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Le gaspillage alimentaire pendant le Ramadan : Quand le rituel du jeûne sert de prétexte au gâchis

C’est la même rengaine chaque année, en dépit des campagnes de sensibilisation, de la cherté de la vie, et d’un pouvoir d’achat en perpétuelle chute, les algériens gaspillent en moyenne, prés de 500 millions de centimes en denrées alimentaires chaque année durant le mois de ramadan.

Les chiffre enregistrées par l’ONS sont plus qu’éloquents, il s’agit de prés de 200 000  quintaux de fruits et légumes, de 5 à 10 millions de produits alimentaires, 12 millions de litres de lait, et prés de 12 millions de baguettes de pains, pour ne citer que  ceux là, qu’on retrouve dans les poubelles.

Paradoxalement, par ces temps de disette où l’économie nationale affaiblie par 3 années de recul de revenus pétroliers, qui ont lourdement affecté l’équilibre budgétaire,  les dépenses des algériens augmentent de 50% durant le mois sacré, selon la même source.

Il va sans dire qu’il n’y a ni bon sens, ni logique dans de tels comportements et reflexes, mais il semblerait que cela soit ancré dans nos us et coutumes, « ça a toujours été ainsi, le mois de ramadan, il ne faut pas se priver, on casse notre tirelire, en plus ce n’est qu’un mois dans l’année » nous dis Boualem un retraité rencontré au marché de Bab El Oued, en ajoutant, « et pourtant le ramadan est un rituel religieux, durant lequel on doit s’abstenir de toutes les choses bannies par Dieu et dont le gaspillage en fait partie » .

Dans ce sens, la majorité de nos interlocuteurs, avouent avoir préparé un budget spéciale pour le mois sacré, dont plus de 70% est consommé en alimentation. Alors qu’une grande partie avoue dépenser plus que le salaire. « J’ai un alaire de 55 000 Da, et chaque mois de ramadan, je me retrouve avec une dépense qui dépasse les 80 000 Da » nous livre Mohamed, un père de quatre enfants.

Par ailleurs, le témoignage   des professionnels d’hygiène chargés du ramassage des ordures, laissent perplexe «tous les soirs, nous retrouvons de la nourriture, encore bonne à consommer en grande quantité. Il y’a de quoi nourrir plusieurs familles et certains produits sont encore dans leurs emballages » nous confie Slimane agent d’hygiène.

Parallèlement, bon nombre de ménages ne connaissent pas cette frénésie, et passent ce mois sacré en se contentant, au jour le jour, de ce que la providence leurs apporte « heureusement, nous avons l’aide des proches et des voisins,  chaque année, ils  nous comptent parmi leurs familles, nous n’avons jamais eu à demander ou frapper à leurs portes, ils le font spontanément ». Ainsi, ils ne se soucient guère, que la table soit bien garnie ou que le ventre soit bien rempli, le plus important pour eux est de rompre le jeûne dignement, c’est la survie.

C’est dire à quel point la démesure et le paradoxe sont profonds dans notre société. D’une part, le maintien de la politique sociale et des subventions, mettant au même rang les nécessiteux et les nantis, au point où la différence entre les deux ne se distingue que par le contenu de leurs sacs à ordures. D’autre part, l’élan de soutien entre les citoyens, qui donne chaque année naissance à des centaines de restaurants d’Errahma, de distribution de milliers de couffins de Ramadan, et de l’entraide traditionnelle  qui caractérise l’hospitalité algérienne, atteste malheureusement, et en dépit des richesses de ce pays, et de l’abondance de ces denrées, particulièrement cette année, d’un péché, d’un sacrilège inavouable, celui de la mauvaise gestion d‘une  consommation irresponsable, et d’une spéculation qui a pris en otage le marché.

Cependant, la grande interrogation demeure dans l’aspect chronique de ce phénomène, quelle est la solution ? Comment faire ? Lorsqu’on est prévenu chaque année, que le même scénario va se répéter. La question reste posée plus que jamais, du fait qu’aucune réponse, aucune étude, aucun débat sur le gaspillage durant le mois de ramadan qui reste une énorme plaie pour l’économie nationale et un comportement indigne de nos valeurs.

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