L’Algérie à l’épreuve de la mondialisation : la maîtrise de l’anglais et du français, désormais requise

langue française

Au regard du ministère français des affaires étrangères et de l’organisation internationale de la francophonie qui compte pas moins de 54 pays membres, la langue française a de beaux jours devant elle. Aujourd’hui classée avec ses 274 millions de francophones au 5éme rang des langues les plus parlées dans le monde après le mandarin, l’espagnol, l’anglais et l’arabe, la langue française est appelée à devenir sous l’impulsion du boum démographique africain la langue la plus utilisée sur terre à l’horizon 2050. Prés de 800 millions de personnes la parleront à travers le monde et, notamment, en Afrique où ils seront plus de 700 millions à en faire usage.

C’est évidemment une aubaine pour la France qui verra ses courants d’affaires en direction de l’Afrique se multiplier et le commerce prospérer à la faveur de la croissance forte et durable que tous les économistes prévoient sur ce continent. Les pays francophones en tireront également des bénéfices si, bien entendu, la France poursuit l’effort de formation en direction des pays concernés et ne ferme pas le jeu pour de sordides considérations politiciennes. On a en effet vu comment l’enseignement du français dans les pays du Maghreb a été considérablement réduit durant les années 90 période durant laquelle ces pays et notamment l’Algérie, subissaient les assauts des organisations islamistes. L’enseignement du français a de ce fait perdu beaucoup de terrain, grignoté par l’arabe et, dans une moindre mesure, la langue anglaise. Conscients de l’importance que prendra la langue de Molière dans les toutes prochaines années, les gouvernements des pays du Maghreb tentent de remonter la pente avec le concours de l’hexagone. Mais dans le contexte de restriction des visas qui rythme les déplacements entre les pays des deux rives de la méditerranée, la tache n’est évidemment pas facile.

La tache est d’autant plus difficile qu’il existe aujourd’hui en Algérie et sans doute dans d’autres pays francophones des courants de pensées de plus en plus puissants et structurés qui considèrent que la langue française est  certes un moyen de communication qu’il faut absolument maîtriser lorsqu’il s’agit de commercer mais dont il ne faut surtout pas se suffire si on veut se mettre au diapason des sciences et de la technologie en grande partie exprimées en langue anglaise. Portée par la puissance multiforme des États-Unis d’Amérique et de la Grande Bretagne, l’anglais est en effet devenu la langue de la performance scientifique et technologique utilisées dans les publications universitaires les plus influentes du monde.

Même les Français en sont arrivés à reconnaître ce fait et à se rendre à l’évidence qu’il faut aujourd’hui maîtriser du mieux possible la langue de Shakespeare si on veut être à la hauteur des progrès scientifiques et des mutations économiques et managériales, qui ont lieu essentiellement dans le monde anglophone. L’anglais est de ce fait enseigné très tôt dans les écoles et les nombreux instituts d’enseignement anglophones qui se sont développés ces dernières années au sein de l’hexagone. On sait par ailleurs que les laboratoires et les centres de recherches français entretiennent d’étroites relations avec leurs homologues américains et autres pays qui en utilisent l’anglais comme langue de travail. 

Cette problématique du choix des langues les plus porteuses de progrès scientifique, technologique et économique que la France a pris le soin de résoudre en faisant chaque fois que nécessaire usage de l’anglais,  se pose malheureusement avec acuité en Algérie où l’usage des langues est encore empêtré dans un carcan idéologique.

Si le choix du français en tant que langue des sciences et des affaires ne posait pas problème jusqu’au début des années 1980 où la France et les grandes puissances étaient à peu près alignées en matière de sciences, technologie et économie, depuis l’avènement de la mondialisation et de l’émergence de puissances internationales ayant pour langue de travail l’anglais, le choix par l’Algérie du français comme unique langue d’ouverture sur la modernité pourrait, à terme, poser problème. Un problème qui pourrait se poser Il pose à plusieurs niveaux, mais surtout en matière de communication déclinée sous différentes formes (échanges commerciaux, échanges d’idées et de savoir etc.) que les difficultés entre francophones et anglophones apparaissent.

Les journalistes qui ont participé à des forums internationaux qui se sont tenus en dehors de l’espace francophone, ont certainement remarqué à quel point il était handicapant de ne pas parler anglais dans ces pays où on ne prend même pas la peine de prévoir des traducteurs, comme si tous les participants étaient sensés maîtriser la langue de Shakespeare devenue par la force des choses la langue consensuelle du savoir et de la technologie.

S’agissant des sciences et de la technologie, le constat est en effet très clair : 
les recherches, les découvertes et les communications scientifiques sont pour la plupart faites en anglais et leurs mises à disposition de l’espace francophone, espagnol, arabe ou chinois, passe nécessairement par la traduction. Touts ces pays ont retenus ce principe sauf l’Algérie qui se confine aujourd’hui encore exclusivement au français comme langue d’ouverture à l’international, faisant l’impasse sur tous les avantages que procure l’usage de l’anglais dans divers domaines du savoir. Pour se mettre à la page des progrès scientifiques, l’Algérie est obligée d’attendre les traductions en français des ouvrages pour la plupart rédigés en anglais, en attendant de les traduire à leur tour en arabe lorsqu’il s’agit de matières arabisées (économie, sociologie, psychologie, histoire  etc.).

En refusant d’adhérer à l’organisation internationale de la francophonie dont elle n’occupe que le siège d’observateur, l’Algérie ne fait en réalité que rejeter l’imposition forcée d’un choix linguistique dont elle ne veut pas être prisonnière. 
Si la promotion de la langue française doit se faire, c’est seulement à la faveur d’une école qui certes continue à enseigner le français mais de façon souveraine, de l’accroissement des échanges commerciaux, de partenariats multiformes et, bien entendu, d’une plus grande fluidité de circulation des personnes entre la France et l’Algérie.

Les restrictions d’octrois de visas accordés par la France vont en effet à contresens de la promotion du français qui, du reste, perd de plus en plus de terrain dans notre pays en grande partie pour cette raison.