Ceux restés fermés seront vendus aux enchères : Les 100 locaux du Président, un fiasco monumental !

Le programme lancé en 2005 et qui avait pour objectif la réalisation de 150 000 locaux commerciaux pour un coût de 35 milliards de Dinars, dédiés aux jeunes de chaque localité dans le but d’éradiquer le chômage, l’absorption du commerce informel, booster la création d’entreprises et le développement local est un véritable fiasco. Un gâchis qui s’adjoint aux autres gâchis dont les autorités publiques en sont devenues des championnes toutes catégories. Alors que le projet est bénéfique en soi, au regard de ses objectifs malheureusement non atteints,  il a été géré avec une incompétence et une gabegie sans précédent.

A Alger la capitale, comme dans plusieurs régions du pays, plusieurs structures destinées au commerce de proximité ne sont pas exploitées comme il se doit ou carrément abandonnées. Les cents locaux pour chaque commune, dits du président de la république, un programme qui lui tenait apparemment à cœur, avorté une fois entre les mains des incompétents n’a en rien réglé le problème du marché informel, étant l’un des outils s’il avait été bien géré à pouvoir atténuer la prédominance de ce marché dans un environnement vicié par le non droit, l’illégalité et les pratiques frauduleuses.

Des acquisitions douteuses

A l’heure actuelle, ces structures réceptionnées depuis quelques années maintenant, sont livrées à la dégradation et au vandalisme. Et ce pour cause du refus des bénéficiaires de s’y installer, car, ces locaux construits en R+1, R+2 et jusqu’à R+4 dans certaines régions du pays pour faute de foncier, sont jugés trop éloignés du centre-ville, et mal exposés pour y pratiquer une activité commerciale dans certaines communes. Les passe-droits  ne sont pas en reste, nombreux locaux sont attribués à des individus qui ne les exploitent pas et qui sont acquis de manière douteuse.

Dans la commune de Mohammedia, à l’est d’Alger, précisément aux Bananiers, la bâtisse des 100 locaux édifiée pour abriter des commerces pour jeunes, bien qu’elle soit bien située et avec une architecture esthétique, il n’ ya pas âme qui y vive car les locaux n’ont pas été attribués à qui de droit.

Un des bénéficiaires rencontré sur place, nous a indiqué que «la majorité des bénéficiaires sont des gens aisés et qui ont de l’influence, ils ont obtenu des locaux, mais, ils les gardent fermés, ce qui tue l’activité commerciale dans cet endroit», ajoutant «normalement, ces locaux sont destinés aux jeunes qui ont besoin de travailler, non aux gens qui ne pensent qu’à acquérir des biens pour ensuite user de leur relations afin de les vendre ou les louer au détriment de la loi qui l’interdit».

En effet, sur les lieux, on constate de visu que, tous les locaux sont fermés, à l’exception de quelques bénéficiaires. Ces locaux sont convertis en salon de coiffure pour femmes, magasin d’articles pour enfants, fleuristerie, boulangerie de pain traditionnel, atelier de menuiserie aluminium au deuxième étage…etc. L’état de la structure semble dégradé, sans doute pour manque d’entretien.

Approché pour nous expliquer cette situation, un des responsables de l’annexe de l’APC de Mohammadia, à la Cité Mokhtar Zerhouni, nous a affirmé  que «tous ces locaux ont été attribués, et devaient être ouverts et occupés », révélant que «les locaux fermés vont être vendus aux enchères prochainement, un huissier de justice sera diligenté pour recenser tous les locaux fermés et les destituer à leurs propriétaires». Pour rappel, ces locaux, sont intégrés dans le patrimoine des communes qui s’occupent de leur gestion.

Laxisme et absence de planification

Nous poursuivons notre virée dans d’autres communes mais quel a été notre étonnement de voir la même situation alarmante, A Bordj El Bahri, par exemple, une commune située sur le littoral Est de la capitale, la structure commerciale construite dans le cadre du projet des 100 locaux, érigée au lieu-dit El-Mersa, est fermée depuis sa livraison en 2010 ! Sept ans sont passés sans que personne ne lève le petit doigt et s’en inquiète.

 

Ces locaux, d’après des témoignages de riverains « n’avaient pas fait l’objet d’attribution, parce qu’ils n’ont pas trouvé preneurs, pour cause de leur éloignement du centre-ville ».

«Comment voulez-vous qu’un jeune s’y installe au milieu de nulle part, pour y pratiquer un commerce ? », s’interroge un commerçant rencontré un peu loin de l’édifice, avant d’ajouter, « maintenant, c’est devenu un antre pour les drogués et les délinquants qui les ont transformé en lieux de rencontre. »

Sur les lieux, on voit bien que ces locaux sont livrés aux actes de vandalisme et de dégradation. Des portes et des fenêtres arrachées, les prises électriques, interrupteurs et autres installations volés. Les murs de cette structure commerciale, sont complètement amochés par des dessins obscènes, des graffitis et d’inscriptions dépravées.

Voilà, un projet qui avait tout pour bien démarrer mais qui a fini par échouer lamentablement à cause d’une mauvaise gestion, un laisser-aller caractérisé et surtout une absence de planification à tous les niveaux. Un crime contre l’économie nationale qui reste impuni.