M. Ali BOUMEDIENE, DG de Bomare Company, à Algérie-éco : « Nous pouvons développer une grande industrie électronique »

Bomard

Ambitieux et visionnaire  Mr ALI BOUMEDIENE, Directeur Général de Bomare Company, sous la marque commerciale Stream System, leader dans la fabrication électronique en Algérie, sait où il va et se donne les moyens pour atteindre ses objectifs. C’est ce qui ressort en substance de l’interview qu’il a bien voulu nous accorder. Notre interlocuteur estime que l’Algérie est capable de créer une véritable industrie dans le domaine  électronique surtout que le savoir-faire et les compétences existent si l’Etat œuvrait à assurer toutes les conditions adéquates à travers des réformes profondes du secteur économique.

Algérie-éco : Parlez-nous de votre parcours et du déclic qui a  fait que vous entriez de plain-pied dans le monde de l’électronique ?

Mr ALI BOUMEDIENE : j’ai entamé ma carrière professionnelle par l’importation et la distribution d’appareils électroménagers ramenés d’Europe en 1992. Je ramenai ce qu’on appelle les appareils blancs, c’est-à-dire, les cuisinières, réfrigérateurs, laves linges et produits noirs, à savoir, les téléviseurs, postes radios, magnétophones, chaine stéréo etc. C’était une période difficile mais on essayait de faire notre travail tant bien que mal. En 1997, je me suis rendu en Corée du Sud, où j’étais invité par le Groupe Samsung, c’était la première fois que je visitais ce pays. En arpentant leur unités de production, j’ai découvert un monde à part, exceptionnel. Cela m’a littéralement subjugué. J’étais impressionné par leur savoir-faire, le travail méticuleux et la précision de tout ce qu’on entreprenait dan ces unités. Ce sont des gens qui peuvent travailler 22 heures par jour sans relâche. Ce mode de fonctionnement m’avait plu alors de retour au pays, j’ai longuement cogité à l’idée de créer une entreprise dans ce domaine car je voulais faire de la production. Et en  2001 avec  la création de Bomare  Company , d’un capital de  378 millions de dinars, le rêve commençait à se réaliser. Notre entreprise a connu plusieurs étapes. Nous sommes passés  en 2005 de l’insertion manuelle à l’insertion automatique. En 2007, nous avions commencé l’exportation  timidement vers l’Europe et en 2009 nous avons reçu la certification ISO (version 2008) de nos produits. En 2012, nous avons été approchés par LG Electronics pour un partenariat de sous-traitance  (Dalles et carte mère comprises) qui a pris effet en 2013. En 2014, nous sommes passés à une étape cruciale qui est l’exportation soutenue de nos produits et depuis notre entreprise ne cesse d’évoluer. Nous pouvons dire aujourd’hui que nous sommes satisfaits de cette évolution mais nous avons encore d’autres ambitions.

Concernant ce partenariat avec  LG Electronics, qu’est-ce que cela a changé pour vous ?

Nous avons été approchés par le géant sud-coréen en 2012. Nos discussions ont été soldées par la signature en juin 2013 d’un accord de partenariat. Un accord, pour lequel, nous avons consenti à investir 15 millions de dollars dont une partie destinée à la construction d’un bloc de 6 étages dont la surface totale est de 20.000 m² et une autre partie destinée à l’acquisition de nouveaux équipements de production et de contrôle de la qualité. Nous avons mis en place tous les moyens afin d’accéder à un niveau international de la sous-traitance industrielle. Nos partenaires et les clients étrangers s’intéressent de plus en plus à nos produits car ils savent que nous maitrisons la technologie. Nous avons un taux de retour très faible. Il est de 0,48%, alors que la norme maximale est de 1%. Cela signifie que nous maitrisons bien le process à tel point  que notre partenaire Coréen souhaite à ce titre prolonger notre contrat  jusqu’en 2019. Notre détermination est devenue plus grande ainsi que notre ambition et notre savoir-faire ne cesse de croître.

C’est quand même difficile d’exporter des produits de technologie de pointe en Europe vu la concurrence. Parlez-nous de ces contrats que vous avez décroché dans ce sens?

Pour nous, c’était un challenge d’abord passer à la production et ensuite exporter vers l’Etranger et précisément en Europe. Cependant cela a été un long processus. Quand  j’ai décidé d’arrêter l’importation en 1999, j’ai mis une année à préparer mon projet. Quand vous passez à l’industrie, c’est le parcours du combattant. Ce n’est pas évident au début. Mais de fil en anguille, nous avons appris les ficelles du métier sur le terrain et à la force des bras. Après avoir acquis la maîtrise de la production, l’envie d’exporter est venue automatiquement, d’autant plus que nos produits répondaient aux standards internationaux. Malheureusement, après nous être lancés dans l’exportation, nous avons dû tout arrêter car nous perdions de l’argent à cause des lenteurs du transit time et des écueils bureaucratiques que nous rencontrions. Nous avons attendu  quelques années plus tard  pour nous remettre dans ce créneau après avoir constaté une vraie volonté politique et un changement des mentalités. Une déclaration en Douanes prenait 3 semaines ou plus en 2007 pour être effectuée,  aujourd’hui c’est une question de  moins de 24 H. Je considère cela comme un exploit et une grande avancée.  Le circuit vert pour le dédouanement rapide  nous facilite vraiment la tâche, que ce soit en termes d’exportation de nos produits finis ou d’importation de la matière première. Le contrat qui nous semble le plus important actuellement pour notre gamme de produits  est celui que nous avons signé en exclusivité avec notre partenaire Blue vision, pour la distribution exclusive des produits Stream System (TV, Smartphones et tablettes) pour les marchés espagnols et portugais. Ce contrat d’un montant de 50 millions USD et porte sur la distribution de pas moins de 250 000 unités sur une durée de cinq ans. Nos produits sont distribués dans les plus grandes surfaces comme Leclerc, Carrefour et aussi les luxueuses galeries El Corte-Inglès.  Nous avons des produits de qualité qui sont reconnus aussi bien en Algérie qu’au niveau international. C’est pour cela que nous avons jugé nécessaire d’exporter nos produits vers l’Espagne et le Portugal, qui représentent une fenêtre pour l’Europe. Dans quelques jours, nous finaliserons la signature d’un deuxième contrat pour la mise en place d’un service après-vente. Des opérations qui ont vu le jour suite à des années de prospection, notamment lors du Salon des produits électroniques en Allemagne (IFA Berlin) auquel nous participons depuis des années comme exposant. Nous envisageons de commercialiser nos produits sur les marchés français et allemand très prochainement. Les négociations sont en cours de finalisation. Nous comptons également aller vers des exportations soutenues en Afrique. Nous  venons, à cet effet, de signer un nouveau contrat d’exportation de nos produits vers la Côte d’Ivoire d’une valeur de 12 millions de dollars pour une durée d’une année renouvelable, si les résultats sont à la hauteur de nos attentes.

