L’économie algérienne dans l’attente d’un nouveau cap

PDG d'entreprises publiques

Sans cap et sans pilote, l’économie algérienne navigue à vue. Elle fonde ses espoirs sur le nouveau modèle économique que le premier ministre avait promis de rendre public, dans le courant du mois d’avril 2016. La seconde quinzaine du mois de mai est largement consommée, mais rien n’a encore filtré de ce document stratégique, sensé donner de la vision et une nouvelle dynamique à une économie en panne.

Si le contenu venait à leur convenir, ce nouveau modèle de relance économique pourrait dissiper la méfiance et susciter davantage d’enthousiasme chez les investisseurs, que l’absence de visibilité économique -mais aussi politique- a quelque peu refroidi. Et on peut les comprendre. Il y a  en effet des questions essentielles que tout promoteur d’investissement se pose, quand il s’agit d’investir ou de gérer du mieux possible, leurs affaires et la plus importante d’entre elles concerne précisément cette visibilité économique, qui fait défaut dans notre pays, où la législation des affaires est incomplète, souvent contradictoire et parfois même sujette à de brutaux changements. Aucune des stratégies économiques proposées par les gouvernements précédents n’ayant réussi à y prendre corps, l’Algérie n’a jamais pu avoir une politique économique à moyen et long terme  à la mesure des enjeux. De ce fait, son économie vogue sans cap et sans pilote appropriés, au gré des lois de finances annuelles et complémentaires imposées, depuis ces quinze dernières années, comme uniques référents de politique économique. A cette absence de  visibilité économique, il faut ajouter les réactions souvent versatiles des autorités publiques, la concurrence déloyale, exercée par le marché informel et plus globalement,  le climat des affaires peu motivant, auquel les autorités politiques algériennes n’ont jamais pu remédier, en dépit des promesses récurrentes.

La rareté des Conseils des Ministres consacrés aux grandes préoccupations économiques et le mutisme des membres du gouvernement sur la question centrale de l’orientation doctrinale de notre économie, ne sont évidemment pas faits pour arranger les choses. Ces manquements se traduisent dans les faits par un profond malaise, qui affecte le moral de la population dans son ensemble, mais plus gravement encore, celui des opérateurs économiques tétanisés par ce subit relâchement, en matière de gouvernance.  Les chefs d’entreprises, les promoteurs d’investissements et les maîtres d’ouvrages aussi bien publics que privés, étaient de ce fait nombreux à souscrire à l’idée d’un débat national, susceptible de donner un sens à la politique économique du gouvernement. Cette demande de clarification consensuelle n’ayant jamais été satisfaite, les hommes d’affaires en sont arrivés à s’accrocher au moindre espoir de renouveau, parmi lesquelles cette promesse d’un nouveau modèle économique, formulée par l’actuel premier ministre Abdelmalek Sallal. Bien qu’ayant peu d’espoir d’en voir la couleur, ils souhaiteraient qu’à travers ce document, qui devait être publié en avril dernier, soient apportées des clarifications à leurs préoccupations relevant, pour certaines, de la doctrine économique (veut-on  rester dans le système dirigiste actuel ou aller résolument vers une économie de marché plus libérale?) Ces clarifications politiques sont indispensables pour démêler l’écheveau des décisions qui s’étaient écartées du système, notamment toutes celles édictées par les lois de finance complémentaires, pour les années 2009 et 2010, qui avaient comme on le sait introduit de l’opacité dans la vision économique et porté un coup fatal à l’attractivité du pays.

Après tous les bouleversements subis par notre économie à la faveur des lois de finances en question, il s’agit aujourd’hui de savoir si nos entreprises sont, comme le proclame la réforme de 1988, autonomes et soumises à l’obligation de résultats ou pas, si leurs dirigeants sont d’authentiques managers dotés de vrais pouvoirs de décision ou de simples gérants soumis aux états d’âme et  directives gouvernementales, prises sans concertation avec les acteurs concernés.

Aussi éclairé soit-il par la contribution de grands spécialistes, le nouveau modèle économique proposé par le gouvernement aurait gagné en crédibilité, s’il avait été le résultat consensuel d’un large débat associant le maximum d’acteurs concernés. Son objectif étant de dresser un nouveau cap à notre économie, il est à craindre que la vision proposée, ne convienne pas à tous les opérateurs et notamment, à ceux qui sur le terrain détiennent le pouvoir de décision. Les blocages et les remises en causes risquent alors d’être récurrents, au point de vider la nouvelle politique économique de sa substance. A ce jeu malsain notre administration excelle. Le gouvernement doit veiller à l’en dissuader s’il souhaite vraiment que ses nouvelles orientations en matière de politique économique aient des chances d’être correctement mises en œuvre.

Nordine GRIM