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Le Management de la Transition

Aujourd’hui, le processus de transition a plus de vingt cinq ans. L’Algérie l’a démarré au début des années quatre vingt dix avec ce qu’il était convenu d’appeler les réformes économiques. Au niveau international le phénomène de la transition commence à nous révéler de précieux enseignements. Les connaissances dans ce domaine sont en train de s’ériger comme une discipline à part entière. Plusieurs auteurs n’hésitent pas à parler d’économie politique de la transition. Il n’est pas dans notre intention d’approfondir ce débat d’école mais surtout de tirer profit des connaissances et des expériences de cette discipline. Les « acquis » ou ce qui est reconnu dans ce champ d’analyse est parfois sujet à des interprétations différentes. D’ailleurs, il est rare de trouver une question qui fait l’unanimité en économie. Cependant, une vaste majorité d’analystes commence à se mettre d’accord sur ce qui est important, prioritaire ou secondaire dans la conduite des transitions.

Il est primordial de comprendre que la préférence doit aller aux fondamentaux de base. Un pays doit consacrer toute son énergie, son expertise et ses ressources pour transformer les fondamentaux d’abord. Tout plan d’action sérieux affecte le maximum de moyens pour qualifier les ressources humaines (qualité), moderniser le management des institutions, et créer un secteur privé professionnel et dynamique. En bref, il s’agit de transformer la base, les fondements. Les pays développés ont construit des fondamentaux solides. Il leur a fallu plusieurs décennies pour architecturer des systèmes de développement humain, des administrations et des entreprises capables de faire fonctionner efficacement leurs économies. Les pays en transitions ont des institutions – écoles, universités, administration, justice etc. – conçues pour soutenir les mécanismes d’une économie planifiée. Il faut donc pratiquement une réingénierie globale du système institutionnel. Le pays a besoin de changer radicalement la manière de fonctionner de ces organismes. Les décisions macroéconomiques ne sont efficaces que si les institutions sont efficaces. La logique veut que les transformations des fondamentaux soient privilégiées.

Nous pouvons identifier plusieurs lacunes dans les conduites des politiques de transition. L’une des plus fréquentes consiste à mimer les pays développés. Nos décideurs pensent qu’en projetant de transformer les structures de leur économie, ils sont déjà dans un processus d’économie de marché. Ils commencent à adopter des politiques keynésiennes de relance : grands travaux, baisse des taux de réescompte, émission monétaire en croyant que ceci aura des impacts colossaux sur leurs économies. Mais les résultats sont décevants. Les réalisations d’infrastructures seront beaucoup moindres en termes de quantité et qualité. Des institutions inefficaces vont brasser des milliards de dollars. Nos administrations  n’ont pas l’outillage méthodologique adéquat pour une gestion et un management efficace. On leur a donné des missions sans les préparer à les assumer.

Il y a eu une erreur de jugement dans nos analyses du développement. Le problème central d’une économie sous-développée demeure son incapacité à fabriquer de la croissance à partir de ressources. Ceci n’exclut pas d’autres facteurs tels que les processus de domination, les termes de l’échange, la rareté des ressources, etc. Mais l’explication la plus probable est la persistance à sous utiliser les revenus dégagés. Les institutions de l’Etat et les entreprises économiques ne sont pas en mesure de fabriquer suffisamment de croissance et de bien être pour chaque unité de ressources dont elles disposent. A la base, nous avons un problème de sociologie politique, d’organisation de l’Etat et de management. Mobiliser des moyens pour les injecter dans une économie telle que la nôtre, allège le fardeau de la misère mais ne produit pas le développement.

Nous avons là sans nul doute l’erreur de politique de transition la plus commune. Au lieu de privilégier la transformation des fondamentaux ou au minimum la mener de pair avec des politiques macroéconomiques on privilégie ces derniers. L’effet est dévastateur. Par ailleurs, plusieurs pays ont confondu processus de transition avec privatisation. Ils ont réduit le processus de transition à un simple transfert de propriété de l’outil de production. Certains l’ont fait massivement et brutalement sans préparation institutionnelle. L’économie a été prise en otage par des groupes d’intérêt, qui ne payent même pas les impôts, et qui corrompt les fonctionnaires mal payés. La société fut disloquée. Antérieurement aux années 2000, la Russie était dans cette situation. Une troisième erreur consistait à faire croire que l’Etat et le marché sont des ennemis. Nous devrions alors choisir un parmi les deux puisqu’ils ne peuvent pas coexister. Cette manière de voire est purement idéologique. C’est l’Etat qui est le centre de la transition. La réussite ou l’échec n’émane que de lui. Mais en opposition à cette doctrine, une autre version dogmatique existe. Elle stipule que l’on peut créer une économie de marché efficace avec un secteur économique public super dominant. Personne ne sait le faire et encore moins une économie en transition qui se cherche. Ce dogme a la peau dure. Il nous a fait perdre plus d’une décennie de transition. On se souvient que l’Algérie a cherché durant toute la décennie des années quatre-vingt-dix à créer une « économie de marché publique ».

Beaucoup de pays ont succombé à la tentation de fonder leur transition sur l’ancienne économie. La vaste majorité des ressources a été allouée aux anciennes entreprises et institutions. La nouvelle économie reçoit des miettes. La transition glisse alors dangereusement vers un système budgétivore  qui englouti toute ressource mobilisée. Le dérapage est inévitable.

En tout état de cause, aucun pays n’a réussi sa transition en investissant massivement dans les infrastructures. Les facteurs clé de succès semblent être :

  1. Le développement humain ;
  2. La modernisation managériale et la restructuration efficace des institutions ;
  3. Le développement d’un tissu de PME/PMI et d’entreprises nouvelles dynamiques et innovatrices ;
  4. Le financement de l’essor local et régional.

Cependant, la conception d’une stratégie de passage à l’économie de marché exige des adaptations aux réalités locales. Les pays qui disposent d’une rente peuvent accélérer la cadence des réformes et amortir le choc social plus aisément. Mais ceci n’invalide pas l’approche par facteurs clé de succès.

Pr. A. Lamiri

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