Retour de la discrimination à l’égard du privé: Les entrepreneurs victimes de décisions arbitraires

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En dépit des signaux forts adressés par les syndicats patronaux aux autorités du pays afin qu’elles tempèrent leurs récriminations envers le privé, les discours émanant, aussi bien du pouvoir en place, que de l’écrasante majorité des partis politiques, n’ont, en effet, jamais été aussi défavorables envers les patrons qu’au cours de ces dernières années.
Certaines formations politiques, à l’instar du Parti des Travailleurs, ont été jusqu’à revendiquer la renationalisation des entreprises privatisées et la fermeture du robinet des crédits bancaires aux entreprises privées.
Le concept à connotation franchement négative « d’oligarques » sert alors d’argument pour justifier les pires sanctions qui pourraient prises à leur égard. Louer les mérites d’un privé qui a réussi dans les affaires devient alors un exercice périlleux pour les journalistes et les observateurs de la scène économique algérienne, tant les contradicteurs sont nombreux et souvent même agressifs quand on s’aventure dans des propos qui lui sont favorables. Le concept étriqué d’ « oligarque » aujourd’hui fréquemment utilisé par les détracteurs du privé national les rend de surcroît moins fréquentables aux yeux de l’opinion publique qui ne tolère de leur part aucun manquement à la morale.
 
Ces derniers opposeront à ceux qui défendent les entrepreneurs privés, des arguments fallacieux en se basant sur des constats impossibles à vérifier, prouvant l’origine suspecte de leurs capitaux, les appuis et avantages indus dont ils bénéficient, leurs accointances avec de hauts dignitaires du régime et bien d’autres griefs  vite abandonnés, dès qu’on exige d’eux une preuve du bien fondée de leurs propos.
La perception ambiante est ainsi basée sur l’idée qu’en Algérie personne ne peut réussir en affaires s’il ne bénéficie pas des largesses et protections d’un ou plusieurs dignitaires du régime en place. Une réalité que corroborent effectivement quelques hommes d’affaires véreux qui défraient la chroniques des malversations, mais qui sont loin d’être la règle. Et même si la chute (cas de Moumène Khalifa) ou le discrédit jeté par le pouvoir, comme c’est actuellement le cas, sur un oligarque bien précis, sont interprétés un peu trop excessivement par une large frange de la société, comme des preuves éclatantes de la mauvaise foi du privé national,  il y a lieu de constater que bien au contraire, l’écrasante majorité des hommes d’affaires algériens est aujourd’hui encore contrainte de « raser les murs » pour échapper au discrédit populaire et aux coups de boutoirs permanents des administrations.  
Ils sont de ce fait constamment sur la défensive et comme s’ils se sentaient obligés de justifier en permanence leurs fortunes, certains privés (notamment les nouveaux riches) n’hésiteront pas à faire valoir des préceptes religieux pour légitimer leur enrichissement.  
C’est ainsi que de très proches compagnons du prophète sont souvent cités comme exemples de personnes pieuses ayant fait fortunes dans le commerce et que certains versets du Coran et hadiths, sont souvent pris comme référence pour justifier la licéité de l’enrichissement par ce moyen. Ces vingt dernières années, caractérisées par un regain de religiosité, ont été particulièrement favorables à ce genre discours qui a, faut-il le reconnaître, beaucoup contribué à légitimer aux yeux d’une importante frange de l’opinion publique la résurgence du secteur privé longtemps diabolisé (propriété exploiteuse) par l’éthique socialiste.
C’est dans ce même esprit de valorisation sociale, que le Forum des Chefs d’Entreprises tentera, chaque fois qu’il en a l’occasion, de faire admettre à l’opinion publique les apports positifs multiformes du secteur privé algérien perceptibles notamment, à travers sa contribution à la richesse du pays (plus de 80% du PIB hors hydrocarbures, la création de centaine de milliers d’emplois et l’approvisionnement régulier du marché.
Le FCE n’oublie également pas de souligner le surcroît de valeur ajoutée et de postes de travail que les entrepreneurs privés algériens sont en mesure de créer si les pouvoirs publics consentaient à les aider. L’idée que cette association patronale tente d’accréditer auprès des autorités politiques et de l’opinion publique, est on ne peut plus claire: la libre entreprise ne saurait prendre racine et se développer, en tant que centre de création de richesses et d’emplois, dans ce contexte de préjugés et de méfiance qui prévaut, aujourd’hui encore, à son encontre. La perception politique et sociale, à bien égards défavorable au privé doit absolument changer pour que puisse, enfin, commencer l’ère de la libre entreprise. 
Une vérité qu’il est, effectivement, bon de porter à la connaissance des algériens encore sous l’emprise des préjugés tenaces, afin qu’ils prennent conscience que l’entreprise privée ne peut assumer pleinement un rôle émancipateur que dans une société qui la perçoit positivement et un Etat qui l’aide concrètement à se développer. Certaines avancées, essentiellement dues à la mondialisation ont, certes, quelque peu contribué à la création d’entreprises pour la plupart encore jeunes et fragiles mais les obstacles bureaucratiques qui demeurent et, parfois même s’exacerbent, entravent leur croissance et raccourcissent dans bien des cas leur espérance de vie. Un large débat, que réclament depuis longtemps les syndicats patronaux, devrait être impérativement engagé, à l’effet de clarifier le rôle et la place de l’entrepreneur privé dans l’échiquier économique national et, plus largement encore, dans la société algérienne dans son ensemble.
La constitution algérienne légitime certes la libre entreprise mais faute d’être étoffée par la jurisprudence des décisions arbitraires, souvent sans appels, prises par les instances exécutives (gouvernement, ministères, walis, institutions publiques etc.) à son encontre sont encore fréquentes. En dehors des blocages de marchandises dans les ports, c’est surtout les rejets non motivés de projets d’investissements par le Conseil National de l’Investissement présidé par le premier ministre et les CALPI qui dépendent des walis qui sont le plus souvent cités, car ils leur causent d’énormes préjudices financiers.