Francis Perrin à Algérie-éco: « Les pays OPEP et non-OPEP éprouvent d’énormes difficultés à se mettre d’accord »

compagnies pétrolières

L’Organisation des pays  exportateurs de pétrole (Opep) a décidé de tenir une réunion à titre informel en septembre prochain à Alger en marge  du 15e Forum international de l’énergie prévu du 26 au 28 du même mois,  afin de trouver un éventuel accord sur un gel de la production face à l’instabilité des cours de pétrole. Nous avons sollicité Mr Francis Perrin, expert pétrolier et Président de Stratégies et Politiques Energétiques  pour nous donner son avis sur les scénarios probables dans ce contexte de sévère déséquilibre du marché pétrolier.

Algérie-éco : Le président vénézuélien Nicolas Maduro  a plaidé pour une réunion urgente des membres de l’Opep et non Opep, comment se présente à votre avis la situation, ces pays vont-ils se mettre enfin d’accord ou bien pensez-vous que la prochaine réunion sera un échec comme les précédentes?

Mr Francis Perrin La situation politique, économique et sociale du Venezuela est catastrophique et ce pays, qui est membre de l’OPEP, n’a cessé depuis 2014 de réclamer un accord de réduction ou, au minimum, de gel de la production de la part des États OPEP et, si possible, de la part également de plusieurs pays non-OPEP. À ce jour, en dépit de quatre réunions ministérielles entre novembre 2014 et juin 2016, l’OPEP n’a pris aucune décision en ce sens. Il y aura certes une réunion supplémentaire à Alger à la fin septembre à l’occasion du Forum International de l’Energie mais ce sera une réunion informelle. La prochaine réunion de la Conférence ministérielle de l’OPEP est prévue le 30 novembre à Vienne. Quant à une réunion OPEP/non-OPEP, il y en a eu une à Doha, au Qatar, en avril 2016 après un accord conclu en février entre l’Arabie Saoudite, le Qatar, la Russie et le Venezuela. Cet accord quadripartite prévoyait un gel de la production en 2016 mais la réunion de Doha en avril a capoté en raison de la rivalité entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, bien que ce dernier pays n’ait pas été présent à Doha. Certes, l’histoire récente ne permet pas de prévoir l’avenir, même à court terme, mais ce rappel est utile car il montre bien que les pays OPEP et non-OPEP éprouvent d’énormes difficultés à se mettre d’accord pour décider quelque chose de concret. Pour les prochains mois, je reste très sceptique sur la capacité de ces États à rompre avec cette inaction qui domine le paysage pétrolier mondial depuis deux ans.

La Banque Mondiale a prédit que les prochains pays qui risquent un effondrement de leurs économies après le Venezuela si la situation demeure en l’état sont  le Bahreïn et  aussi l’Algérie d’ici 2018  et peut-être même  le Koweït, qu’en pensez-vous ?

Pour le Koweit, c’est hors de question car ce pays détient des réserves financières très importantes même si elles ont diminué depuis 2014. Le Bahreïn est beaucoup plus vulnérable car ses réserves sont faibles, le pays est fortement endetté et sa situation politique interne est délicate. L’Algérie fait face à une chute spectaculaire de ses réserves de change et, si l’on fait l’hypothèse que les prix du pétrole devaient rester très bas jusqu’en 2018, ces réserves tomberaient à un niveau fort préoccupant. Cela dit, je ne pense pas que ce soit le scénario le plus probable. Les prix du pétrole brut devraient se redresser en 2017 car le marché pétrolier est en train de se rééquilibrer même si l’on ne s’en aperçoit pas en regardant le niveau actuel des prix. De toute façon, il est impératif pour des pays aussi dépendants vis-à-vis des revenus pétroliers et/ou gaziers de diversifier leurs économies. Il faut absolument tirer toutes les leçons de l’effondrement des prix du brut entre l’été 2014 et 2016.

Fatma Haouari