Usine Peugeot d’Oran : Questions autour d’un projet qui a tardé à se concrétiser

Usine Peugeot d’Oran

Le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, a annoncé samedi dernier depuis la ville d’Oran, l’accord de son gouvernement relatif à l’installation d’une usine d’assemblage automobile de la marque française Peugeot qui a été signé, ce dimanche 12 novembre 2017, à l’issue de la quatrième session du comité mixte économique franco-algérien (COMEFA) à laquelle devraient assister le ministre français des Affaires Etrangères Jean Yves Le Drian  et celui de l’industrie, Bruno Le Maire.

Bloqué depuis un peu plus de deux années, le projet d’usine d’assemblage PSA a donc de bonnes chances d’être enfin mis en chantier à Oran (Tlélat) pas loin de son « concurrent » Renault. L’annonce de l’aboutissement des pourparlers sur cet important investissement avait déjà été faite tout récemment par le Directeur de la zone Moyen-Orient et Afrique du groupe PSA, Jean-Christophe Quémard qui avait affirmé à l’occasion d’un forum qui s’était tenu à Tunis, que le dossier technico-économique du projet était bouclé et que le feu vert pour le démarrage des travaux de cette usine de 25.000 véhicules/an sera très prochainement donné à Alger par les autorités concernées.

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C’est un projet d’une grande importance, aussi bien, pour le constructeur automobile français qui détient le record des ventes d’automobiles dans notre pays (21% des véhicules importés sont de marque Peugeot ), que pour l’Algérie qui est parvenue en dépit de toutes les difficultés à attirer ce gros investissement direct étranger d’environ 500 millions d’euros qui aura, de surcroît, d’importantes retombées en matière d’emplois et de développement industriel.


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Ce projet dont la capacité d’assemblage atteindra 100.000 véhicules par an à l’horizon proche de 2020, aura un effet d’entrainement sur la sous-traitance ainsi que sur les nombreux métiers de la maintenance qui pourra générer des dizaines de milliers d’emplois directs et  induits pour le grand bénéfice de la région et, plus largement, du pays tout entier.

Intervenant au moment où de fortes restrictions sont imposées par les autorités algériennes aux importateurs de véhicules neufs, Peugeot s’offre ainsi une garantie non négligeable de protection du marché local qu’il pourra alimenter, comme le fait aujourd‘hui Renault à partir de sa future usine d’Oran. La possibilité pour les algériens d’acquérir des crédits à la consommation pour acheter des véhicules « fabriqués » en Algérie augmente encore davantage les chances du constructeur automobiles français d’atteindre des records de ventes dans notre pays. La position géographique de l’Algérie offre également l’opportunité d’écouler ses véhicules vers les pays voisins du Maghreb et du Sahel en empruntant les routes (transsaharienne, autoroute Est Ouest) et la voie ferrée transmaghrébine aujourd’hui peu sollicitée.

Pourquoi ce gros investissement direct étranger s’est-il fait tant attendre ?  A la lumière d’une rétrospective des articles de la presse française et algérienne consacrés à ce sujet, on relève une certaine ressemblance de scénario avec le projet d’usine Renault qui ne s’est matérialisé au terme de très dures tractations durant lesquelles les considérations politiques ont largement prédominé sur les enjeux économiques et commerciaux sur lesquels on bâti d’habitude ce genre de projet.

Notamment lorsque ces négociations sont conduites par la partie algériennes pour exiger autant, sinon plus, que ce que les constructeurs français avaient octroyé au Maroc où deux grandes usines Renault et PSA, sont déjà en activité. Les français savaient que les algériens étaient prêts à tout pour avoir autant que les marocains avaient réussi à obtenir à coups d’avantages et de mesures incitatives invraisemblables. Il suffisait de savoir attendre et louvoyer, ce qu’a su parfaitement faire le constructeur français.

Même si on n’a pas le détail des concessions faites par le gouvernement algérien pour obtenir l’implantation de l’usine Peugeot en Algérie, il est évident que ce dernier n’a consenti à lancer le chantier de l’usine d’Oran, qu’après avoir bénéficié d’un certain nombre de largesses qui permettent à l’industriel français de s’installer sans trop de risques.  Peugeot a sans doute engrangé le maximum d’avantages et de protections, tandis que l’Algérie a dû, comme ce fut le cas avec Renault, se contenter du prestige de posséder, comme son voisin marocain, une usine d’automobiles françaises supplémentaire.

Selon des informations crédibles Peugeot aurait bénéficié d’un terrain subventionné à sa convenance, d’avantages comparatifs et compétitifs conséquents, de la participation d’opérateurs privés algériens au financement d’une part importante de l’investissement, de la certitude de vendre les véhicules produits au moyen de l’octroi de crédits à la consommation et d’injonctions d’achat adressées par le gouvernement aux entreprises et institutions publiques. Mais n’est ce pas là le juste prix que sont prêts à payer tous les pays du monde pour attirer d’aussi gros investissements étrangers qui peuvent du jour au lendemain bouleverser les données économiques locales par leurs très fortes retombées sur l’emploi et le développement économique et social.