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Les architectes et urbanistes demandent aux pouvoirs publics d’abandonner leur posture autoritaire envers les auto constructeurs

C’est en présence d’environ 220 architectes, urbanistes, sociologues, cadres dirigeants d’entreprises et institutions publiques que s’est déroulé à l’initiative de la revue d’architecture et d’urbanisme « Vies des Villes » le colloque sur les quartiers en mutations. Un sujet d’une extrême sensibilité à l’origine de rapports très tendus entre les pouvoirs publics braqués sur les constructions non conformes aux règlements imposés par l’Etat et les auto constructeurs qui estiment être en droit d’édifier leurs logements à leurs goûts dans un contexte peu favorable aux choix et avec les moyens limités dont ils disposent.

L’organisateur de l’événement Akli Amrouche, directeur de la revue « Vies de Villes », a d’emblée mis le doigt sur l’extrême sensibilité du problème des quartiers en mutations qui prolifèrent sur l’ensemble du territoire national et qui prend chaque année un peu plus d’ampleur en raison du comportement inconciliable qu’entretiennent depuis toujours les pouvoirs publics qui ne cherchent pas à régler les différends au moyen de la conciliation et les citoyens qui estiment être en droit de vivre dans des logements construits à leurs goûts et convenances. Afin d’éviter cette situation de blocage chronique il appelle les pouvoirs publics à abandonner leur stérile posture autoritaire au profit d’un dialogue conciliateur avec les constructeurs qui pour une raison ou une autre ont fait fi des règles de l’urbanisme en vigueur.

Les conférenciers qui avaient traité de la question centrale de l’achèvement des constructions et de leur mise en conformité avec les règles de l’urbanisme, telle qu’imposée par la loi 08.15 étaient unanimes à dénoncer l’autoritarisme des pouvoirs publics et l’absence totale de concertations avec les auto constructeurs qui a souvent prévalu. Les reproches adressés aux contrevenants par les autorités prennent alors le ton de mise en demeure à l’origine d’un interminable « bras de fer » qui a pris en otage des dizaines de milliers de constructions en attente de régularisation depuis de longues années. Un parc de logements neufs estimé au minimum à 1,5 millions d’unités est ainsi entré dans l’informel avec tous les désagréments causés aussi bien aux constructeurs qui ne peuvent pas disposer librement de leurs propriétés et l’Etat qui perd d’importantes recettes fiscales qu’il ne peut pas prélever faute de légalisation des constructions en question.  


Le sociologue et urbaniste Rachid Sidi Boumedine qui s’insurge contre cet autoritarisme bête et méchant qui a fait basculer une part importante du parc logement dans l’illégalité estime que les autorités publiques devraient faire preuve de compréhension en allant davantage vers la concertation que vers l’affrontement. Les logements concernés ne pouvant être figés dans leurs évolutions il y a de toutes façons de bonnes chances qu’ils se transforment au gré des modes, des imitations et autres mise en conformité avec les exigences du marché immobilier, quand bien même ils auraient obtenus le certificat de conformité exigé. Le certificat de conformité ne veut en effet nullement dire blocage éternel du logement dans l’apparence retenue par le permis de construire. Les constructions et les quartiers dans lesquels elles se trouvent seront par conséquent constamment en mutations d’où la nécessité d’un dialogue permanent entre les pouvoirs publics soucieux d’aménager du mieux possible les espaces urbains et les constructeurs qui cherchent légitimement leurs intérêts dans ces logements construits à leurs goûts.

Pour l’architecte et urbaniste émérite, Djamel Klouche qui enseigne à l’ENSAV de Versailles, le probléme des quartiers en mutations n’est pas propre à l’Algérie. Des pays comme le Brésil et la Colombie pour ne citer que ces deux pays, ont pris l’habitude de vivre avec des quartiers d’habitat précaires qui côtoient des cités modernes. N’ont réussi à réduire ce gap de qualité d’habitat que les actions de réhabilitation concertées entre les citoyens et les autorités locales concernées.

C’est la conclusion à laquelle est parvenue l’architecte et urbaniste marocaine Hanae Bakkari qui à la faveur d’une réhabilitation réussie du quartier spontané Houmet E’Chouk (Tanger), peut affirmer qu’en matière d’urbanisme rien ne vaut la concertation avec les citoyens et l’ensemble des acteurs du bâti. Contrairement à la confrontation, la concertation incite à l’imagination et à la créativité. Construire avec le peuple donne, comme elle l’a magistralement démontré à la faveur de cette expérience de réhabilitation, des résultats incontestables.

C’est également ce qu’ont démontré les citoyens du village kabyle de Tiferdoud près d’Ain El Hammam, en prenant directement le sort de leur village en main en organisant à leur convenance l’espace urbain dans lequel ils vivent. Sous l’impulsion de cette solidarité citoyenne le village a connu une profonde mutation dont la population directement impliquée dans les choix architecturaux, urbanistiques, écologiques et autres est très satisfaite, selon l’inspirateur du projet Sadali Mohamed Ouamer.

Des expériences multiformes d’adaptation et d’amélioration du bâti en relation avec l’organisation générale des quartiers où ils sont implantés, ont également été mises en œuvre avec succès par l’architecte Lounés Messaoudi et l’architecte-paysagiste Farid Hirèche qui ont tous deux apporté la preuve que le succès architectural et urbanistique se trouve au bout de la concertation avec les acteurs concernés. Des habitations sans âme ont grâce à leurs conseils et interventions éclairés, pris la forme de constructions belles à regarder et agréable à vivre.

Le colloque s’est achevé sur l’adoption d’une série de recommandations visant à dénouer l’écheveau du problème fort complexe des quartiers en mutations. L’abandon par les pouvoirs publics de sa posture autoritaire au profit de relations plus apaisées basées sur un dialogue constructif et permanent constitue le substrat de ces recommandations adressées aux parties prenantes.

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