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Mr AbdelkaderTayeb Ezzraîmi, PDG du Groupe SIM à Algérie-éco: « Il faut rétablir la confiance entre l’Etat et les opérateurs économiques »

Interview réalisée par Fatma.H

C’est un homme plein d’entrain, aimable et ouvert d’esprit qui nous a reçus  dans son bureau dans la zone industrielle d’Ain Romana. Sa modestie est celle qu’on retrouve  généralement chez les capitaines d’industrie qui gardent les pieds sur terre malgré qu’ils aient atteint les cimes. Sans jeu de mots, notre interlocuteur n’est autre que Mr Abdelkader Tayeb  Ezzraîmi, le PDG de SIM, un groupe qui s’est imposé sur le marché économique algérien et qui a su  gagner la confiance des foyers  algériens par la qualité de ses produits. Au cours de notre entretien, à bâtons rompus, Mr Ezzraimi s’est  confié sur son parcours non sans émotions. Ses débuts difficiles, dans un environnement hostile et  les défis qu’il a dû relever pour ne pas se laisser aller au découragement et à l’abattement. Il nous dévoilera qu’à une certaine époque de doute et de sinistrose quand tout le monde lui suggérait de laisser tomber la production car non rentable et jonchée d’obstacles, il  a préféré nager à contre-courant et prendre le risque de l’aventure. Une décision qu’il ne regrettera jamais car c’était celle qu’il fallait prendre. Un tournant décisif dans sa vie de chef d’entreprise.

Algérie-éco : Quel constat faites-vous de la situation économique actuelle ?

Mr Abdelkader Tayeb Ezzraîmi : c’est un constat alarmant. Compte tenu de la baisse des prix du pétrole, Il y a un ralentissement  économique mais cette situation  a fait émerger un fait nouveau qui est celui de la prise de conscience de nos gouvernants qui nous réjouit  quant à l’incitation à la production nationale. Ils en font leur cheval de bataille et c’est une très bonne chose. L’économie nationale a besoin pour être dynamisée de ses potentialités hors hydrocarbures et les producteurs nationaux sont appelés à faire plus d’efforts.

Parlez-nous de votre parcours et quels ont été vos atouts pour construire votre groupe ?

J’ai commencé mon parcours dans l’agroalimentaire en 1990 suites à une opportunité qui s’est présentée. Il faut rappeler qu’en 1986, il y eut une crise économique sévère qui  a amené le gouvernement de l’époque à prendre des décisions économiques importantes. Parmi elles, même si elle était tardive, l’ouverture de certains créneaux de production au privé qui était jusqu’alors sous le monopole de l’Etat, entre-autres, la transformation des céréales dans laquelle nous activons aujourd’hui  et qui était considérée comme produit stratégique.

Elle l’est toujours mais c’était l’apanage du secteur public. L’Etat donc, a tenté une expérience en autorisant  le privé à entrer de plain-pied dans ce segment.  Je dois signaler qu’à cette période, l’Algérie faisait moudre son blé au Maroc et en Turquie car nous n’avions pas suffisamment d’équipements et d’installations à cet effet. Il y avait environ112 moulins publics qui fonctionnaient à 35% de leur capacité et qui étaient obsolètes. N’ayant pas les moyens de rénover, l’Etat pour couvrir ses besoins  en blé était obligé de l’acheter aussi bien,  à l’Europe qu’aux USA et le donner aux Marocains, aux Turques et de façon moindre aux Italiens pour le moudre.

Nous sommes donc arrivés sur ce marché. Nous étions 4 à être agrée à monter des moulins. Notre nombre était réduit car les autorités restaient dubitatives et voulaient faire une expérience et voir si celle-ci allait aboutir et si les opérateurs algériens étaient en mesure de réussir ce projet.  Il y avait Mr Khelifa à Annaba, Mr Hamidi à Sétif, nous étions au centre et Mr Bouchenak à Tlemcen. Au mois de novembre 1990, nous avions reçu nos cartes d’AGI, des autorisations d’importation d’équipements. Nous avions décidé de faire un achat groupé de moulins identiques d’une capacité de 150t/j et mes collègues  m’ont délégué  pour entamer les négociations avec des italiens. Cependant, le dinar face au franc et au dollar était au plus bas de l’échelle. La chute du dinar a fait que le prix du moulin de 4,5 milliards de centimes a grimpé à 11 milliards de centimes. Les trois opérateurs se sont retirés. Ils voulaient que l’Etat paye la dévaluation et insistaient pour voir le ministre du Commerce Mourad Medelci. Je n’étais pas d’accord avec cette requête en plus la réponse à une telle demande me semblait évidente. Cependant, j’ai tenu bon en me disant que le prix risquait encore de grimper. Il fallait agir dans l’urgence. Je  me suis lancé et j’ai acheté le moulin. L’aventure a commencé et j’ai produit le premier sac de semoule algérien. Le moulin existe toujours et c’est le plus beau ! (rire). Deux ans après, j’avais suffisamment d’argent pour réaliser un deuxième investissement. Mais la situation politique et sécuritaire s’était dégradée et le terrorisme  avait commencé à faire des victimes. Notre usine est située dans une zone réputée chaude à l’époque et nous ne savions pas quoi faire au regard des événements tragiques qui se déroulaient autour de nous et un peu partout dans le pays. Le doute nous taraudait. C’était le flou total. Je me suis dit, je vais m’adresser à  un haut responsable pour qui j’avais de l’estime pour demander conseil. Mais l’attitude et la réponse de ce dernier m’ont désarçonné. Je vous assure qu’à ce moment-là, c’est comme si la terre venait de s’écrouler sous mes pieds. Il m’a froidement  exhorté à m’orienter vers l’importation car la production n’était pas rentable. Je ne demandais pas un crédit car j’avais de l’argent et cet argent que j’ai gagné grâce à l’Etat me permettait de le réinvestir par l’acquisition d’un deuxième moulin et produire pour les besoins du pays. Ce responsable que je respectais a perdu tout crédit à mes yeux. Cette épisode dans ma vie a déclenché des émotions très fortes en moi et m’a conforté dans ma détermination. Je suis sorti de son bureau en jurant devant Dieu que j’allais acheter le deuxième moulin, de rester dans mon usine en dépit du terrorisme et de suivre mon instinct. J’ai ramené un moulin d’une capacité supérieure au premier de l’ordre de 450t/j.  De 150t/j de semoule en 1990, nous sommes à  8 moulins aujourd’hui d’une capacité de 3500t/j.

