Les Causes de L’envolée des importations et la stagnation des exportations

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On peut énumérer de nombreux facteurs responsables de cette situation. Ils ne datent pas d’aujourd’hui. Les fréquents changements de priorité et de politiques économiques en sont pour quelque chose. L’explication populaire est que les importateurs auraient un impact énorme sur les décisions économiques. Ils auraient pesé de tout leurs poids sur le processus décisionnel pour assoir une ouverture économique débridée. Peut-être ! Mais les choix visibles expliquent, en grande partie, une situation des plus uniques au monde.

Nous avons choisi d’injecter massivement des ressources pour moderniser les infrastructures et ceci constituait notre « stratégie d’émergence ». J’ai toujours expliqué qu’elle n’était pas la bonne. L’Inde a les pires infrastructures au monde (plus vétustes que ceux de l’Algérie de l’an 2000) mais le pays a choisi de financer la science, le développement humain, la recherche, les hautes technologies.

Aujourd’hui il a construit les industries et l’économie qui va le propulser au rang de troisième puissance économique mondiale en 2040. La leçon est simple : ce sont la science et les cerveaux humains qui doivent financés en premier. On évitera la construction des infrastructures clés en main par des étrangers. On aurait développé les cerveaux, les entreprises et la technologie qu’il faut pour construire nous même ces infrastructures. Avec 800 milliards de dollars c’était plus que possible.

La cause la plus importante du boom des importations se situe au niveau de l’atrophie du secteur productif national. Nous avons un grand pays avec une population importante (50 millions en 2025) mais nous avons un petit secteur productif. A peine huit cent mille PME/PMI composent notre paysage économique alors que nous devrions en disposer au moins de deux millions. Il nous faut créer un million et demi d’entreprises, plus que doubler le nombre disponible, pour avoir un tissu productif conforme aux besoins du pays.

Le manque d’entreprises productives induit des importations : ce que l’on ne produit pas est importé. Nous aurions du financer au moins à hauteur de 50% le développement des entreprises productives (agriculture, industrie, services) au sein des fameux plans de relance qui étaient tout- infrastructure : Une autre erreur stratégique de commise. Un autre élément explicatif réside dans l’environnement des affaires.

A l’époque, les hommes d’affaires interrogés expliquent qu’il est plus rentable et plus facile d’importer que de produire localement. Les différentes administrations, peu préparées, malmenaient les producteurs locaux, surtout privés. Beaucoup ont fermé des unités de production pour se convertir en importateurs.

Mais Il est possible de redresser la situation ?

Un proverbe chinois disait « rien ne sert de pleurer la jarre cassée ni l’eau versée ». On ne peut revenir en arrière et refaire les stratégies. Par contre, on peut prendre des décisions qui vont nous mettre sur la trajectoire de l’émergence. Les premiers correctifs vont certainement concerner les politiques sectorielles. Au niveau macroéconomique, le modèle de développement passé est inopérant.

Il a globalement été problématique. Certes, il y a eu des réalisations, des bonnes décisions et quelques satisfactions : le désendettement, le fonds de régulation, les réalisations dans le domaine hydraulique et autres. Mais le secteur économique productif n’a pas eu les ressources et le soutien qu’il faut pour réussir. Aujourd’hui, plus que jamais il faut réhabiliter les secteurs producteurs de biens et de services ; tout en architecturant l’environnement qu’il faut pour attirer les investisseurs vers ces secteurs porteurs. Un homme d’affaire a beau être nationaliste, lorsque l’écart de rentabilité entre l’acte de produire et celui d’importer est trop défavorable à l’économie nationale il prend acte et devient importateur.

Il y a plusieurs facteurs clés de succès à considérer et à financer pour progressivement réduire l’écart entre les exportations hors hydrocarbures et les importations : environnement des affaires, fiscalité, foncier, administration, système bancaire le reste. Chaque un de ces paramètres nécessite des développements approfondis. Mais je considère uniquement un seul facteur souvent négligé dans les analyses : les industries du savoir. On évoque rarement ce qu’il ya derrière des entreprises insérées dans un contexte mondial et qui arrivent à bien défendre leurs part de marché et même exporter.

Dérivée de l’économie de la connaissance, toute une industrie du savoir est à leur disposition dans leur pays pour les accompagner. Les sociétés spécialisées en exportations, en qualité, en intelligence économique en marketing stratégique, en Supply Chain management et autres aident les entreprises à être compétitives au niveau national. Ces entités constituent la force invisible des pays et des entreprises compétitifs. On les oublie souvent. Ces industries du savoir qui peuvent booster l’agriculture, l’industrie, les servies, l’exportation et réduire les importations sont embryonnaires dans notre pays. Leur développement conditionne la réussite d’une diversification économique efficace. Il faut s’atteler à les mettre en place. Faute de quoi nous allons encore dépenser beaucoup d’argent pour obtenir des résultats décevants.

Il serait peut-être plus facile d’identifier l’atrophie des industries du savoir dans notre pays comme cause essentielle de notre faiblesse compétitive. Ceci serait elle-même une conséquence de la faiblesse de l’économie du savoir. Certes, l’analyse des budgets consacrés à l’éducation et à l’enseignement supérieur montre que nous figurons parmi les 30% des nations qui investissent dans ces domaines. Cependant, il ne faut pas croire qu’on n’est pas loin des pays développés et émergents. Même en termes relatif, nous consacrons 2 à 3% du PIB en moins que les pays émergents et développés, surtout si on intègre la formation continue. Mais en recherche et développement nous en sommes carrément très loin. La faiblesse en quantité est démultipliée par l’effet qualité qui nous met en situation de non compétitivité par rapport au reste du monde.

Les Start Ups compétitifs qui sortent du système universitaire national sont rares. Lorsqu’on analyse en profondeurs les causes on se retrouve a disséquer les fondamentaux de l’économie nationale : recherche et développement, innovation et le reste. Certes quelques décisions rapides peuvent déjà améliorer nos capacités d’exportation et de substitution à l’importation : couloir vert, guichet unique, assurance, accompagnement efficace etc. C‘est ce que réclament les Hommes d’affaires. Il faut mettre en œuvre rapidement ces mesures. Cependant, pour que le pays puisse devenir une puissance exportatrice il faut des politiques radicalement différentes : révolutionner les fondamentaux de notre économie

MDI Alger

Par le Pr. A. Lamiri

Bessa, Résidence la Pinède