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L’Algérie malade de son urbanisme : Des milliers de bâtiments non- conformes aux règles

L’Algérie est malade de son urbanisme. L’anarchie et le mauvais goût qui affectent pratiquement tous les maillons de l’aménagement urbain et de la construction, n’aident pas les autorités concernées à faire respecter les lois de la république. Le pillage des réserves foncières et l’extension anarchique des tissus urbains qui s’étaient exacerbés durant la décennie noire, ont porté à l’évidence un coup fatal à la rigueur urbanistique et à l’esthétique des villes.

Aucun quartier d’habitat, aucune zone d’extension urbaine n’est épargnée par ce phénomène et cette grave dérive est aujourd’hui  le lot de toutes les agglomérations urbaines sans exception. L’absence de contrôle couplé aux passes droits et à la corruption, ont en effet engendré en quelques années un désordre urbanistique et architectural sans précédent.

Un désordre qui donne la désagréable impression d’un pays livré à l’anarchie et aux prédateurs sans scrupules. Les choses devaient pourtant s’améliorer avec la promulgation d’une batterie de lois et règlements (loi 90-24 de décembre 1990 et tous les amendements d’avril 2004) censés instaurer un peu plus de rigueur en matière d’occupations de sols, de qualité architecturale et d’aménagement urbain.

Un gros effort a été fait pour doter nos 1450 communes de plans directeurs d’aménagement et d’urbanisme (PDAU) pour la plupart adossés à des plans d’occupation de sols (POS) très détaillés. Ces instruments d’urbanisme sont sensés permettre  de mieux organiser les extensions de zones d’habitat, tout en veillant à préserver du mieux possible les réserves foncières, désormais soumises à des conditions d’emprises au sol rigoureusement encadrées. Toutes les communes sans exception étant dotées de ces instruments d’urbanisme qui ont force de loi, la question est de savoir pourquoi ils ne sont pas appliqués.

Une multitude d’institutions (ministères, certaines directions de wilayas, APC, services de sécurité, police de l’urbanisme, tribunaux) ayant pour vocation de contrôler et de prendre des mesures coercitives à l’encontre des contrevenants, existent mais semblent impuissantes à juguler cette déferlante de coups portés à l’architecture et à l’urbanisme. L’insuffisance de l’offre d’habitat par rapport aux immenses besoins en logements induits par l’exode rural et la poussée démographique seraient les causes principales derrière lesquelles s’abritent le plus souvent les responsables concernées, quand on les interroge sur la question.

Leur conviction est qu’il est impossible d’imposer la rigueur des lois régissant l’urbanisme tant que le décalage entre l’offre et la demande de logements sera aussi important. C’est, affirment-ils,  précisément ce déficit en logements qui poussent ceux qui estiment n’avoir aucune chance d’accéder à un toit, à le construire leurs propres habitations avec leurs propres moyens, en faisant souvent fi des législations foncières et urbaines auxquelles ils sont pourtant sensés se plier.

La permissivité du contrôle, les passes droits, la corruption et l’absence de sanctions constituent autant de facteurs de relâchements qui ont encouragé ces auto-constructeurs à outrepasser les règles les plus élémentaires de l’urbanisme. Ces habitations qui ont poussé en marge de la légalité, se sont accumulées avec le temps, au point d’enlaidir les quartiers périphériques des villes et de défigurer irrémédiablement les petites agglomérations urbaines englouties par cette déferlante de constructions inesthétiques et qui, de surcroit, ne s’achèvent jamais.

Mal ou pas du tout intégrés aux tissus urbains existants, ces quartiers spontanés constituent depuis plusieurs années un véritable casse tête, aussi bien, pour l’Etat qui éprouve de grosses difficultés à faire appliquer la loi, que pour les architectes et les urbanistes qui ont du mal à gérer « les coups partis » qui se sont multipliés à la périphérie dans toutes les agglomérations urbaines.

