HomeInterviewsL’économiste Chafir Ahmine : « Les licences d’importations ne suffisent pas pour...

L’économiste Chafir Ahmine : « Les licences d’importations ne suffisent pas pour booster la production locale »

Dans cet entretien, l’expert en économie, Chafir Ahmine nous livre sa réaction par rapport à la dernière décision du ministère du Commerce concernant les licences d’importation pour de nouveaux produits comme les produits électroménagers et les appareils de téléphonie mobile. Pour MAhmine, c’est une bonne décision, estimant néanmoins qu’elle n’est pas suffisante pour booster la production locale. 

Algérie-Eco : Les importations de produits électroménagers, d’appareils de téléphonie mobile et de cosmétiques sont désormais soumises au régime des licences. Les produits concernés sont les climatiseurs, réfrigérateurs, congélateurs, lave-linge, lave-vaisselle et appareils de réception de télévision, les téléphones cellulaires et mobiles ainsi que les produits cosmétiques. Que pensez-vous de cette nouvelle mesure ?

Chafir Ahmine: C’est une bonne décision pour peu qu’elle contribue à booster l’économie nationale et développer la production locale. Mais il faut reconnaitre que la mesure d’imposition des licences d’importations ne suffit pas à elle seule pour encourager et booster la production locale. Il faut toute une batterie de mesures qui doivent accompagner cette décision.  Il faut dire que l’introduction de la licence d’importation dans le commerce extérieur reste une mesure conjoncturelle.

Elle devrait être insérée  dans une stratégie globale dont les effets seraient évalués et corrigés. Si le pays veut limiter la facture des importations en agissant sur les volumes des produits importés, il faudrait associer cette mesure à toute une stratégie de substitutions de produits locaux aux produits d’importation. Il faut également réguler et contrôler  la facture des importations et protéger la production locale, afin de diminuer le déficit commercial.

Je pense aussi que la solution des licences d’importation est d’une courte durée. Il s’agit plutôt de trouver des solutions à long terme.

Quelles sont à votre avis les autres mesures à adopter pour booster la production locale ?

Il en y a plusieurs. Il faudrait s’occuper des secteurs et filières les plus porteurs de croissance. Je cite comme exemple l’agriculture mais aussi l’industrie où plusieurs filières méritent d’être développées pouvant contribuer à la croissance économique du pays. Cela se traduira par la création de postes d’emploi et le développement de la qualité des produits locaux. 

Certains experts estiment que par l’imposition des licences d’importation par le Gouvernement ambitionne de réduite la facture des importations, mais aussi de booster le commerce extérieur. Est-ce que vous partagez cet avis ?   

Je ne le pense pas, les licences d’importations sont là plus pour diminuer la facture des importations, et encourager la production locale. Pour le commerce extérieur, et plus particulièrement les exportations, il faudrait adopter d’autres mesures et une nouvelle stratégie commerciale. Mais à mon avis, le plus important actuellement est d’encourager la production nationale, pour ensuite réfléchir à encourager l’exportation. Il faut d’abord la satisfaction des besoins du marché interne. Tant qu’il n’y aura pas de production nationale de marchandises en quantités suffisantes pour approvisionner le marché intérieur et répondre à la demande, les choses ne vont pas changer sensiblement en termes de structures du commerce extérieur. Les exportations nécessitent donc une nouvelle stratégie commerciale.

Quelles sont selon vous, les secteurs qui nécessitent leur développement pour booster la production locale et par la même le développement du commerce extérieur ?

Certes, l’Etat avait décidé de se lancer dans l’industrie. Le choix de l’industrie était beaucoup plus politique qu’économique, car, comme dans chaque Etat, il contribue à la stabilité politique. Mais d’autres secteurs méritent plus d’intérêt. Sachant que le monde entier vit aujourd’hui une révolution numérique, le secteur des technologies de l’information et de la communication devrait être développé encore plus, pour suivre cette révolution numérique. Aussi, l’investissement dans les énergies renouvelables, la libéralisation des initiatives pour favoriser la création de richesses et la consolidation des réformes économiques dans le sens d’une économie productive figurent parmi les solutions avancées.

Articles associés

Fil d'actualité

Articles de la semaine