Le modèle économique de croissance de Sellal, survivra-t-il au prochain gouvernement ?

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modèle économique de croissance de Sellal

Sans vision stratégique, l’économie algérienne navigue à vue. La promesse d’un nouveau modèle de croissance a momentanément redonné espoir aux opérateurs économiques avant de se dissiper sous l’effet d’une longue et vaine attente. Le premier ministre avait en effet promis de rendre public ce programme d’actions dans le courant du mois d’avril 2016 avant de se raviser en reléguant la publication de ce document stratégique au 6 mars 2017, date d’ouverture à Annaba de la 20é Tripartite.

Aucune information précise n’en a malheureusement filtrée, la presse s’étant contentée, faute d’informations précises, de rapporter   des généralités sans valeur opérationnelle. Privée d’une vision prospective claire les entrepreneurs devront encore remettre à plus tard leurs ambitions de croissance, en se contentant seulement de ce qui est à portée de main.

Ce nouveau modèle de croissance conçu, dit-on, dans une logique d’après pétrole pourrait pourtant contribuer à susciter l’enthousiasme des investisseurs, algériens et étrangers aujourd’hui tétanisés par l’absence de visibilité économique et les atermoiements d’une gouvernance à multiple tentacules qui ne comprend rien aux enjeux de la mondialisation et aux mutations multiformes qu’elles impose.  Il y a  en effet des questions essentielles que tout promoteur d’investissement se pose, quand il s’agit d’investir ou de gérer du mieux possible ses affaires et la plus importante d’entre elles concerne précisément la visibilité économique à plus ou moins long temps.

Une vision par laquelle le gouvernement donne un aperçu aussi précis que possible de l’état des lieu de l’économie algérienne de  demain, des actions prioritaires à entreprendre pour y parvenir, ce que doit faire l’État et ce que peut faire le privé en matière d’investissements et, bien entendu, la garantie d’un climat des affaires en constante amélioration. L’environnement économique est en effet primordial dans un pays la législation des affaires est incomplète, contradictoire et, souvent sujette à des changements intempestifs introduits dans les lois de finances complémentaires.

On se souvient que certaines dispositions introduites dans la loi de finance complémentaire pour l’année 2009 (obligation du crédit documentaire pour toutes les opérations d’importations, règle du 49/51, arrêt du processus de privatisation etc.) avaient entraîné la faillite d’au minimum une centaine de milliers d’entreprises de production qui avaient fait faillite ou contraintes à changer d’activités.

Les projets de stratégies économiques n’ont pourtant pas manqué et on se souvient qu’au cours de ces quinze dernières années il y eut au minimum deux, dont les plus célèbres sont ceux qui avaient été conçus par l’ex ministre de l’économie Hamid Temmar et ce tout dernier, annoncé à grand renfort médiatique par le premier ministre Abdelmalek Sellal. Si le plan du premier cité avait été entièrement publié et soumis à large débat, celui du second est, par contre, resté secret et volontairement confiné dans un mystérieux black out.

L’Algérie n’a de ce fait jamais se doter d’une politique économique à moyen et long terme  à la mesure des gros enjeux qui se profilent et qu’elle risque cette fois encore de rater. A l’évidence, notre économie vogue à vue au gré des lois de finances annuelles et complémentaires imposées, depuis ces quinze dernières années, comme uniques référents de politique économique. A cette absence de  visibilité économique, il faut ajouter les réactions souvent versatiles des autorités publiques, la bureaucratie algérienne qui fonctionnant selon sa propre logique, la concurrence déloyale exercée par le marché informel et plus globalement, la corruption à grande échelle et, plus généralement, le climat des affaires peu motivant que les autorités algériennes n’ont jamais pu améliorer en dépit de la disposition expresse inscrite dans la nouvelle Constitution. 

La rareté des Conseils des Ministres consacrés aux grandes préoccupations économiques et le mutisme des membres du gouvernement sur la question centrale de l’orientation doctrinale de notre économie, ne sont évidemment pas faits pour arranger les choses. Ces manquements se traduisent dans les faits par un profond malaise, qui affecte le moral de la population dans son ensemble, mais plus gravement encore, celui des opérateurs économiques tétanisés par ce subit  relâchement de la gouvernance qui s’exacerbe à l’approche d’une échéance électorale, comme c’est aujourd’hui le cas.

A deux mois d’un inéluctable changement de gouvernement tout semble s’être arrêté, chacun attendant de voir qui en fera partie, mais aussi et surtout, qui protégera ses affaires et donnera au pays la visibilité économique tant attendue. Certains milieux d’affaires sont même persuadés que le tout prochain gouvernement issu des législatives du 4 mai 2017, enterrera à jamais le nouveau modèle de croissance proposé par Sellal. Les algériens n’auront même pas eu le temps de prendre connaissance de son contenu !!!

Les chefs d’entreprises, les promoteurs d’investissements et les maîtres d’ouvrages, aussi bien publics que privés, sont en effet nombreux à souscrire à l’idée d’une stratégie économique claire et consensuelle qui les éclairerait sur les meilleurs investissements à promouvoir dans leur intérêt et celui du pays et sur rôle précis de l’Etat, avec le souhait qu’il soit le moins interventionniste possible, la régulation étant ce qui lui convient le mieux en cette période de restriction budgétaire.

Ils souhaiteraient aussi et, surtout, que soient apportées des clarifications à leurs préoccupations portant sur la doctrine économique (veut-on  rester dans le système dirigiste actuel ou instaurer résolument la liberté d’entreprendre pourtant consacrée par la Constitution algérienne ?). Si elle venait à être officiellement assumée par le gouvernement, cette clarté dans la vision évitera au pays de s’égarer dans des décisions (cas de certains articles des lois de finances complémentaires des années 2009 et 2010) qui font perdre du temps et compromettent l’intérêt supérieur du pays.

Après tous les bouleversements subis par notre économie à la faveur des lois de finances en question, il s’agit aujourd’hui de savoir si nos entreprises sont, comme le proclame la Constitution et certaines lois en vigueur, autonomes et soumises à l’obligation de résultats ou des sociétés soumises aux injonctions d’une multitude de tutelles ? Il faut également utile de savoir si les dirigeants des entreprises, notamment publiques, sont d’authentiques gestionnaires dotés de vrais pouvoirs de décision ou de simples « commis de l’Etat » soumis aux humeurs de bureaucrates tapis dans les ministères et autres institutions publiques.