Les communes qui ceinturent les agglomérations d’Alger, Oran, Annaba et Constantine, mais elles ne sont pas les seules, sont effectivement toutes atteintes  par ces constructions laides et sans âme, qui bien souvent empiètent sur les terres à hauts rendements des plaines environnantes et introduisent un irrémédiable désordre dans les ex villages coloniaux qui disposaient d’une cohérence urbaniste et architecturale qui ne demandait qu’à être suivie.

L’Etat n’ayant pas veillé au grain, les nouveaux constructeurs ont laissé libre court à leur imagination et à la disponibilité de matériaux de construction pas chers (ciment, fers à béton) pour faire n’importe quoi. Les terrains intégrés dans les réserves foncières à usage d’habitat étant saturés, certaines communes ont même été contraintes d’étendre leurs périmètres constructibles aux meilleures terres agricoles.

On constate à titre d’exemple que le trop plein qui affecte certaines communes de la  Mitidja et du Sahel, a commencé à se déverser dans la partie occidentale (Beni M’Red,  Hadjout, Hameur El Ain etc.) qui étaient jusque là épargnés par la déferlante d’auto constructions. Une virée dans cette contrée permet de constater de visu les premiers mitages de ce périmètre irrigué, un des plus fertiles du pays.

Ces mitages constituent, on l’a compris, les points de départ de futurs gros quartiers d’habitats spontanées qui rongeront encore davantage cette plaine emblématique dont la vocation agricole risque d’être compromise à terme.

Un gros problème qui n’est malheureusement pas propre à la métropole algéroise, puisque les mêmes désordres sont signalés dans les régions d’Oran, Constantine et Annaba qui subissent elles aussi une urbanisation sauvage qui piétinent déjà dangereusement les terres à hauts rendement des communes périurbaines.

Les instruments de planifications urbaines  dont toutes les communes concernées sont pourtant dotées s’avèrent malheureusement inopérants tant les dépassements sont nombreux et la tendance à outrepasser les lois fortement présente, notamment chez les potentats locaux qui sévissent dans une totale impunité.

Face à l’ampleur du problème les pouvoirs publics avaient sommés, les auto constructeurs qui ne se sont pas conformés aux plans d’architectures et aux règles d’urbanisme de réparer les manquements constatés dans d’un certain délais. Après avoir reporté à deux reprises le délai imparti, l’Etat a fini par se rendre à l’évidence qu’il ne sera pas écouté par ces constructeurs indélicats, fort de leur nombre et de leur capacité de nuisance. Le problème de ces constructions non conformes aux règles de l’urbanisme demeures entier à ce jour.

Se pose alors la question de savoir que faire pour freiner l’essor des constructions illicites qui prolifèrent sous l’effet de l’impunité ? Il est tout à fait clair que l’arsenal juridique actuel ne saurait à lui seul venir à bout de ce fléau en grande partie généré par l’ampleur des besoins en logements et par le mode de gouvernance peu dissuasif appliqué à la gestion de l’urbanisme.

Il serait évidemment illusoire de penser que les autorités locales  pourraient prendre, comme le leur permet pourtant la loi,  la décision de démolir des constructions qui ne disposent pas de permis de construire ou qui ont contrevenu aux règles de l’urbanisme. La crainte de provoquer des émeutes, notamment en périodes électorales, l’indisponibilité de logements de recasement, constituent comme on le devine aisément,  les principales causes de l’hésitation des pouvoirs publics à appliquer la loi 04-05 qui autorisent les maires à démolir les constructions illicites.

C’est ce qui explique que seules 15 à 20%  parmi les 1,2 millions de constructions illégales  recensées en juillet 2014, aient fait l’objet de démolitions, nous apprend un cadre du ministère de l’Habitat, persuadé que le respect de l’urbanisme ne saurait s’instaurer sans recours à cette mesure éminemment dissuasive, qu’est la démolition.

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