiels, tandis qu’une centaine de millions de personnes basculent chaque année dans l’extrême pauvreté en raison du coût des soins.

Mettre en place la couverture sanitaire universelle d’ici à 2030 est un engagement mondial pris dans le cadre des Objectifs de développement durable (ODD). C’est tout aussi important pour atteindre le double objectif du Groupe de la Banque mondiale visant à mettre fin à l’extrême pauvreté et à promouvoir une prospérité partagée, qui restera hors de portée tant que les dépenses de santé continueront d’appauvrir des millions de personnes chaque année. Or, assurer l’accès à des services de santé à la fois abordables et de qualité est un défi pour tous les pays, quel que soit leur niveau de revenu, comme le montre la base de données 2018 des indicateurs du Groupe de la Banque mondiale sur l’équité en matière de santé et de protection financière, qui couvre 183 pays.

Les dépenses de santé représentent un fardeau important pour les familles. Dans le monde, 800 millions de personnes consacrent au moins 10 % du budget du ménage aux soins et se trouvent souvent dans l’obligation de choisir entre leur santé et d’autres priorités familiales : alimentation, frais de scolarité, transports… Si ces 800 millions de personnes vivaient dans un seul pays, ce serait la troisième nation la plus peuplée de la planète. Et ce fardeau financier pèse sur les familles de toutes les régions du monde. Mais prenons garde de ne pas oublier les souffrances qui se cachent derrière de tels chiffres. Quand des personnes ou des familles ne peuvent pas bénéficier des soins dont elles ont besoin : un bébé qui n’est pas vacciné et qui meurt d’une pneumonie ; un enfant dont le retard de croissance pénalise durablement les résultats scolaires et l’apprentissage ; une adolescente enceinte qui n’a pas accès à des services de planification familiale et qui doit abandonner l’école ; une mère qui ne peut pas recevoir de transfusion de sang alors qu’elle fait une hémorragie post-partum. Cette exclusion des soins n’est pas seulement injuste, c’est aussi une lourde perte en termes de potentiel individuel et, pour les pays, de capital humain. Le capital humain correspond à l’ensemble des connaissances, compétences et conditions de santé que les individus accumulent tout au long de leur vie et qui leur permet de réaliser pleinement leur potentiel en devenant des membres productifs de la société. Et la santé est un élément fondamental du capital humain d’un pays. S’ils ne sont pas en bonne santé, les enfants ne peuvent pas aller à l’école et s’instruire, les adultes ne peuvent pas travailler et contribuer aux besoins de leur famille et de la société. Une population en bonne santé, instruite et résiliente est une condition indispensable pour qu’un pays puisse être compétitif dans l’économie mondiale. Comme l’explique le président du Groupe de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, « la seule façon de garantir des soins de santé à tous, partout dans le monde, est de changer fondamentalement le système pour que les gouvernements et les citoyens exigent davantage d’investissements dans la santé ».

Si les investissements dans la santé sont consentis dès la naissance et se poursuivent tout au long de la vie – pour les nourrissons, les enfants, les adolescents, les adultes et les personnes âgées –, ils forment le socle de la croissance et de la compétitivité des nations. Chaque année de vie en bonne santé doit être considérée comme le moteur de la croissance économique. En cela, instaurer la couverture santé universelle signifie investir tout au long de la vie. Le chemin vers la couverture santé universelle est propre à chaque pays. Le Groupe de la Banque mondiale apporte son soutien aux pouvoirs publics au travers de financements, de recommandations stratégiques et d’une assistance technique, mais aussi en produisant des études, des connaissances et en rassemblant différents partenaires autour de buts communs. La couverture sanitaire universelle est l’objectif qui sous-tend les investissements du Groupe de la Banque mondiale en faveur de la santé, de la nutrition et des populations. Sur l’exercice 2018, ces financements se sont élevés à environ 14 milliards de dollars.

Ils sont appelés à augmenter dans le cadre du Projet sur le capital humain, initiative récente majeure du Groupe qui vise à accélérer, accroître et améliorer les investissements dans les personnes. Le nouvel indice du capital humain (a) mis au point dans le cadre de ce projet mesure et classe les pays en fonction du niveau de capital humain qu’un enfant né aujourd’hui est susceptible d’atteindre d’ici ses 18 ans, compte tenu des services de santé et d’éducation dans son pays. Ainsi, il permet d’évaluer le manque à gagner résultant des déficits de capital humain d’un pays et, à cet égard, les gouvernements de ces pays sont les premiers moteurs du changement et de l’investissement dans leur capital humain, en particulier dans la santé. Il n’y a pas de solution miracle ou de voie unique pour assurer la couverture sanitaire universelle d’ici 2030, mais voici cinq moyens essentiels pour accélérer les progrès :

