Abdelhak Lamiri, expert et consultant en économie : « Il faut apprendre à vivre avec des prix minima (35$, le baril) et investir le reste pour diversifier l’économie»

rationalisation de la consommation de l'énergie

Dans cet entretien, l’expert en économie, MLamiri donne son avis sur le programme de rationalisation de la consommation d’énergie, mais surtout sur la hausse des prix du pétrole et ses conséquences sur l’économie nationale. Selon lui, personne ne sait combien va durer cette période de hausse des prix estimant qu’elle nous offre une occasion supplémentaire de financer l’économie productive.

KIA RIO

Algérie-Eco : Un programme de rationalisation de la consommation de l’énergie et de l’utilisation des énergies renouvelables destiné aux collectivités locales sera lancé au cours du deuxième semestre 2018. Que pensez-vous de cette initiative?

MLamiri : Il n’est que normal que l’on essaye d’utiliser plus rationnellement nos ressources énergétiques. Avec une augmentation de 17% de la consommation interne, dans une vingtaine d’année il n’y aurait plus d’énergie à exporter. Il faut donc emmener la demande à croître raisonnablement. Cependant, pour le moment les mesures prises ne sont pas à la hauteur du défi. Il faut que les prix soient au niveau des prix mondiaux avec une subvention dans les revenus pour les plus faibles: ceci serait la mesure phare avec d’autres qui constitueraient tout un package du nouveau modèle énergétique.

Les prix du pétrole dépassent les 70 dollars le baril, quel conséquence pour l’économie nationale?

A 70$  et avec des rationalisations budgétaires nous pouvons éviter des déficits budgétaires et prolonger significativement la durée de vie de nos réserves en devises. En plus simple, ceci signifie que nous aurons plus de temps pour construire une économie productive hors hydrocarbures. Celle ci commence à se dessiner mais trop lentement. Il faut accélérer le processus. Personne ne sait combien va durer cette période de hausse des prix. Elle nous offre une occasion supplémentaire de financer l’économie productive.

Certains spécialistes estiment que malgré la hausse du prix du pétrole, l’Algérie doit continuer dans sa stratégie de développement sans être dépendante du pétrole, êtes-vous de cet avis?

Il est évident de continuer à développer l’économie hors hydrocarbure au moins pour deux raisons principales. La première c’est que personne ne sait combien va durer cette période d’embellie pétrolière. La seconde, nous avons de moins en moins d’énergie à fournir sur les marchés internationaux à cause de l’augmentation de la demande interne et la baisse de la production. Il faut travailler sur tous ces fronts pour arriver à une situation meilleure. Il faut également diagnostiquer pour corriger la situation actuelle: malgré les énormes ressources injectées la diversification économique avance très faiblement. Il faut aller à la source des problèmes: qualifications humaines, inefficacité administrative, cohérence des politiques économiques etc.

D’autres estiment qu’à court terme,  la hausse des prix du pétrole continue d’exercer une pression haussière et provoque une nouvelle correction des marchés boursiers. Quel commentaire faites-vous à ce sujet

La hausse des prix de l’énergie ont toujours eu des impacts sur les bourses étrangères. Mais la corrélation entre les deux faiblit de plus en plus. Les prix de l’énergie subissent des cycles de hausse et de baisse. Il faut plutôt apprendre à vivre avec des prix minima (35$) et investir le reste pour corriger les fondamentaux et diversifier l’économie. Pour cela nous devrions avoir une stratégie d’émergence; chose qu’on a pas jusqu’à présent.