La diaspora attend un signal fort pour investir en Algérie

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Pour qu’une entreprise puisse naître et s’épanouir dans un pays donné, il faut absolument que son promoteur y trouve un environnement des affaires favorable, la stabilité juridique requise, mais aussi et surtout, un état de droit qui puisse le protéger de l’abus d’autorité.

Sans ces prérequis , l’initiative entrepreneuriale court le risque de ne jamais voir le jour, ou pire encore, d’être stoppée net après de fastidieux et coûteux efforts. Lorsque  les conditions générales de travail sont réunies les algériens sont en mesure de réussir dans les affaires et la preuve de cette capacité a été donnée par de nombreux compatriotes de l’émigration ,qui ont monté de belles affaires dans des pays comme la France, la Belgique,la  Suisse, le Canada et les États Unis d’Amérique, où la liberté d’entreprendre est depuis longtemps consacrée.

Uniquement en France le très sérieux Institut français de statistiques économiques (INSEE), avait recensé en 2001, pas moins de 99.000 entreprises appartenant à des émigrés d’origine algérienne. Elles seraient beaucoup plus nombreuses aujourd’hui en raison notamment de l’installation dans ces pays de milliers d’élites algériennes qui avaient fui l’insécurité et les mauvaises conditions de vie dans leurs pays durant ces vingt dernières années.

L’argent de la corruption qui a permis à de nombreux algériens de monter, avec l’aide de leurs enfants installés à l’étranger, des affaires  a également beaucoup contribué à cette profusion d’entreprises détenues par des émigrés d’origine algérienne.  Les sociétés de diverses natures ainsi créées offriraient, selon ce même institut, plus d’un million d’emplois, ce qui n’est évidemment pas négligeable au regard des accusations infondées portées par certains partis d’extrême droite accusant les émigrés algériens de leur ravir leurs emplois.

L’écrasante majorité de ces patrons d’origine algérienne a pour caractéristique d’avoir gravi les échelons de la réussite économique et sociale du seul fait de leur volonté, favorisés il est vrai, par l’existence dans le pays d’accueil d’un authentique État de droit et de mécanismes de marchés bien huilés. Placés dans les conditions de travail peu reluisantes qui prévalent actuellement en Algérie, ces derniers auraient, à l’évidence, pour la plupart échoués. Les faillites et abandons de projets qui ont sanctionné de fort nombreuses initiatives entrepreneuriales en Algérie apportent la preuve, s’il en fallait une, de la nécessité de s’atteler dès à présent à la mise en  place d’un cadre autrement plus favorable aux affaires que celui qui y prévaut encore aujourd’hui.

Cette diaspora installée à l’étranger est de ce fait dans l’attente d’un signal fort en provenance d’une haute autorité politique algérienne.  A la veille de la promulgation du nouveau code des investissements et du tout aussi nouveau modèle économique promis par le premier ministre Abdelmalek Sellal,  elle tente au moyen de ses réseaux de connaissances et divers lobbies d’imposer aux autorités politiques algériennes des mesures législatives incitatives qui l’encourageraient à prendre le risque d’investir dans son pays d’origine. Sa crainte d’être exclue de la promotion d’investissements en Algérie est toutefois bien réelle notamment depuis qu’une loi assimile les émigrés à des « non résidents » soumis à la règle des 49/51 et qu’un article de la nouvelle Constitution lui interdit l’accès à certaines hautes charges politiques.

Mais en dépit du climat des affaires peu motivant qui a toujours prévalu en Algérie, les hommes d’affaires algériens installés à l’étranger ne sont jamais restés inactifs. Il ont été, à titre d’exemple, nombreux à avoir favorisé la constitution d’entreprises en aidant d’une manière ou d’une autre (dons, prêts sans intérêt, mise à disposition de devises à des taux de change favorables etc.) un frère, une sœur, un cousin ou tout simplement un ami, à monter et développer une affaire dans son pays. Les algériens ayant bénéficié de la part d’un proche de l’émigration de ce genre de service pour lancer une affaire sont en effet fort nombreux. Si la plupart des entrepreneurs expatriés ont, pour le moment, exclu le retour définitif en Algérie, leur souhait quasi unanime est d’entamer dans l’immédiat un minimum d’actions susceptibles de les aider à y mettre pied pour, notamment, commencer à tisser les réseaux sociaux indispensables à la réussite des affaires.

La conviction aujourd’hui ouvertement affirmée par bon nombre de ces entrepreneurs est que les bonnes affaires se trouvent en Algérie, où la commande publique (environ 300 milliards de dollars pour les 5 prochaines années) reste encore très importante en dépit des  restrictions imposées par le gouvernement en réaction au subit déclin des recettes d’hydrocarbures. Dans ce pays où la demande sociale explose à cause du boum démographique, les entrepreneurs émigrés auront à l’évidence un rôle considérable à jouer dans les toutes prochaines années. Ils pourront à titre d’exemple, se substituer à l’État entrepreneur en prenant en charge des investissements qui lui étaient exclusivement réservés lorsque la rente pétrolière le permettait. Ils pourront mettre au service de leur pays d’origine, leur expertise, leurs réseaux de relations avec les entreprises étrangères et, bien entendu, leurs ressources en devises.

Les patrons de l’émigration ont, à ma connaissance, pratiquement tous en tête un ou plusieurs projets à y réaliser, mais, la prudence, du reste tout à fait légitime, requiert de ne s’y engager que lorsqu’ils percevront des signaux forts de changements allant, notamment, dans le sens de la liberté d’entreprendre, de la stabilité juridique et de l’instauration d’un authentique état de droit à même de les prémunir contre les abus et les interprétations tendancieuses de lois, dont la bureaucratie algérienne est malheureusement coutumière.