  1. Davantage d’argent pour la santé et davantage de santé pour cet argent : Le secteur de la santé souffre d’un sous-investissement dramatique. À l’échelle mondiale, le coût des services de santé essentiels est estimé à environ 90 dollars par personne et par an(a). Or en 2015, 71 pays ont investi moins que ce montant dans la santé de leurs citoyens et 41 pays totalisant 2,6 millions d’habitants ont dépensé moins de 25 dollars par personnePar ailleurs, les pays doivent améliorer l’efficacité de leurs investissements dans le secteur de la santé pour garantir qu’ils permettent d’obtenir les meilleurs résultats possibles. Tandis que les ressources domestiques constituent la grande majorité des investissements dans la santé au niveau national, l’aide au développement et d’autres partenariats mondiaux peuvent jouer un rôle complémentaire et catalyseur.
  2. Priorité à la qualité des soins : Des services de santé accessibles et abordables ne suffisent pas : il faut aussi que les soins soient de grande qualité. Trois publications récentes, dont un rapport conjointdu Groupe de la Banque mondiale, de l’OMS et de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), démontrent que la qualité médiocre des services sanitaires freine l’amélioration de la santé des populations, quel que soit le niveau de revenu des pays. Ainsi, le risque de contracter une infection pendant une hospitalisation concerne 10 % des patients dans les pays à revenu faible et intermédiaire, et 7 % des patients dans les pays à revenu élevé. Il convient cependant de souligner que la qualité des soins a progressé dans certains domaines, par exemple en ce qui concerne les taux de survie après un cancer ou une maladie cardiovasculaire.
  3. Protéger toutes les populations des pandémies : La fréquence et la diversité des flambées épidémiques n’ont cessé d’augmenter au cours des 30 dernières années. Les épidémies peuvent frapper n’importe où, mais c’est souvent là où les systèmes de santé sont les moins efficaces et non accessibles à certaines populations que les maladies se propagent de façon incontrôlée. Pourtant, nous pourrions tous être protégés des pandémies si chaque personne pouvait bénéficier des services de santé, et c’est là tout l’enjeu de la couverture sanitaire universelle. C’est aussi pourquoi le Groupe de la Banque mondiale s’attache à aider les pays à renforcer leurs systèmes de santé humaine et vétérinaire, par l’intermédiaire notamment d’un programme régional d’amélioration des systèmes de veille sanitaire en Afrique de l’Ouest(REDISSE), et qu’il a mis sur pied un programme inédit d’aide financière rapide en réponse aux pandémies, le Mécanisme de financement d’urgence en cas de pandémie (PEF) (a).
  4. Miser sur l’innovation : À elles seules, les méthodes traditionnelles ne réussiront pas à assurer la couverture sanitaire universelle d’ici 2030. Les pays qui ont progressé dans ce domaine ont fait preuve d’inventivité pour transformer leurs systèmes de santé. Un rapport du Groupe de la Banque mondiale intituléBusiness Unusual (a) décrit comment ces pays ont fait de grands pas en avant en sortant des sentiers battus. Ainsi, le Rwanda a mis sur pied un partenariat innovant avec le secteur privé qui lui permet notamment de réduire les délais de livraison des lots de sang en utilisant des drones (a). En Afghanistan (a), malgré l’insécurité ambiante, la santé et la nutrition des mères et des enfants se sont nettement améliorées grâce à des contrats conclus avec des ONG locales qui assurent des services de santé de base. Des stratégies de financement originales ont aidé le gouvernement turc à transformer son secteur de la santé (a). Enfin, le Mécanisme de financement mondial (GFF), une plateforme de financement novatrice centrée sur les pays, est aujourd’hui actif dans 27 pays et ses fonds permettent de démultiplier les investissements dans la santé et la nutrition des femmes et des enfants.
  5. Se mobiliser pour agir ensemble : Pour que la couverture sanitaire universelle soit une réalité en 2030, il faut donner aux populations et à la société civile les moyens de participer activement à cette dynamique et de demander des comptes à leurs gouvernements sur la qualité, l’accessibilité et le coût des soins de santé. Les citoyens devraient être informés de ce qu’ils sont en droit d’attendre de leurs systèmes de santé, être associés à la définition de services sanitaires répondant à leurs besoins et être d’en mesure d’en vérifier le fonctionnement afin de pouvoir réclamer des changements quand les prestations ne sont pas à la hauteur des engagements. C’est pour veiller à l’atteinte de ces objectifs que le Groupe de la Banque mondiale et l’OMS ont été partie prenante au lancement de CSU2030, un mouvement mondial rassemblant des institutions, des États et des organisations de la société civile et œuvrant au renforcement des systèmes de santé à l’appui de la couverture santé universelle.

La volonté politique et l’implication des pays sont plus fortes que jamais, mais il est indispensable d’accélérer le mouvement pour que la couverture sanitaire universelle soit une réalité mondiale en 2030. Il faudra un pilotage efficace, des politiques et des investissements adaptés et un engagement sans faille pour franchir le « cap décisif » et atteindre les plus vulnérables. Il n’y a plus de temps à perdre.

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Source W BANK

Bessa, Résidence la Pinède