Said Babaci : « Les formations en Algérie sont faites dans des approches archaïques »

Said Babaci est le président du Club d’excellence opérationnelle d’Algérie (CLEO). Dans cet entretien accordé à Algérie-eco en marge d’une conférence débat sur l’efficacité des processus « Formation » organisée ce lundi 30 avril à ALGEX, il aborde le sujet des formations destinées aux entreprises ainsi que les défis à relever par ces dernières en la matière.

BtoB Ooredoo

Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur la conférence d’Algex portant sur la formation ?

Cet événement entre dans le cadre de ce que nous appelons les rendez-vous de l’OPEX, une initiative développée par le CLEO, créé depuis deux ans. Parmi les choses que nous faisons figure la promotion de nouveaux concepts dans le but de changer les visions. Donc, agir sur les postures managériales.

Notre club compte environ 140 adhérents. La plupart de ces adhérents sont des opérateurs économiques qui ont une expérience professionnelle et un vécu. Dans ce contexte, nous voulons apporter des choses que nous avons du mal à faire en direct. Alors, nous organisons ce genre d’événement pour partager, récupérer feedback et prendre conscience qu’il faut faire, parfois différemment, pour aller vers des challenges en relation par exemple avec la stratégie d’exportation, ou tout simplement avec la performance locale.

Il s’agit donc d’un événement destiné aux chefs d’entreprises ?

Notre club compte un écosystème composé d’entreprises, d’associations, de consultants, d’écoles,  de médias et l’Etat lui-même avec ses organes d’appui. Pour pouvoir changer les choses, il faut que ces éléments comprennent l’enjeu. Il  n’est pas uniquement de la responsabilité de l’entreprise de s’améliorer pour créer de la richesse. Si l’écosystème autour de cette entreprise n’est pas au bon niveau, elle ne pourra avancer même si sa performance est bonne.

C’est donc un événement destiné aux responsables de la formation, en particulier, mais aussi les décideurs, les responsables des opérations. Car la formation doit être en phase avec la stratégie et la structure de l’entreprise. Il faut que tout le monde prenne conscience des imbrications.

Qu’apporte ce genre de formation pour l’entreprise algérienne ?

Il y’a une contrainte légale aujourd’hui qui se manifeste à travers les 2% liés à la formation. Autrement dit, si les entreprises ne forment pas, elles doivent payer une taxe qui s’élève à 2% de leurs chiffres d’affaires. De facto, les entreprises, qui dépassent un certain nombre d’employés,  se voient obliger de former. Est-ce que cette formation est utile ? Elle l’est, car nous voyons quand même qu’il y’a des améliorations.

Toutefois, ces formations sont toujours faites dans des approches archaïques. Du coup, si nous ne disposons pas d’une démarche structurée et logique, l’effet escompté (de la formation) risquerait d’être perdu. C’est comme le traitement médical, si nous ne le suivons pas dans l’ordre et la bonne durée, les médicaments ne seront pas efficaces.

Quels sont aujourd’hui les problèmes de l’entreprise algérienne ?

Le problème majeur de l’entreprise algérienne réside dans sa  maturité par rapport à son introspection et sa capacité à s’auto évaluer. On a du mal à accepter l’autocritique dans le sens « entreprise ». Cette lacune engendre un manque de lucidité dans la prise de décision. Ce manque de lucidité va engendrer à son tour des erreurs stratégiques. En somme, des pertes qu’on va tenter de corriger par des autofinancements et redéploiements.

Ce problème a été amplifié, faute de stratégie fédératrice. Aujourd’hui, l’Etat essaie de fédérer par le biais de différentes initiatives. Mais, il y’a encore des lacunes de management.

Avec quelles conséquences…

Kia Picanto

Je reste partager entre une vision optimiste et l’autre pessimiste. La vision optimiste me dit que même dans le chaos, on peut y arriver avec des pertes. Quant à la vision pessimiste, elle me dit que si on ne adopte pas des démarches d’excellence opérationnelle avec de la rigueur, du management participatif, de l’intelligence collective et de la science, on risque d’aller vers une étape plus grave.