L’affaire Cevital : Souhil Meddah, expert financier « 500 jours de blocage c’est trop et très coûteux même pour l’infrastructure qui détient ce matériel »

graines oléagineuses du groupe Cevital

Le blocage injustifié du projet d’usine de trituration de graines oléagineuses du groupe Cevital entame ce jeudi, 9 août 2018, son 500ème jour. Cette intrigue dure depuis près d’un an et demi, au regard des derniers événements, cette affaire de blocage n’est pas prête de connaitre son épilogue.

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M. Souhil Meddah, expert financier et directeur général de RMG Consulting, explique que « sur un plan économique, les coûts de non réalisation, sans passer par les coûts directs, coûtent beaucoup d’argent et les coûts d’opportunité sont très importants, sachant que cette industrie n’existe pratiquement pas. Elle est en naissance avec deux ou trois investisseurs ».

M. Meddah pense que « l’oligopole qui peut se mettre au sein de la sphère économique algérienne, ne pénalisera pas l’émergence de cette industrie, bien au contraire, parce que nous voulons que les industries porteuses de valeurs et les industries d’intermédiation entre matières premières et produits finis se développent ».

Notre interlocuteur pense que « 500 jours de blocage c’est trop et très coûteux même pour l’infrastructure qui détient ce matériel ». Au lieu d’imposer un tel blocage sur le matériel industriel de Cevital, M. Meddah aurait aimé que « les avantages fiscaux soient réduits, parce que l’investissement est régi par un régime général . Ce dernier sera confronté à un délai de réalisation et d’entrée en exploitation, qui sont en train de s’écouler. Le régime des avantages fiscaux obéit à une durée limitée de 36 mois renouvelable deux fois ».

M. Meddah précisant que « Cela risque de générer un conflit à la fin de la réalisation, puisqu’il y a un PV de réception, soit provisoire ou définitif, qui donnera lieu aux avantages fiscaux après constat de mise en exploitation, pour aider l’investissement qui a engagé des fonds de roulement, en attendant d’intégrer le circuit de la fiscalité ordinaire. Au-delà de toute autre interprétation, c’est l’acte d’investir qui reste primordial ».

Il explique que « c’est malheureusement la pratique administrative qui, encore une fois, provoque un blocage qui a un impact économique et social. Ce blocage a aussi des conséquences sur l’emploi, la rentabilité, le rendement et sur la distribution des richesses ».

Chronique d’un blocage abusif  

Prologue. Le blocage du matériel industriel du groupe Cevital a commencé au niveau du port de Bejaia, la ville où est implantée la principale l’usine agroalimentaire de l’entreprise privée. Pour se justifier, la direction du port a avancé que le matériel importé souffrait de l’absence d’autorisation.

Celui qui a mis le feu aux poudres n’est autre que l’ancien le directeur général de l’entreprise portuaire de Bejaia, M Djelloul Achour, qui occupe actuellement le poste du PDG du Groupe Service Portuaire (Serport), relevant du ministère des travaux publics et des Transports.

La cabale continue

 En effet, le blocage s’est étendu au port de Skikda qui a refusé de débarquer le matériel industriel destiné à l’usine de trituration. Le port de Skikda a même saisi le matériel. M. Achour s’est justifié en affirmant que le matériel n’a pas été dédouané, et que Cevital bénéficiait du couloir vert. Le bras de fer entre Cevital et les autorités portuaires semble sans issue, mais le groupe ne se désarme pas et rend coup pour coup. Tous les arguments avancés par M. Djelloul ont été battus en brèche par le groupe Cevital.

La coordination nationale des comités de soutien aux travailleurs de Cevital lance régulièrement des appels à manifester pour dénoncer le blocage explicable des projets du groupe Cevital. L’affaire a même atterrit à l’Assemblée nationale, où plusieurs députés avaient interpellé le premier ministre, Ahmed Ouyahia, lors des débats sur le plan d’action du gouvernement, en lui demandant d’intervenir en urgence.

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Épilogue …? Le bocage de ce projet industriel, porté par Cevital, est loin de connaitre un dénouement dans les prochains moins. La décision d’étendre le blocage du matériel industriel de Cevital à tous les ports algériens vient étayer la thèse selon laquelle le patron du groupe, M. Issad Rebrab, ferait l’objet d’une entreprise d’acharnement en haut lieux, au profit d’un cercle oligarchique. A qui profite exactement cette machination lancée depuis près d’un an et demi contre le groupe Cevital ? La question reste encore posée.

EFTG