Samir Bellal, économiste : « L’emprunt obligataire ne suffira pas pour financer le déficit budgétaire qui s’annonce »

L’économiste Samir Bellal relativise, dans cette interview, l’optimisme affiché du ministre des Finances et estime que le recours, dans un proche avenir, aux « financements monétaires » et aux « ressources externes » est inévitable.

Par Nadir Allam

L’emprunt obligataire sera lancé officiellement le 17 Avril. Contrairement aux affirmations de Abderrahmane Benkhalfa,  nombre d’experts prévoient son échec faute  de confiance entre l’Etat et le citoyen. Qu’en pensez-vous ?

Le problème de confiance est réel. Même si du point de vue économique, le placement en obligation est connu pour être le plus sûr des placements, chez nous, le manque de confiance en l’Etat peut se traduire par une désaffection du public pour ce produit. Mais au-delà de la question de la confiance, il y a aussi celle de la rentabilité.

Vous pensez donc que l’Etat ne pourra pas rembourser les souscripteurs dans les conditions actuelles?

Le placement en obligations est, dans tous les pays, des plus sûrs. Le problème n’est pas là. Nous sommes à la veille d’une crise économique majeure dont on ne mesure pas encore réellement toutes les conséquences. Dans un contexte marqué par une grande incertitude sur l’évolution de la situation économique, les investisseurs sont incités à opérer des arbitrages: même s’il est sûr, un placement en obligations ne sera pas nécessairement rentable dans les conditions actuelles.

Contrairement à la mise en conformité fiscale qui est conditionnée par le versement d’un forfait de 7%, les obligations sont rémunérées à hauteur de 5%. Cette opération a-t-elle, donc, de meilleures chances d’aboutir ?

La rentabilité du placement dépendra du taux d’inflation. L’inflation étant appelée, en raison des ajustements inéluctables qui seront opérés, à augmenter considérablement, le taux de rémunération ne me semble pas pouvoir être attractif.

L’Etat promet de donner 5% de bénéfice aux souscripteurs chaque année. Est-il évident que l’Etat fasse des bénéfices ?

L’Etat est dans l’obligation de faire face à ses engagements. Toute la question est de savoir comment il s’y prendra, surtout si la conjoncture pétrolière ne s’améliore pas. Le déficit budgétaire est tellement énorme que la question de son financement se pose avec acuité. Le recours à l’emprunt obligataire ne me semble pas à même de combler ne serait-ce qu’une partie de ce déficit. Ce dernier est tellement énorme que le recours au financement monétaire (planche à billet) et aux ressources externes (emprunts sur le marché extérieur) s’avère, en l’absence d’un retournement inespéré sur le marché pétrolier, inéluctable.

Beaucoup d’entreprises privées, notamment le Groupe Dahli, et Cevital, ont fait recours à l’emprunt obligataire et ça a marché. Quelle est la différence entre le fait que cette opération soit faite par un Etat et par une entreprise ? 

La différence réside dans la conjoncture. L’Etat est aujourd’hui face à une situation budgétaire des plus critiques. Pour 2017, il n’est pas sûr que l’Etat puisse assurer la prise en charge des salaires des fonctionnaires! C’est dire combien la situation est difficile. Les entreprises sont dans une autre configuration. Celles dont l’activité dépend de la commande publique (entreprises du BTP particulièrement) auront à affronter des jours difficiles.

Si l’emprunt obligataire venait à échouer, le Gouvernement a-t-il d’autres choix pour faire face à la crise dont vous parlez ?

Il ne faut pas se faire d’illusions: l’emprunt obligataire ne suffira pas pour financer le déficit budgétaire qui s’annonce. Il y aura recours au financement monétaire, à l’endettement externe, et il y aura aussi et surtout beaucoup de coupes budgétaires. C’est inéluctable, sauf retournement miraculeux sur le marché pétrolier.

 

Bessa, Résidence la Pinède