Le système bancaire Algérien se complait dans l’archaïsme

Hormis quelques avancées techniques chèrement payées mais encore mal maîtrisées, le système bancaire algérien peine à sortir de son archaïsme. Les réformes conduites sans détermination particulière, pour ne pas perturber les banques publiques conçues pour servir un système rentier et bureaucratique plutôt que le développement économique du pays, ne pouvaient, à l’évidence, tirer un tel secteur vers la modernité. Un constat que les usagers ne manquent pas de faire chaque fois que la nécessité les contraint à se rendre au guichet d’une banque pour affronter l’humeur généralement maussade des préposés.

Quand des hommes d’affaires et des voyageurs qui ont bénéficié de services de banques étrangères vous apprennent à titre d’exemples que la qualité de l’accueil, le degré d’utilisation des nouvelles technologies et l’efficacité du service, sont de très loin meilleures au Maroc, en Tunisie, en Côte d’Ivoire et bien entendu en France et autres pays occidentaux, on est évidement en droit de se poser des questions sur toutes ces réformes que les banques algériennes prétendent avoir engagées à grands frais pour moderniser un système bancaire sclérosé par des dizaines d’années d’économie dirigée.

Mis à part, les aménagements dont ont fait l’objet pratiquement toutes les agences bancaires et l’installation de distributeurs automatiques de billets de banques dont on signale des dysfonctionnements récurrents, force est de constater qu’aucune action innovante majeure, ne permet d’affirmer que nos banques sont entrées dans la modernité en se hissant, ne serait-ce, qu’au niveau des banques des pays voisins.

Le mauvais accueil souvent réservé à la clientèle, la nonchalance des employés, leur tendance à compliquer la vie aux clients chaque fois qu’une brèche dans les procédures leur en offre l’occasion, les délais extrêmement longs pour ouvrir un compte bancaire, délivrer un carnet de chèque, calculer des intérêts, obtenir un relevé de compte, effectuer une opération de change, continuent sans doute encore plus que par le passé, à compliquer la vie aux usagers. Le carnet de chèques qu’on pouvait, il y a quelques années, se faire délivrer sur place en quelques minutes, ne vous est aujourd’hui délivré qu’après plusieurs mois d’une angoissante attente. Les intérêts générés par les livrets d’épargne, qui vous étaient calculés chaque trimestre ne le sont plus qu’à l’année avec, de surcroît, des retards qu’on ne prend jamais la peine de justifier, dépassant quelques fois le semestre.

L’autre difficulté, et non des moindres, puisqu’elle est en grande partie à l’origine de l’émission de chèques sans provision, est due au fait que vos relevés de comptes ne vous sont communiqués, quand vous avez la chance de le recevoir, qu’à la fin de chaque trimestre, à moins que vous en fassiez une demande expresse, moyennant des frais qui ne cessent d’augmenter dans la discrétion. N’étant pas informés des encaissements, mais pire encore, des chèques sans provision que vous avez remis à l’encaissement, le client est, de fait, mis en situation de gérer son compte à l’aveuglette, avec tout ce que cela comporte comme risques. Les chèques sans provision prolifèrent en grande partie pour cette raison, à laquelle il faudrait certainement ajouter les dysfonctionnements d’un traitement informatique qui a du mal à se mettre en place, sans doute en raison d’arrières pensées politiques.

Et comme pour se dédouaner de tous ces errements sur lesquels ils ont en réalité peu d’emprise, les banquiers souvent confrontés aux réclamations des usagers, évoquent des « incidents de paiement », qui ne peuvent malheureusement pas réparer les lourds préjudices subis par des clients désemparés.

Un important chef d’entreprise nous a, à titre d’exemple, informé d’un gros chèque retourné impayé alors que le compte de son émetteur était suffisamment provisionné. La banque a, nous dit il, effectivement reconnu son erreur, mais n’a rien fait pour réparer les dommages causés à son entreprise qui a subi de ce fait de graves problèmes de trésorerie. On comprend alors aisément pourquoi, les opérateurs économiques tout comme le simple citoyen, évitent autant que possible l’usage du chèque, lui préférant le recours beaucoup plus sécurisant, au paiement en espèces. Même nos partenaires étrangers se sont inscrits dans cette logique du paiement cash et en espèces, ce que confirment les chiffres du commerce extérieur faisant état d’importations payées à plus de 80% en cash. L’obligation faite aux usagers de payer par chèques ou virements les dépenses supérieures à 1 millions de dinars est trop récente pour procéder son évaluation.

On sait toutefois que les fournisseurs n’acceptent que les chèques visés par les banques ce qui occasionnent à ces dernières des occupations supplémentaires qui se font généralement au détriment d’autres activités. D’où ce constat d’engorgement permanent qui caractérise la majorité des agences bancaires et, plus gravement encore, celles relevant du secteur public. Un système bancaire aussi peu performant n’est évidement pas de nature à favoriser la bancarisation des capitaux et c’est en grande partie pour cette raison que la monnaie fiduciaire continue à jouer un rôle primordial dans les habitudes d’épargne (thésaurisation) et de paiements des algériens.
Ce qui est encore plus déplorable est que même les banques étrangères qui étaient sensées montrer la voie de la modernité aux banques publiques, ont au contraire été tirées vers le bas en grande partie par la législation bancaire algérienne considérée comme la plus archaïque au monde.

Il leur est difficile sinon impossible d’opérer des changements innovants avec une telle législation que les pouvoirs publics algériens ne sont à l’évidence pas pressés d’adapter aux normes universelles. Elles ont toutefois trouvé un créneau extrêmement rentable avec les importions au moyen du crédoc, qu’elles ont fini par maîtriser au point qu’il leur procure de prodigieux profits que la Banque d’Algérie avait chiffré en 2014 à, un peu plus de 1,2 milliards de dollars.
Dans les actions que le gouvernement doit entreprendre à court terme, il regrettable de constater qu’aucune n’est expressément réservée à la modernisation du système bancaire algérien, comme si nos gouvernants étaient satisfaits de son état actuel. Il n’y a de ce fait aucune chance objective pour que ce dernier sorte de son archaïsme actuel.

N.G