Contrefaçon et marché informel: Le couple infernal

PDG d'entreprises publiques

L’industrie et le commerce mondial étant en grande partie entre les mains des multinationales, les nouveaux venus ont vraiment peu de chances de frayer un destin international à leurs produits, quand bien même, ces derniers seraient irréprochables. Les entreprises de faibles envergures sont de ce fait tentées de profiter de la notoriété de certains produits en les imitant. Tout le génie des entreprises qui s’inscrivent dans cette logique consiste alors à copier le plus fidèlement possible leurs designs poussant même l’audace jusqu’à accaparer les logos des firmes détentrices des brevets. Les marchandises sont alors écoulées à travers le monde et aucun pays n’est épargné par les réseaux de distribution informels qui agissent avec une facilité déconcertante, favorisés en cela par l’insuffisance des moyens de lutte, la corruption et l’existence de marchés informels, où ce type de marchandises trouve quasi naturellement des débouchés. Le marché de la contrefaçon a pris une telle ampleur dans les pays sous-développés, mais les pays riches ne sont pas non plus épargnés, qu’il est aujourd’hui difficile de faire la distinction entre un produit de marque et son imitation. Quand un consommateur se targue d’avoir mis la main sur un article portant la griffe d’une prestigieuse firme, le doute subsiste tout de même, tant les contrefacteurs réalisent des prodiges, aidés en cela par les progrès de la technologie d’imitation (CAO, PAO, scanners, etc.). Toute la différence entre un produit d’origine et un produit contrefait réside dans la qualité des matières premières utilisées, mais il faudrait pour s’en apercevoir disposer d’outils de contrôle et d’analyse de plus en plus sophistiqués. Ce qui n’est pas toujours à la portée des pays affectés par ce fléau et, encore moins, des consommateurs ordinaires qui en seraient victimes.

En effet, si les firmes les plus exposées à la contrefaçon (vêtements de sport, cosmétiques, audio visuels, parfums, pièces de rechange, électronique, informatique et autres)  ont de bonnes raisons de se plaindre de ce fléau qui perturbe totalement leurs pronostics de vente du fait de la concurrence déloyale que leur livrent les contrefacteurs qui mettent sur le marché des produits semblables aux leurs mais de moindres coûts, les consommateurs sont certainement ceux qui pâtissent le plus des conséquences souvent dramatiques de la contrefaçon. Il faut en effet savoir que la seule chose à laquelle s’attachent les contrefacteurs est le design, autrement dit l’apparence des produits à imiter. Leurs compositions chimiques et organiques ne sont pas leur souci d’autant plus que les clients potentiels n’y sont pas regardant au premier abord. La liberté d’utiliser n’importe quelle matière que s’accordent les contrefacteurs peut alors être très dangereuse pour la santé publique (cas des médicaments contrefaits n’ayant pas les propriétés des produits originels), ou pour la sécurité des personnes et des biens (cas des pièces de rechange d’imitation n’ayant pas les caractéristiques techniques requises). Les premiers, font actuellement des ravages dans les pays les plus pauvres d’Afrique tandis que les seconds, sévissent un peu partout à travers le monde avec leurs lots d’accidents mortels dus à la mauvaise qualité des pièces de rechange d’imitation.

Que peut faire un pays comme l’Algérie face à ce fléau contre lequel même les nations riches sont désarmées malgré l’importance des moyens de lutte dont ils disposent. En Algérie, la permissivité du contrôle, souvent justifiée par l’absence de moyens humains et matériels, favorise la corruption qui amplifie d’année en année l’intrusion de produits contrefaits qu’on ne craint même plus d’expose ouvertement au public. Les milliers d’espaces commerciaux informels qui se sont développés ces vingt dernières années à travers le pays, constituent une aubaine pour ces produits qui s’y écoulent allègrement. La contrefaçon et le commerce informel constituent en effet un couple infernal, le destin de l’un étant à l’évidence étroitement dépendant du destin de l’autre. Le traitement du phénomène de la contrefaçon doit, de ce fait,  aller de pair avec celui du commerce informel qui constitue, comme il est loisible de le constater, le plus gros réceptacle des produits contrefaits. Tant que les zones commerciales de non-droit existeront, il n’y a aucune chance que l’industrie et le commerce de la contrefaçon disparaissent. Bien au contraire, ils auront encore de beaux jours devant eux, favorisés en cela par l’entrée en lice de contrefacteurs nationaux de mieux en mieux outillés pour la circonstance. Ils sont déjà à l’œuvre, pour les chaussures et vêtements de sports de marques prestigieuses comme nous l’avons constaté dans certains marchés informels de la capitale. Les outils de contrefaçon étant d’une redoutable efficacité, ce créneau qui, à l’évidence, procure des gains colossaux tente de plus en plus d’opérateurs, qui partent du principe qu’avec un contrôle aussi permissif que celui qui existe actuellement, le risque de se faire attraper est vraiment faible. L’amende à payer en cas d’infraction constatée étant dérisoire, les contrefacteurs partent du principe que ce risque qui, dans tous les cas, générera des gains substantiels, mérite d’être tenté. D’où la prolifération effrénée des activités multiformes liées à la contrefaçon que l’on constate dans pratiquement tous les espaces commerciaux informels de la capitale. 

Bessa, Résidence la Pinède