Nous avons entamé la transformation du blé en 1998 avec la production des pâtes et nous sommes fiers d’être les premiers à avoir mis sur le marché le couscous algérien. Nous nous sommes mis à l’exportation et nous avons exporté le premier container de coucous en 1999 vers le Canada. C’était un défi et nous l’avons relevé. Nous avons attaqué plusieurs fronts en même temps et l’exportation en faisait partie.

Et tout cela grâce à une décision prise à un moment difficile qui allait à contre-courant de ce qui se faisait à l’époque?

Absolument ! J’ai écouté mon cœur et ma passion. C’était pour l’amour du pays que j’ai pris cette décision. J’avais de la peine de voir notre pays assailli et qui  prenait  des coups de toutes parts. Il ne fallait pas se débiner devant ses responsabilités. Je me refusais à abdiquer.je vais vous raconter une anecdote. Nous somme situés dans une zone qui était appelée à l’époque, zone à promouvoir.  Suite au découpage administratif, on a créé des zones dans des communes déshéritées. Ain Romana y figurait. Les opérateurs économiques qui  s’installaient dans ces zones bénéficiaient d’exonération d’impôts et de taxes. Malheureusement beaucoup de ces zones n’ont pas vu le jour car elles étaient  créées sur des pieds-monts et elles ne suscitaient beaucoup d’intérêt.  Nous avons pris des risques en s’installant dans cette zone. Aujourd’hui, le groupe SIM emploie plus de 5000 travailleurs. Dans cette usine où nous sommes on dénombre  1070 employés. 60% sont issus de la commune de Ain Romana et le reste vient des villages avoisinants.

 Vous êtes à la tête de l’un des plus importants groupes spécialisés dans l’agroalimentaire, à votre avis, quels sont les changements qu’il faut opérer dans le paysage économique pour atteindre la sécurité alimentaire dans ce contexte de crise ?

Il  n’y a pas trente six solutions, il faut miser sur la production nationale, ouvrir la voie à l’initiative et encourager l’entreprenariat. Il y a aujourd’hui une réelle volonté de la part des autorités à sortir du marasme qui incite à l’optimisme. Il faut donner le temps aux nouvelles réformes économiques de mûrir et de  prouver leur efficacité.

 L’exportation reste un écueil à bon nombre d’entreprises qui ont pourtant d’excellents produits aptes à concurrencer les produits étrangers, cela est dû à quoi selon vous ?

Je dirai au manque d’information et un déficit en communication. Les producteurs doivent s’informer et les autorités doivent les sensibiliser sur la législation en vigueur et sur les mécanismes existants qu’il faut certainement améliorer. Nous n’avons pas de problème dans ce sens  puisque nous exportons  dans 24 pays mais avant nous avons dû aller vers les institutions pour nous renseigner. Les opérateurs économiques ne doivent pas rester dans leur coin. Ils doivent s’enquérir constamment auprès de l’administration.

 Le premier ministre Abdelmalek Sellal prône un emprunt  obligataire national afin de ne pas recourir à l’endettement extérieur, qu’en pensez-vous ?

Je pense est qu’il faut rétablir la confiance entre l’Etat et les opérateurs économiques.

Peut-on connaitre vos projets ?

Nous avons diversifié nos activités. Nous sommes dans la santé, l’éducation, la promotion immobilière  et les énergies renouvelables. Nous avons une grande clinique qui s’appelle Amina dotée de 82 lits. Nous sommes en train de négocier un partenariat avec des tunisiens pour lancer une clinique de chirurgie esthétique et nous mettrons bientôt en place un centre anti- cancéreux. Nous avons également trois grandes écoles à Blida qui totalisent plus de 3000 élèves, de la maternelle au lycée.  Nous disposons d’une grande ferme de 600 hectares où nous produisons du lait crû. La conserverie  fait également partie de nos activités puisque nous avons racheté l’usine Enajuc. S’agissant de la promotion immobilière. Nous avons à Blida construit un centre multifonctionnel  et  un grand centre sportif pour hommes et femmes. Pour ce qui des énergies renouvelables, nous sommes actionnaires dans la société NEAL (New Energy Algeria) qui produit de l’énergie renouvelable avec Sonatrach et Sonelgaz.  Un partenariat qui a abouti à la réalisation d’une grande centrale électrique hybride de 150 MW, la première en Algérie qui alimente la zone industrielle  de Hassi R’mel.

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