Hocine Bouraba, président de l’ONTA : « Les transporteurs vont reprendre leur mouvement de grève juste après le Bac »

Dans cet entretien, le président de l’ONTA, M Hocine Bouraba nous révèle, en exclusivité que les transporteurs comptent reprendre leur mouvement de grève juste après l’examen du Bac. Il explique les raisons qui poussent les transporteurs à revenir à la charge, tout en évoquant d’autres problèmes liés à la corporation et qui restent toujours en suspens comme la question de la tarification.

Algérie-Eco : Les transporteurs privés de voyageurs de la wilaya d’Alger ont fait, dimanche dernier, une grève inopinée pour protester contre la mise en service de nouveaux bus de l’Etablissement de transport  urbain et suburbain d`Alger (ETUSA). La grève a été suspendue le lendemain. Selon les derniers échos, ils comptent revenir à la charge, est-ce que vous confirmez ?

Hocine Bouraba : Oui je le confirme, les transporteurs vont reprendre leur mouvement de grève juste après le Bac. Je viens même de recevoir des appels des directeurs régionaux et directeurs de wilayas du syndicat qui m’ont annoncé que les transporteurs veulent reprendre leur mouvement de grève. Je leur ai conseillé de l’engager juste après le bac, pour ne pas perturber les élèves durant cet examen et leur créer encore des problèmes de transport.

Il faut savoir que la suspension de la grève est venue suite à une réunion tenue dimanche entre les représentants des transporteurs et le directeur des transports de la wilaya d’Alger.  Ce dernier s’est engagé à régler le problème au plus tard dans quatre jours. Mais ces quatre jours sont passés et le problème persiste encore. La principale revendication des grévistes, que je trouve légitime, et que je  soutiens,  consiste à mettre à l’arrêt les bus mis en service par l’ETUSA, loués auprès d’un opérateur privé pour assurer des lignes bien desservies, cela étant une concurrence inacceptable. Les transporteurs grévistes réclament également l’ouverture de nouvelles lignes pour desservir les communes en manque de transport, car l’ouverture de ces lignes a été gelée par le ministère de tutelle depuis deux ans. Cette grève est une occasion aussi pour nous de relancer les dossiers en suspens.

Quels sont ces dossiers ?

Il y a surtout celui des tarifications. En 2016, lors de la première augmentation du prix du carburant, l’ex ministre des transports s’est engagé, suite à une réunion regroupant cinq syndicats des transports dont l’ONTA et l’ex ministre, à régler la situation en réussissant à nous convaincre de ne pas augmenter les prix et c’est ce qui s’est produit. Nous en tant que syndicat des transporteurs, nous avons tenu notre promesse, celle de ne pas augmenter les tarifs mais je confirme qu’aucun engagement de la part de la tutelle n’a été tenu jusqu’à présent.

Ensuite, le même scénario s’est reproduit en janvier 2017, lors de la deuxième augmentation des prix des carburants, une réunion nous a regroupé avec l’ex ministre des transports, où nous avons convenu de maintenir les tarifs, mais à condition que l’Etat tienne ses promesses, à savoir le gel de l’octroi des lignes privées du transport terrestre collectif de voyageurs, urbain et inter- wilayas.

Le ministère avait promis également de geler l’octroi du carnet de places pour l’exploitation de l’activité du transport de voyageurs par taxi, ainsi que d’émettre une instruction qui permet l’octroi d’autorisations spécifiques aux opérateurs de transport public par bus pour le transport des citoyens désireux d’organiser des excursions. Outre ces mesures, nous avons demandé au ministère d’octroyer des allégements fiscaux, d’effacer les pénalités ainsi que de donner un échéancier à long terme aux transporteurs afin de payer leurs impôts. Il faut savoir que 70% des transporteurs n’ont pas payé leurs impôts, d’où la nécessité d’appliquer des mesures de facilitation. Cette revendication est légitime puisque d’autres en ont bénéficié.

Aussi, dans le cadre de l’opération de renouvellement du parc national de transport, nous avons appelé l’Etat à appliquer l’exonération de la TVA et des taxes douanières lors de l’achat de bus, mais aussi un délai de pas moins de 10 ans pour le remboursement des crédits.

Quelles étaient les engagements du ministère des transports ? 

En guise de réponse à notre demande, le ministère s’était engagé également à geler l’octroi du carnet de places pour l’exploitation de l’activité du transport de voyageurs par taxi, en attendant les résultats de l’étude exhaustive qu’effectueront les services du ministère au niveau de chaque wilaya, ainsi qu’à émettre une instruction qui permet l’octroi d’autorisations spécifiques aux opérateurs de transport public par bus pour le transport des citoyens désireux d’organiser des excursions.

Aussi, un groupe de travail a été mis en place chargé de la révision des mesures liées à l’âge des bus en cas de changement par l’opérateur du bus exploité. Le ministère s’était engagé également à prendre les mesures nécessaires afin de permettre la publicité sur les taxis et accompagner les opérateurs du transport terrestre et urbain de voyageurs par bus et taxi auprès des ministère des Finances et du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale en vue de la prise en charge de leurs préoccupations relatives à la possibilité de réduire les impôts forfaitaires et de garantir la couverture sociale de leur personnel.

Le ministère avait aussi exprimé sa disposition lors de la réunion à accompagner les opérateurs du transport par taxi auprès du ministère de l’Energie pour les aider à équiper leurs véhicules de kit GPL.

Je confirme qu’à l’heure actuelle, aucune de ces revendications n’a été réglée et aucun engagement n’a été respecté. C’est pour nous une pure trahison. Car de notre côté nous avons respecté nos engagements et c’est inadmissible d’arriver à une telle situation. C’est pour cela que j’ai dit que la dernière grève des transporteurs est une occasion pour relancer tous ces dossiers sachant que l’ONTA est une organisation qui revendique, à l’échelle nationale, 22 000 adhérents parmi les chauffeurs de taxi, 41 000 parmi les transporteurs de voyageurs et 17 000 dans le transport des marchandises.

Qu’en est-il des recommandations des assises nationales des transports tenues en décembre 2013 ?

Il faut savoir que parmi ces recommandations figuraient la solution du problème de la densité de la circulation dans les grandes villes, la révision des règles de répartition des lignes de transports et l’octroi de permis d’exploitation qui devait obéir à un plan étudié.

Le ministère s’était engagé à examiner la réorganisation des lignes saturées en encourageant les exploitants de lignes désertées, la révision du coût des billets de voyages, tous modes confondus, figurait parmi les recommandations des assises nationales. Les modalités d’octroi du permis de conduire étaient sensées être reconsidérées en vue d’adapter ce document au standards internationaux et de réduire les accidents de la route. Je confirme là aussi qu’aucune de ces recommandations n’a été concrétisée.