Abdelhak Lamiri, expert et consultant international en économie à Algérie-Eco : « L’action de Total envers Sonatrach est exagérée »

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Algérie-Eco : Le 12 juillet, le journal Le Monde avait rapporté que « le groupe français conteste la façon dont, au milieu des années 2000, l’Algérie a rétroactivement modifié à son avantage le partage des profits tirés du pétrole et du gaz ». Quel commentaire faites-vous dans ce sens?

MLamiri : Il est normal que chaque groupe défende ses intérêts. Mais il y a un minimum d’éthique des affaires de part et d’autres. Sonatrach gagnerait à se concerter avec ses partenaires privilégiés et s’inspirer des pratiques internationales et éviter les décisions unilatérales. Les entreprises étrangères devraient faire preuve de flexibilité envers un partenaire très sérieux qu’est Sonatrach et prendre en considération la situation du pays. C’est au moment ou l’Algérie a un problème de ressources qu’on lui demande de faire plus d’efforts. Pourquoi avoir pris tout ce temps pour contester? Bien sur qu’il y a beaucoup d’information dont nous ne sommes pas destinataire; mais le moment est mal venu de réclamer plus de flexibilité au pays.

Trouvez-vous légitime la réaction de Total de poursuivre l’Algérie dans ce sens?

Le fait que beaucoup d’autres entreprises ont entériné la décision implique que l’action de Total est exagérée. Les négociations entre partenaires sur des sujets épineux prennent beaucoup de temps pour aboutir. Total est dans son droit de recourir à l’arbitrage. Mais ceci réduit la confiance entre partenaires.

L’Algérie se prépare à contester la décision prise par le groupe pétrolier français Total d’engager une procédure d’arbitrage contre le pays et Sonatrach, qu’en pensez-vous?

On considère que la décision est légitime vu les pratiques internationales. L’Algérie préfère continuer à négocier plutôt que de provoquer un mini conflit. Je crois qu’on a besoin d’apaiser les tensions et de continuer à négocier. La vérité se trouverait quelque part au milieu de positions extrêmes;

L’argument de la sonatrach est que plusieurs compagnies internationales telles que l’ENI, BHP-Billiton, Cepsa et Pertamina avaient d’ores et déjà abandonné l’option de recourir à l’arbitrage. Est-ce un bon argument?

Elles ont considéré que leur retour sur investissement est suffisant pour rentabiliser leurs efforts en Algérie. Elles ont aussi su évaluer la situation économique de notre pays. Le partenariat ne sera que meilleur si la situation du marché pétrolier s’améliore.

5-est-ce que cette affaire toucherait à l’image de Sonatrach en particulier et de l’Algérie vis-à-vis des autres investisseurs dans le domaine?

Ce sont les deux compagnies qui verront leurs images altérées. Personne n’est gagnant dans un mini conflit. Pour cela tout le monde a intérêt à reprendre les négociations en considérant deux aspects: les pratiques internationales et la situation critique actuelle du pays. Il faut travailler d’une manière stratégique sur le long terme. Il y a beaucoup de perspectives pour un partenariat gagnant gagnant sur de nombreux projets d’avenir. Rien ne sert de s’enliser dans des conflits du court terme. Il faut reprendre la table des négociations.

MDI Alger

Entretien réalisé par Imène A.

 

Bessa, Résidence la Pinède