Faut-il recourir à la planche à billets pour sauver le système retraite?

L’accroissement démesuré du nombre de retraités couplé à une forte régression de la masse de cotisants est à l’origine d’un profond malaise financier auquel la Caisse Nationale de Retraites (CNR) doit désormais faire face pour honorer ses engagements envers un peu plus de trois millions de pensionnés. C’est l’Etat, garant de la solvabilité de l’institution, qui volera cette fois encore à son secours  en actionnant la planche à billets et en levant des impôts supplémentaires en sa faveur.

La difficulté d’assurer régulièrement le paiement des retraites s’exacerbe en effet chaque année davantage pour la CNR, notamment depuis l’instauration des retraites anticipées dont ont déjà bénéficiés plus de 500.000 travailleurs. Ces départs à la retraite avant l’âge requis (60 ans) provoqués par les ajustements structurels des années 90, ont réduit si fortement le nombre de cotisants que les comptes de la Caisse Nationale de Retraites s’en trouvèrent totalement déstructurés. En 2008 déjà la presse avait fait part de la première alerte d’insolvabilité du système de retraite, vite réglée par le trésor public qui disposait d’une grande aisance financière à cette époque. Mais sa déstructuration était si forte et les ressources manquantes chaque années plus importantes que l’Etat a du recourir à des moyens complémentaires pour renflouer du mieux possible cette institution qui peinait à payer l’ensemble des pensions. C’est ainsi qu’une taxe sur les importations appelée « contribution de solidarité » fut instaurée par la loi de finance pour l’année 2018, autorisant un prélèvement de 1% sur l’impôt à l’effet de rétablir l’équilibre financier de la Caisse. Ce n’est évidemment qu’une action de dépannage, la solution idoine étant l’amélioration des chiffres de l’emploi qui, malheureusement, n’interviendra pas de si tôt, étant données les conditions économiques et financières actuelles. A moins d’un miracle, la CNR est en effet condamnée à fonctionner avec, à peine, 2 cotisants pour 6 retraités durant toute la prochaine décennie, ce qui ne facilitera pas la tache du trésor public. Les ressources financières à octroyer à la Caisse Nationale de Retraites seront si importantes d’une année à l’autre (entre 20 et 30 milliards de dinars), que l’Etat pourrait être tenté, faute d’autres sources de financements, de recourir à la planche à billets pour solvabiliser cette Caisse. Notre système de retraite fonctionnerait ainsi à crédit jusqu’à ce que le plein emploi réapparaisse on ne sait à quelle échéance. La dette que devront supporter, aussi bien, l’Etat qui emprunte cet argent à la Banque d’Algérie, que la Caisse Nationale de retraites qui l’emprunte au Trésor public. Ce sont les générations futures qui, dans ces deux cas, devront payer ces dettes colossales.

Il faut en effet savoir qu’en 2015 déjà le système national de retraite concernait pas moins de 3 millions de retraités bénéficiant de pensions dont les montants augmentent chaque année de 3 à 4%, au gré de l’inflation. Ils n’étaient que d’environ 1,5 millions au début des années 2000. Le chiffre aura tendance à s’acroitre sensiblement dans les toutes prochaines années si l’on en croit les estimations de la CNR selon lesquelles la Caisse attendrait entre 120 et 150.000 nouveaux retraités par an tout au long de la prochaine décade. Autant de dépenses supplémentaires que la Caisse ne pourrait, à l’évidence, jamais mobiliser au moyen des seules cotisations salariales, quand bien même elles seraient fortement augmentées. C’est d’ailleurs ce qui fut fait dans les années antérieures en faisant passer ce taux de 16 à 18% sans pour autant parvenir à régler définitivement le problème des ressources de la CNR. Une ponction de 2% sur la fiscalité pétrolière (2%) accompagnée d’une mobilisation des  reliquats des caisses de solidarité se sont par la suite avérées nécessaires pour pérenniser ce système à bout de souffre sans parvenir, cette fois encore, à solvabiliser définitivement cette institution.

Le système de retraite algérien vit donc une profonde crise systémique qui prend racine dans une pléthore de pensions accordée à une époque de plein emploi (années 70 et 80) et dans le chômage qui touche prés de 12% de la population active.  Le nombre de pensionnés a littéralement explosé avec l’octroi massif de retraites anticipées opéré dans les années 90 et qui s’est poursuivi jusqu’en 2016 date à laquelle il fut stoppé au moyen d’une de finance complémentaire. Prés de 12% de la population active est au chômage et le considérable de travailleurs activant dans le marché informel ne cotisent pas.

La Caisse nationale de Retraite doit de ce fait verser chaque année entre 80 et 86 milliards de dinars pour payer sa pléthore de retraités et ayants droits (reversements). Des chiffres qui iront certainement en augmentation même si le gouvernement a décidé de les juguler quelque peu au moyen d’une limitation du droit à la retraite anticipée à seulement quelques corps de métiers. La question centrale du financement des retraites ne sera pas pour autant réglé, estime un rapport du CNES qui en 2012 déjà estimait à 100 milliards de dinars par an, le budget nécessaire à la solvabilité de la CNR à l’horizon 2020.

Si la croissance économique, les  cotisations salariales et les taxes qui viennent d’être instaurées restent à leurs niveaux actuels, la Caisse ne pourra jamais faire face à la déferlante de travailleurs qui arriveront à l’âge de la retraite, à cette échéance de 2020. Le recul de l’âge à la retraite de 60 à 65 ans, tel que précédemment ’envisagé par les pouvoirs publics avant d’être abandonné pour des raisons électorales, pourrait alors constituer une solution durable à ce problème de déstructuration financière qui mine tout notre système de solidarité sans exception, mais sans doute plus gravement, le régime des retraites.

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