Abdelhamid Boudaoud, président du CNEA: « Il faut exonérer les locations de trois ans pour réduire les coûts d’habitation »

l’aspect architectural

Dans cet entretien, le président du CNEA Mr Abdelhamid Boudaoud, soulève un problème récurrent et qui demeure depuis des années  d’actualité et sans résolution, celui des logements inoccupés. Il analyse les raisons qui font que ce phénomène perdure dans le temps, tout en suggérant des solutions afin de faire face à ce problème.   

Algérie-Eco : Le problème des logements inoccupés, qui perdure depuis des années, refait surface et plusieurs acteurs du secteur de l’habitat tirent la sonnette d’alarme à ce propos et ce devant la persistance de la crise du logement. Le collège national des architectes a même évoqué le sujet dans ses différentes sorties médiatiques. Comment expliquez-vous cette situation ?

Abdelhamid Boudaoud : Le problème des logements inoccupés relève de l’autorité des présidents des APC qui doivent recenser le nombre de logements dont disposent leurs communes. Chaque commune doit recenser son patrimoine y compris inoccupé. Certes au niveau du CNEA, nous avons attiré, à maintes reprises l’attention des responsables du secteur à ce propos car il est impensable de voir que des centaines de milliers de logements sont vides, alors que la crise du logement est toujours là. Il est inadmissible aussi de voir des propriétaires de ces logements, n’occupent pas leurs biens car ils ont plusieurs propriétés immobilières car ceci devient une forme de « business » qui gangrène le marché immobilier en Algérie.

Il faut savoir aussi que le problème ne se situe pas au niveau du nombre de logements disponibles mais il a plutôt un lien avec le niveau social, petites bourses, et l’absence totale d’une stratégie attrayante en matière de location telle que cela existe au niveau de tous les pays du monde. Ce qui a poussé l’État à se pencher vers les catégories les plus défavorisées en plaçant actuellement le logement social parmi ses grandes priorités sachant qu’un budget considérable est dégagé pour réaliser des projets ambitieux.

Selon les estimations de la fédération nationale des agences immobilières (FNAI), pas moins de 1,2 million de logements en Algérie, sont inoccupés et fermés par leurs propriétaires. Que pensez-vous de ce chiffre ?

Moi je dirais qu’il y a peut-être plus en comptabilisant aussi les logements inachevés. Le problème ne se situe pas dans les chiffres. Il faut être rigoureux et appliquer la loi, surtout pour les logements inachevés. Est-ce que quelqu’un pourrait nous dire sur les 1 541 communes du pays, combien d’entres elles disposent d’un fichier exhaustif reprenant le parc existant, les réserves foncières, les besoins réels de la population, les capacités matérielles et humaines de réalisation ? Aussi, peu d’études ont procédé à ce type de recensement, notamment pour ce qui est du logement vétuste et précaire.

Pourquoi est-on arrivé à cette situation?

Il y a d’abord le manque de culture, le manque de confiance et l’arnaque. Aussi, la réglementation en  matière de location est étoffée mais le problème réside dans sa méconnaissance et dans la non-application des textes de lois. Chose qui aggrave la situation, ce sont ceux qui ont recours à la location, qui se retrouvent souvent confrontés à des contentieux et des tracasseries administratives qui prennent beaucoup de temps avant d’être réglés.

Pour le secteur privé, c’est le gain financier qui est important, et non pas la règle de l’offre et de la demande qui l’emporte sur le niveau des prix appliqués.

Quelles sont les solutions que vous proposez pour régler le problème des logements inoccupés ?

Il faut toujours impliquer les APC dans ce sens. Pourquoi ne pas organiser des portes ouvertes pour expliquer la loi dans ce sens. Pourquoi ne pas alléger la fiscalité pour les propriétaires en matière de location ?

Par exemple donner une garantie, ou exempter les propriétaires d’impôt pendant trois ou quatre ans et appliquer les taxes progressivement. Donc, il faut exonérer les locations d’au moins  trois ans. Une façon d’encourager les gens à louer leurs demeures, ce qui diminuera la demande et les coûts d’habitation.  

MDI Alger

Nul ne peut nier que les prix de location flambent car la location est livrée à un marché spéculatif et même en arnaque. Le marché de l’immobilier est dominé malheureusement à 80% par des intermédiaires et des courtiers, qui interviennent dans les opérations de vente d’achat ou de location, et qui font  augmenter les prix. Il faut aussi, à mon avis instaurer une taxe d’habitation. Les gens qui n’occupent pas leurs logements doivent payer des taxes allant de 20 à 40%.

Bessa, Résidence la Pinède