Le secteur est en stagnation : Le gouvernement peu enclin à exploiter les ressources minières

ressources minières

Dans un contexte de crise économique qui s’installe, le gouvernement qui cherche désespérément des ressources financières, autres que celles générées par la seule rente pétrolière, semble peu enclin à exploiter les ressources minières dont regorge le pays. Malgré un contexte législatif favorable, notamment après la promulgation de la loi de mars 2014 sur les mines, la prospection et l’exploitation des ressources minière et son encouragement peine à démarrer. Ainsi la part du secteur des mines dans le produit intérieur brut est insignifiante, elle est moins de 1%.

Selon les données que nous a fournies le service de communication au sein du ministère de l’Industrie, le nombre de sociétés exerçant dans le secteur des mines est de l’ordre de 1 350 sociétés toutes catégories confondues. Le nombre de mines et carrières en activités et les projets en cours de réalisation s’élève à 1 380 exploitations minières (mines et carrières) en activité, et  450 projets d’exploitation de carrières et de mines (en cours de réalisation) et 100 projets pour la recherche minière. Le secteur des mines est régi par la nouvelle loi minière promulguée en 2014 (loi n°14-05 du 24 février 2014) et selon nos informations, il n’y aurait pas, dans le court terme, de modification du texte.

Actuellement seul le régime carrière est opérationnel

Pour M. Tobbal-Seghir Mohammed, expert et géologue minier, le secteur souffre « d’un problème lié à l’exploitation qui n’est pas faite dans le bon sens » expliquant « qu’il faut d’abord chercher la substance minérale grâce à la prospection, et ensuite procéder à l’exploitation du gisement minier ».

Il précise que « beaucoup de carrières ont été attribuées mais elles restent non exploitées en raison d’investissements insuffisants, de manque de personnels qualifiés et de conflits avec les propriétaires », en faisant référence au droit  de préférence qui tient compte de la distinction entre la propriété du sol de celle du sous-sol, consacrée par la loi minière de 2014.

En effet, ce droit offre la possibilité à tout propriétaire du sol, intéressé par l’exercice d’une activité minière, de présenter une soumission répondant au cahier de charges de l’adjudication et d’être retenu pour exercer une activité minière.

Notre expert minier explique que « la loi classe les gisements de substances minérales sous deux régimes différents qui sont le régime carrière pour les substances non métalliques,  et le régime mine pour les substances exigeant un traitement industriel, comme les métaux », précisant qu’ « actuellement seul le régime carrière est opérationnel, car il permet le développement des travaux publics ».

Deuxième secteur, dernière celui des hydrocarbures 

Interrogé sur la loi minière de 2014, M. Tobbal-Seghir, nous  a indiqué que « la loi de 2014 ne limite pas l’exploitation, quelle soit sous le régime carrière ou régime mine, alors que la loi de 2001 limite l’exploitation des petites et moyennes mines à 300 mille tonnes ».

Notre interlocuteur estime que «plus de 50% du sous-sol algérien sont des richesses minières et que si le secteur est bien développé, il peut être considéré comme le deuxième secteur, le plus important dernière celui des hydrocarbures ».

Pour avoir une estimation exacte du potentiel minier du pays, notre expert insiste sur la réalisation « d’un inventaire national des terrains exploités et non exploités, d’élaborer également une cartographie des gisements de substances minérales appartenant à des propriétaires privés et ceux appartenant à l’Etat, situés dans des villes ou zones peuplées pour éviter des difficultés d’exploitation liées à l’éloignement ».

A ce propos, notre interlocuteur cite l’exemple du gisement de Ghar djbilat, premier gisement de fer en Afrique, qui souffre de problèmes liés à son éloignement et au manque de technologie de traitement.

Pour mieux développer le secteur minier, M. Tobal-Seghir insiste sur  « la mise en relation des universités avec les sociétés d’exploitation à travers la signature de conventions afin de précéder à des prospections dans des régions données, au lieu de faire appel à des experts étrangers, ce qui permet de réduire les coûts de l’exploitation ».

Avis d’opérateurs du secteur

« Le secteur  minier en Algérie se cherche et les opérateurs repoussent sans cesse leurs investissements, mais nous avons déjà réalisé des missions de prospections pour le compte des entreprises publiques », nous  a déclaré M. Guillaume Rameau, attaché commercial du groupe Eramet Ingénierie, spécialisé dans le conseil.

Il a précisé que « nous n’avons pas d’exploitation minière en Algérie, car le groupe Eramet Ingénierie est positionné dans des commandes qu’on ne trouve pas en Algérie. Toutefois, nous avons des gisements un peu partout dans le monde en Asie, Amérique du Sud et en Europe », ajoutant  « la mission de notre groupe est d’assister les opérateurs miniers algériens dans l’ingénierie de réalisation, de les aider dans l’installation et le montage des équipements sur le site d’exploitation ».

M. Rameau a indiqué que « nous avons déjà trouvé un partenaire algérien pour l’exploitation de la Célestine dans la région de Beni Mansour, dans la Wilaya de Béjaia, nous avons aussi travaillé par le passé avec l’entreprise TBRHO, prestataire de service pétrolier et gazier, basé à Ouargla. L’entreprise voulait se diversifier en s’engageant dans le secteur minier ».

Il a rappelé que « le groupe Eramet Ingénierie a fait le choix de travailler avec des opérateurs privés, parce que la prise de décision se fait plus vite qu’avec un opérateur public, où les processus de décision sont plus longs ».

« L’entreprise nationale de réalisation d’infrastructures ferroviaires (INFRAFER), possède  cinq carrières à Boumerdès, Naama, Tipaza, Constantine et à Tebessa. Les cinq carrières que nous exploitons en Algérie servent à alimenter nos projets en ballasts et en agrégats pour le béton », a indiqué M. Karim Boudraa, chef de service production  à INFRAFER.

En révélant « nous avons aussi travaillé avec l’entreprise portugaise Teixeira pour la réalisation de la ligne ferroviaire  Thenia-Tizi Ouzou et avec l’entreprise turque Yapi Merkezi  pour la ligne Birtouta-Zeralda ».

Par ailleurs, l’entreprise a réalisé une production annuelle en 2016 360 mille de ballasts et elle prévoit de doubler cette production en 2018 pour atteindre 600 mille ballasts.  

De son côté, M. Sofiane Meddane, responsable mines et environnement à Connection Point Africa,  a précisé que « dans les années 2000, le secteur minier a été abandonné par l’Etat qui avait arrêté les investissements et surtout la recherche dans le secteur, ce qui a fait perdre au pays de savoir-faire dans le domaine minier », poursuivant « tout ce qui subsiste actuellement ce sont des carrières agrégats qui sont plus rentable  car la demande est en croissance poussée par les projets de construction ».

Tous les acteurs du secteur minier en Algérie s’accordent à dire que l’instabilité politique et gouvernementale, faisant référence aux perpétuels changements de ministres à la tête du Ministère de l’Industrie et des Mines, les empêche d’investir des sommes d’argent colossales  dans la prospection et l’exploitation des gisements. La bureaucratie y est également contraignante. Aujourd’hui, il est plus urgent de se pencher sur la question et de faire du secteur minier une vraie issue pour sortir de la crise. Une activité qui peut pallier l’insuffisance en matières premières qu’on importe à coups de milliards et accélérer la dynamique industrielle.