Lutte contre la pauvreté : l’Afrique doit-elle s’inspirer de l’Asie ?

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Depuis le début du présent millénaire, les indicateurs-clés du bien-être humain sont en amélioration constante en Afrique. Une amélioration qui découle, selon Marian L.Tupy, éditeur du programme Human Progress. Org et analyste en chef des politiques publiques au Centre Global Liberty and Prosperity, de l’augmentation, depuis cette date, « du revenu moyen par habitant, ajusté par l’inflation et la parité du pouvoir d’achat, de plus de 50% (et) du taux de croissance annuel (du Continent), de 5% en moyenne».

Dans un article publié récemment dans la revue de la Fundation for Education Economic, il en a détaillés quelques-uns. Si, en 1999, a-t-il écrit, «les Africains étaient plus de 58% à vivre avec moins de 1,90 dollars par jour, en 2011, ils  n’étaient plus que 44% dans cette situation ». Et ce, dans le même temps où, n’a-t-il pas manqué de le préciser, « la population du Continent est passée de 650 millions à un milliard de personnes ».

En partie du fait de la régression, « durant la même période, du taux de mortalité infantile de 80 décès pour 1000 naissances à 49 pour mille ». Cette amélioration des indicateurs du bien-être humain a été également enregistrée, selon le même auteur, dans les domaines de la santé, de la scolarité et de l’alimentation.

Ce qui l’a amené à prédire, dans le cas où les tendances à l’amélioration actuelles venaient à se maintenir, «une baisse à 24% (de la population totale du Continent), d’ici 2030, du taux global de pauvreté ». Sauf que toutes ces améliorations n’ont pas encore permis à l’Afrique de quitter le peu enviable rang de lanterne rouge dans le classement des continents en matière de richesse ou, c’est le selon, de pauvreté.

Une situation qui, à l’évidence, n’est aucunement une fatalité pour  l’actuel président de l’Institut Storey Moorfield, une organisation américaine, à but non lucratif, « dédiée à l’expansion de la liberté sociale, de la tolérance et de l’égalité des droits devant la loi ». Partant d’un constat, pour lui, indiscutable : le recul de la pauvreté dans le monde, à savoir, James Peron, c’est son nom, est convaincu que le monde pourrait faire nettement mieux en matière de lutte contre ce fléau qui a toujours entravé la marche de l’humanité vers un lendemain meilleur.

Il suffit, l’a-t-il affirmé dans un article publié en août dernier et repris, il y a quelques jours, par le site  Libre Afrique, que les pays qui en souffrent aillent vers une libéralisation plus franche de leur économie. Et ce, a-t-il poursuivi, à l’instar de ce qu’ont fait nombre de pays asiatiques. Comme pour donner plus de poids à sa suggestion, il a procédé à une comparaison entre la situation de deux pays asiatiques et celle d’un pays africain. Dont le choix, à l’évidence ne relève pas du fortuit.

Tout indique, en effet, que le président de l’Institut Storey Moorfield en choisissant, d’un côté, le Vietnam et la Chine comme exemples à suivre et, de l’autre, l’Afrique du Sud comme exemple de pays subissant des difficultés du fait de sa frilosité à entreprendre de « véritables réformes économiques (favorisant) la liberté d’entreprendre », veut rendre sa « proposition » plus attrayante.

Sans le dire, surtout, pour les pays africains.  Pour James Peron, ce sont les réformes économiques libéralisant leur économie naguère totalement étatisée et dirigée qui ont permis au Vetnam et à la Chine de réaliser, en trois décades, une avancée prodigieuse en matière de développement agricole.

Une avancée qui a fait du premier, le Vietnam, « un des pays émergents le plus dynamiques d’Asie ». Et du second, quasiment la deuxième économie du monde. Pour mieux faire ressortir l’importance de cette avancée et, par ricochet, l’intérêt qu’ont les pays africains à s’engager dans la même voie que celle suivie par le Vietnam et la Chine, le président de l’Institut Storey Moorfield fait un va-et-vient entre la situation des deux pays asiatiques avant leur engagement dans les réformes économiques et celle d’après.

Pour le Vietnam, il rappelle que « le revenu par habitant qui était de 100 dollars US, avant 1986, a été multiplié par 21 depuis » ; que « sa croissance économique a toujours oscillé entre 5,5% et 6,5% durant les 25 dernières années ; et que si « dans les années 90, 50% des vietnamiens vivaient dans l’extrême pauvreté, aujourd’hui, ils ne sont plus que 3% ». Et pour la Chine, que des résultats quasi similaires ont été obtenus, en la matière, par la Chine et ce, grâce à la libéralisation de son économie: « En 1990, a-t-il écrit, 61% des Chinois vivaient dans l’extrême pauvreté mais, cette année, l’estimation est de (seulement) 4% ». Tirant une conclusion tranchée (et hâtive ?) de ces résultats selon laquelle « la meilleure solution face à la pauvreté (…) est l’accroissement de la productivité, et donc l’échange », James Peron, se basant sur les difficultés de l’Afrique du Sud nées, pour lui, de sa frilosité à suivre l’exemple de la Chine et du Vietnam, semble adresser un appel aux pays africains à s’engager plus résolument dans la voie des réformes économiques.

Qui est, pour lui, synonyme de libéralisation. Sauf qu’il a fait l’impasse, dans son plaidoyer, sur le rôle joué, dans la réussite économique indéniable du Vietnam et de la Chine, par la stabilité politique qu’ils connaissent ; une stabilité incarnée par la présence à leur tête de partis communistes. Ce qui n’est pas le cas pour la majorité des pays africains…

Mourad Bendris

MDI Alger