 Quel est le taux d’intégration de vos produits ?

 Aujourd’hui pour les téléviseurs digital, vu qu’on ne parle plus d’analogique, on dépasse les 40% de taux d’intégration car nous recevons directement la matière première et on les fabrique sur place. Pour les téléphones (Smartphones), nous sommes à 18%. Nous pourrons dépasser ce taux mais le problème est que nous importons la matière première et nous payons 5% de taxes douanières au même titre que les importateurs de produits finis. Cela n’encourage guère à la production et la transformation. Au contraire on encourage l’importation ! Produire demeure  un acte difficile et contraignant mais certains préfèrent acheter de l’extérieur et vendre en l’état. Ce n’est plus ni moins qu’une concurrence déloyale. Nous avons des charges que n’ont pas les importateurs. Ces derniers sont largement privilégiés de cette manière. Il faut élaborer des taxes de façon à réduire les importations et encourager les producteurs nationaux. Nous fabriquons entre 20000 et 30000 Smartphones par mois et nous voulons augmenter la production mais pour atteindre cet objectif, il ya lieu d’améliorer le climat des affaires et encourager l’investissement. Je pense qu’aujourd’hui, Il ya urgence à réformer la fiscalité. Ce qui en découlera, c’est la création d’emplois, une production plus soutenue qui va nous permettre d’accroitre nos exportations et le renflouement des caisses de l’Etat. Certes, nous maitrisons la technologie mais il faut que l’environnement suive. Nous pourrions alors drainer les fabricants des composants qui voudront s’installer en Algérie et, de cette manière, créer un tissu industriel hautement compétitif. On va également booster l’innovation  et la recherche scientifique et nos ingénieurs  pourront développer des applications pour enrichir les Smartphones. Nous pouvons développer une grande industrie  électronique si toutes les conditions étaient réunies.

A part la fiscalité qui requiert une réforme, quelles sont les autres contraintes qui nécessitent également d’être aplanies dans le commerce extérieur ?

Pour booster l’export, nous avons besoin de deux leviers, la banque et la logistique. L’export est une activité qui doit être accompagnée notamment dans la situation  actuelle pour inciter les  producteurs à mettre le pied à l’étrier.  Les exportateurs sont confrontés aux problèmes de coût exorbitants de fret, d’absence de lignes directes qui prolongent la durée du transit time. Aussi, le taux d’intérêt de 1,25%  qu’impose les banques dans cette activité est très lourd à supporter, il faut exonérer les exportateurs de ce taux pendant au moins cinq ans si on veut les encourager. Il faut une vraie politique volontariste pour rendre cette activité réelle et non au stade de palabres car avec les contraintes actuelles, ce sera difficile de réaliser une telle stratégie.

Quel est votre chiffre d’affaires ?

En 2015,  nous avons réalisé 4,2 milliards de Da de chiffre d’affaire et notre objectif pour cette année et de réaliser 8 milliards de Da. Soit le doubler. L’exportation représente 15 à 20%  du chiffre global. Nous ambitionnons d’atteindre les 30% en 2017. Notre objectif  premier est d’atteindre un taux d’intégration de 70%, bien sûr cela est conditionné par la stabilité et la régularité de nos exportations.

Vous venez de décrocher le label Bassma Djazaria, ainsi  que  le prix d’encouragement lors de la 13 édition d’‪export trophy 2015 organisée par le Word Trade Center Algeria, qu’est-ce cela représente pour vous ?

Pour nous, ce label, c’est une identité et une référence. Quand nos clients voient le label sur nos produits, ils comprendront qu’il ya une vraie organisation qui s’est effectué autour de nos marques nationales. C’est aussi un gage d’authenticité et de qualité. C’est une étape, la prochaine, c’est de nous conformer aux normes environnementales. En ce qui nous concerne, nous développons  des produits selon  la directive RoHS  qui vise à limiter l’utilisation de six substances dangereuses tels que le plomb et le mercure. Nous devons aujourd’hui nous adapter à l’après COP21, la rationalisation de la consommation énergétique, la sécurisation et le service après-vente. Ce sont autant de critères qui nous inciteront à aller encore plus loin dans la qualité et l’efficacité. Pour le Trophée, c’est toujours intéressant de savoir qu’autour de nous, il y a des personnes, des experts en l’occurrence, qui attestent que nous sommes sur la bonne voie et que nos efforts sont reconnus et récompensés. Cela ne fait que nous encourager davantage.

Interview  réalisée par  Fatma Haouari